10 mars 2026
Consommation de l’eau contaminée en Haïti, une catastrophe à ne  pas banaliser 
Actualités Société

Consommation de l’eau contaminée en Haïti, une catastrophe à ne  pas banaliser 

Par Me Michel JEAN GILLES 

Le 30 janvier 2026, le Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) a rendu  public un rapport alarmant : l’eau consommée quotidiennement par la population  haïtienne est contaminée donc impropre à la consommation humaine. En effet, 92%  de l’eau consommée ne répond à aucune norme de santé publique établie par  l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Le ministre du Commerce, James  Monazard a déclaré sur les ondes de Radio Magik 9, le 4 février 2026, que les  bactéries sont présentes dans 86% des échantillons dont 5 sont néfastes pour la  santé, y compris celles provenant de matières fécales. Par catégorie d’emballage, la  contamination touche 100% de l’eau vendue dans les contenants 5 gallons, 96% de  celle des kiosques (camion-citerne), 92% de l’eau en sachet et 6,7% de l’eau en  bouteille. 

Ce constat, émanant d’une institution publique, confirme ce que beaucoup  soupçonnaient depuis longtemps : l’État haïtien a failli à l’une de ses obligations les  plus fondamentales, celle de garantir à chaque citoyen l’accès à une eau salubre.  

Il s’agit d’un désastre à deux niveaux : sanitaire et administratif.  

A- Une catastrophe sanitaire prévisible 

’Dlo rigol’’, voilà comment les consommateurs ont toujours appelé l’eau en  sachet vendue par la plupart des compagnies dans les rues de la zone métropolitaine  de Port-au-Prince. Donc une eau insalubre, impropre à la consommation. En plus de  l’émoi occasionné par le rapport du Ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI),  des études antérieures avaient déjà tiré la sonnette d’alarme.  

Toutes les études sur l’eau et l’assainissement dans la zone métropolitaine de  Port-au-Prince avaient déjà conclu à des résultats alarmants sur la qualité de l’eau  consommée par la population. Dans une revue de littérature sur ce thème couvrant 

la période de 2000 à 2025, un groupe de chercheurs,i dont nous allons faire usage  des données de l’étude, ont montré ce désastre dans toutes ses dimensions.  D’abord, concernant l’approvisionnement, les chercheurs indiquent qu’une grande  partie de la population dépend des camions-citernes privés dits kiosques, des  bornes-fontaines collectives ou des puits artisanaux, souvent non traités et exposés  à la contamination microbienne et chimique. De plus, les infrastructures publiques  gérées par la Direction Nationale d’Eau Potable (DINEPA) sont souvent vétustes et sous-financées, limitant leur capacité à répondre à la demande croissante.  

Ensuite, en ce qui a trait à la qualité de l’eau, les chercheurs ont analysé 14  publications couvrant cette période. Les résultats sont glaçants. Ils ont découvert  que l’eau destinée à la consommation renferme de nombreux polluants chimiques  (métaux lourds, nitrates, microplastiques) ou microbiologiques (coliformes fécaux).  Ces polluants sont souvent liés à l’absence d’assainissement adéquat ou à des rejets  non traités. Selon eux, les métaux lourds présents dans 45 à 50% des études sont  parmi les contaminants les plus préoccupants. Les chercheurs en distinguent le  plomb (Pb), le Cadmium (Cd) et le cuivre (Cu). Ces métaux sont souvent associés à  l’infiltration de déchets industriels ou à la corrosion des tuyaux. 

Les analyses ont également révélé la présence des nitrates et des nitrites qui  sont issus de la décomposition des matières organiques, des latrines non étanches  et de l’usage domestique des engrais. Leur concentration est souvent élevée dans les  nappes phréatiques peu profondes. De plus, les études ont aussi mis en lumière la  présence de microplastique dans les eaux de surface et les réseaux urbains. Celle ci a été détectée notamment à proximité des zones densément peuplées dépourvues  de gestion des déchets.  

Comme l’a admis le Ministre du Commerce, M. Monazard, les auteurs estiment  que la contamination microbiologique constitue l’un des risques sanitaires les plus  critiques dans le contexte de Port-au-Prince, en particulier dans les quartiers  périphériques dépourvus d’assainissement. Ils citent plusieurs études qui font état  d’une présence régulière d’indicateurs fécaux dans l’eau destinée à la  consommation humaine. Sur le plan microbiologique, la présence de coliformes  fécaux ou de l’Escherichia coli dans les sources d’eau analysées a été détectée, en  particulier, dans les puits et les citernes non protégés. Ils sont retrouvés dans plus de  3/4 des études analysées et sont abondantes dans les puits non protégés, les  citernes mal entretenues. 

Fort de ce constat accablant, nous faisons nôtre cette réaction du journal La  Gazette Haiti Newsii qui s’exprime ainsi : ‘’Derrière ces données froides se cache une 

réalité humaine inquiétante. Chaque jour, des familles entières, des enfants, des  personnes âgées et des travailleurs consomment cette eau en pensant qu’elle est  sûre, parce qu’elle est vendue comme « traitée » ou « potable ». En réalité, selon les  autorités du MCI, elle peut favoriser la propagation de maladies hydriques graves et  aggraver la fragilité déjà extrême du système de santé haïtien’’. 

Entre autres maladies, l’infection vaginale est l’une des plus courantes chez les  femmes en Haïti. Est-il nécessaire de se soumettre à un rapport d’expert pour établir  un lien de cause à effet avec l’eau contaminée? Celle-ci fait sûrement figure  d’accusée d’office. 

Qui pis est, cette eau contaminée coûte chère aux ménages. Selon un rapport  de la Banque Mondialeiii, les dépenses annuelles par ménage dans la zone  métropolitaine de Port-au-Prince pour l’approvisionnement en eau s’élèvent à 15%  de ses revenus. C’est énorme pour un pays pauvre. Ce montant s’explique, selon la  même source, par le fait que plus de 57% de la population recoure au service privé  d’eau. Notons qu’une Province comme le Québec, au Canada, l’eau potable qui  arrive au robinet de l’usager est gratuit. Il n’y a que le propriétaire de l’immeuble qui  paie une taxe à la municipalité pour ce service.  

B- Une faillite de l’administration publique haïtienne L’accès à l’eau potable n’est pas un luxe. C’est un service public vital,  indispensable à la santé, à la vie et à la dignité. En laissant circuler et consommer  une eau contaminée, l’État manque à ces obligations fondamentales. Il commet ce  que le droit administratif qualifie de carence fautive et, au regard de la gravité des  conséquences, une faute lourde. 

Cette situation n’est pas seulement un drame sanitaire. Mais aussi elle constitue  une violation grave du droit haïtien, du droit international et des principes  élémentaires de dignité humaine. Citons quelques règles : 

1- La Constitution haïtienne est sans ambiguïté. 

• L’article 19 impose à l’État de garantir le droit à la vie, à la santé et au respect  de la personne humaine; 

• L’article 23 lui confie la responsabilité de protéger l’environnement et les  ressources naturelles; 

• L’article 136 ordonne au Chef de l’État d’assurer le bon fonctionnement des  services publics essentiels; 

2- Une violation flagrante du droit international

Depuis 2010, l’Organisation des Nations Unies reconnaît explicitement le droit à  l’eau potable comme un droit humain fondamental. Ce droit exige que l’eau soit  salubre, accessible et disponible en quantité suffisante et abordable. 

Haïti est également partie au Pacte International Relatif aux Droits Économiques,  Sociaux et Culturels (PIDESC), dont l’article 12 garantit le droit à la santé. Le Comité  du PIDESC précise que ce droit inclut l’accès à une eau non contaminée. 

La contamination de l’eau consommée par la population constitue donc une  violation directe des engagements internationaux du pays. 

Elle touche aussi au droit à la vie, protégé par la Convention Américaine des Droits  de l’Homme. La Cour interaméricaine a déjà établi que l’accès à une eau salubre est  indissociable de la protection de la vie humaine. 

Nous assistons donc à une catastrophe de l’Administration publique haïtienne  qui faillit à l’une de ses obligations élémentaires consistant à s’assurer que les  administrés aient accès à l’eau potable.  

C- Nos considérations sur la contamination de l’eau Ce rapport expose un drame sanitaire majeur, connu et prévisible. Il ne révèle  pas une surprise. Il confirme une réalité que les autorités avaient l’obligation de  prévenir, de surveiller et de corriger. L’État savait — ou devait savoir — que l’eau  distribuée dans plusieurs zones du pays présentait des risques graves pour la santé. 

L’inaction face à un danger aussi évident constitue une négligence grave. Elle  expose des millions de citoyens à des maladies hydriques, à des infections, à des  risques mortels. Elle fragilise encore davantage une population déjà éprouvée par  l’insécurité, la pauvreté et l’effondrement des infrastructures. 

L’État a carrément abandonné le secteur de l’eau dans la zone métropolitaine  au bon vouloir des commerçants du privé qui sont primordialement mus par la  réalisation de gain pécuniaire. L’État s’y abstient de tout investissement. Nous  sommes en face d’un déni de responsabilité de la part des autorités qui se montrent  donc indifférentes aux besoins de la population. Elles n’ont aucune excuse.  

Voilà ce que Cynthia Blaise, responsable de la CAMEP a affirmé au journal Le  Nouvelliste dans l’édition en date du 24 octobre 2007 : ‘’L’eau de Port-au-Prince sera  analysée. Des appareils d’analyse de la qualité de l’eau ont été remis mardi au  laboratoire de la Faculté des Sciences et la Centrale Métropolitaine d’Eau Potable,  (CAMEP) par le ministère de l’environnement et de l’Agence Internationale de  l’Énergie Atomique, AIEA’’. Nous ne savons ce que l‘entreprise publique a fait de ces 

matériels. Mais cette annonce traduit au moins le fait qu’elle en disposait pour  effectuer son travail.  

Notons par ailleurs que le pays n’est doté d’aucune station d’épuration d’eau  usée. La protection de l’environnement est absente dans les pratiques de gestion  municipale. Ainsi, l’insalubre ne s’est jamais dissocié du salubre. 

Mais, le plus surprenant dans ce drame, c’est la tendance des autorités à le  banaliser. Depuis la publication du rapport, le 30 janvier, nous n’avons pas encore  pris connaissance d’un quelconque communiqué du Ministère de la Santé Publique  et de la Population (MSPP) visant à donner des consignes à la population sur les  mesures à prendre pour limiter les dégâts. Les autorités s’en foutent pas mal. 

Pourtant, la situation est suffisamment grave pour voir, si le pays faisait l’objet  d’un minimum de gouvernance, des responsables perdre leur poste et l’état  d’urgence sanitaire déclaré.  

Le rapport du MCI du 30 janvier 2026 ne représente pas seulement un  document technique : c’est un acte d’accusation. Il est temps pour la nation de  demander des comptes. Il est temps que des actions en justice soient intentées  contre les insouciants qui administrent la chose publique. 

Au de-là de l’enjeu de santé publique, les conséquences de ce désastre sont  incommensurables. Imaginer la réaction d’un étranger invité à visiter Haiti mais  qui avait déjà appris que l’eau consommée sur place renferme entre autres des  substances fécales. 

D- Nos recommandations 

Face à un tel manquement, la société haïtienne est en droit d’exiger : 

1. Des mesures correctives immédiates 

• Mise en œuvre d’un plan national d’urgence pour la potabilisation de l’eau. • Contrôles sanitaires réguliers et transparents. 

• Publication périodique des résultats d’analyse. 

2. Des réparations pour les victimes 

• Prise en charge des victimes. Les autorités doivent identifier les malades  affectés par l’eau contaminée puis les accompagner dans leur quête de  traitement. 

• Indemnisation des personnes affectées. 

• Mise sur pied des programmes de prévention et d’éducation sanitaire.

3. Une réglementation stricte de la commercialisation de l’eau La commercialisation de l’eau doit faire l’objet d’une réglementation stricte  opérée par le MSPP. Car elle est une ressource stratégique de santé publique.  Le cadre légal doit être élaboré dans l’esprit du droit de la protection des  consommateurs en prenant en compte les dispositions suivantes : a) La  délivrance d’un permis par MSPP. Le commerçant doit l’obtenir avant le  démarrage de toute activité de commercialisation de l’eau. Il lui reviendra de  faire la démonstration de ses capacités matérielles à respecter les normes  établies. b) L’introduction de sanctions aux manquements de ces normes. c)  L’insertion des clauses d’accès à la justice au profit du consommateur victime  demanderesse en justice en lui exonérant du fardeau de la preuve. 4. Des investissements du secteur public 

L’État doit se doter d’une politique d’aménagement du territoire tenant compte  des sources d’approvisionnement en eau. Elle lui permettrait de délimiter des aires  qui seront exemptes de construction d’immeubles. Les constructions anarchiques  jouent pour beaucoup dans la pollution de l’eau dans la zone métropolitaine. Les  interventions de l’État s’inscriraient dans le cadre d’une véritable politique de l’eau  telle que le préconise le rapport de 2015 de la Banque Mondiale ci-mentionné. Un  éventuel investissement de l’État garantira la concurrence avec le privé dans le  domaine ou même à termes le remplacer. Cette concurrence déboucherait sur la  baisse du prix de l’eau au profit des consommateurs. 

Par ailleurs, il est une nécessité qu’il y ait une installation d’abreuvage dans  chaque milieu achalandé comme les places publiques, les stations d’autobus, les  marchés publics, etc. Les mairies ne doivent pas avoir de la peine à les gérer. 

Conclusion 

L’eau, un droit, pas un privilège 

L’eau est la première condition de la vie. Aucun État ne peut prétendre protéger sa  population s’il ne garantit pas l’accès à une eau salubre.  

Il appartient désormais à l’État haïtien de reconnaître sa responsabilité, de réparer  ses manquements et de mettre en œuvre des mesures immédiates pour protéger la  population. Faute de quoi, ce scandale sanitaire deviendra un scandale moral et  historique. 

L’accès à l’eau potable n’est pas négociable. C’est un droit humain. Et ce droit doit  être respecté. 

Me Michel JEAN GILLES 

Président de l’Observatoire du droit du consommateur haïtien (ODCOH). Courriel : memicheljeangilles@gmail.com 

Tél. : 509 56 68 5804 

i https://hal.science/hal-05217023v1, 20 août 2025. 

Qualité de l’eau dans la Zone Métropolitaine de Port-au-Prince : Une synthèse systématique. Barony  Teefard Angelito Dauphina, Ruben Misaac Pierrea, Alexandra Emmanuel, Max François Millien, Evens  Emmanuel. 

ii Eau potable en Haïti : plus de 92 % de l’eau consommée dans la région métropolitaine de Port-au Prince est contaminée, révèle le ministère du Commerce et de l’Industrie. 30 janvier 2026. iii Haiti : L’accès à l’eau potable et à l’assainissement, un investissement clé dans le capital humain.  29 janvier 2029. Banque Mondiale.

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