La question peut paraître absurde, mais elle prend tout son sens lorsqu’on observe la manière dont la communauté internationale utilise Haïti dans une logique communicationnelle, sans apporter de résultats concrets en matière de stabilité.
De l’occupation américaine d’Haïti jusqu’à nos jours, nous assistons à une sorte de théâtre de la sécurité et de la stabilisation. Ce discours reste souvent au niveau théorique, tandis que la réalité du pays demeure marquée par une instabilité chronique.
Plusieurs forces armées ont été déployées dans une logique qui semble parfois répondre davantage à des intérêts stratégiques ou financiers qu’à une volonté réelle de résoudre durablement la crise. Des forces kenyanes aux acteurs de sécurité privée, comme Erik Prince, jusqu’à l’envoi annoncé de militaires par certains États, tout cela semble contribuer à entretenir un véritable théâtre sécuritaire autour d’Haïti.
Malheureusement, une partie de la classe politique haïtienne et de la société paraît enfermée dans une sorte de caverne, incapable de percevoir clairement cette mise en scène.
Cette situation peut être analysée à la lumière d’une approche géopolitique souvent qualifiée de « logique du chaos » ou de « chaos contrôlé ». Selon cette perspective, l’instabilité dans certains États fragiles peut devenir un élément fonctionnel dans les stratégies internationales. Une crise permanente permet de justifier une présence sécuritaire, politique ou économique des puissances étrangères, tout en renforçant leur rôle d’acteurs indispensables dans la gestion du conflit.
Dans cette logique, la crise cesse d’être seulement un problème à résoudre : elle peut aussi devenir un instrument de gestion géopolitique. Certains analystes associent cette idée à des réflexions stratégiques développées par des penseurs comme Zbigniew Brzezinski, qui ont étudié la manière dont l’instabilité régionale peut influencer les équilibres de pouvoir internationaux.
Lorsqu’une puissance internationale agit contre un petit État, cela peut se faire de manière indirecte. L’action passe par des interventions extérieures, des dispositifs sécuritaires ou des campagnes de communication qui finissent par présenter ces mêmes acteurs comme les seules solutions possibles. Les grands médias participent alors à orienter l’opinion publique locale, créant chez les peuples l’impression qu’ils sont incapables de résoudre eux-mêmes leurs propres problèmes.
Pourtant, l’histoire montre une réalité constante : la sécurité est avant tout une question endogène. Dans tous les pays du monde, ce sont d’abord les peuples eux-mêmes qui assurent la défense et la sécurité de leur territoire.
Alceus Dilson, Communicologue, Juriste
Alceusdominique@gmail.com

