L’opération ayant abouti à l’enlèvement du président Nicolás Maduro au Venezuela constitue un succès indéniable sur le plan militaire. Mais derrière cette opération se cache une stratégie géoéconomique claire : priver principalement la Chine et Cuba du pétrole vénézuélien tout en s’accaparant cette ressource stratégique dans un contexte de concurrence globale avec la Chine.
À la suite de cette opération, Donald Trump a fait une déclaration qui a fait l’effet d’une bombe en affirmant que les États-Unis prendront le contrôle du Venezuela dans l’attente d’une transition sûr. Quelques heures plus tard, son secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Marco Rubio, a tempéré ces propos. Mais Trump a-t-il menti pour autant ?
Lorsque Donald Trump déclare que les États-Unis « dirigeront » le Venezuela, il s’agit certes d’un excès de langage, comme on en est habitué avec ce personnage, mais en réalité, il n’a pas entièrement tort. Pourquoi est-on en droit de le penser ?
La théorie du réalisme coercitif, ou réalisme de la contrainte, élaborée principalement par Thomas C. Schelling, nous fournit une grille de lecture pertinente du plan américain. En effet, selon cette théorie, qui s’inscrit dans le courant réaliste des relations internationales, le système international est anarchique, marqué par l’absence d’une autorité supérieure aux États ; les États sont des acteurs rationnels cherchant à assurer leur survie, leur sécurité et leurs intérêts ; les relations internationales sont structurées par des rapports de force, et non par la morale ou le droit. Dans ce sens, le rapport de force constitue l’ultime moyen de résolution des conflits lorsque la diplomatie et les mécanismes juridiques échouent.
L’opération qui s’est soldée, le 3 janvier, par l’enlèvement et l’exfiltration de Maduro et de son épouse vers les États-Unis n’a pas commencé ce jour-là. En effet, elle a été amorcée dès les premiers jours de Trump à la Maison-Blanche. Dans un premier temps, les Américains ont privilégié l’option diplomatique en exigeant la démission du président vénézuélien, tout en lui proposant un exil doré dans un pays ami, notamment la Turquie. Maduro a toutefois refusé. L’appel téléphonique du 1er décembre 2025 entre Trump et Maduro témoigne de cette tentative diplomatique (le monde.fr).
Une fois les mécanismes diplomatiques épuisés, l’administration Trump a choisi de privilégier la force pour atteindre ses objectifs. C’est là que réside le cœur de notre analyse, qui vise à démontrer comment, progressivement, le plan américain s’est déployé à bord et aux abords de Caracas.
Le rapport de force peut prendre plusieurs formes : militaire, économique, stratégique ou navale. Néanmoins, dans la théorie du réalisme coercitif, le blocus naval est un outil privilégié, car il permet d’exercer une pression maximale sans affrontement terrestre direct, de frapper les capacités économiques de l’État ciblé et de contrôler les flux vitaux. Le blocus naval repose sur une logique simple : priver un État de ses moyens d’action afin de l’obliger à se conformer à la volonté de l’État dominant. C’est précisément là que se situe le principal levier de pression de Donald Trump qui consiste à contrôler l’exportation du pétrole Vénézuélien qui constitue le cœur de son économie soit environ 87 % des exportations du pays (OPEP).
En effet, si les Américains ont procédé à l’enlèvement et à l’exfiltration de Maduro vers les États-Unis, les forces navales américaines sont restées déployées dans la mer des Caraïbes, en particulier au large des côtes vénézuéliennes. Ainsi, en plus de la démonstration de force que constitue l’enlèvement de Maduro, les sanctions économiques ont été maintenues, et l’ultime moyen de pression réside dans le blocus naval imposé au Venezuela. L’arraisonnement de deux pétroliers russes liés aux sanctions du pétrole Vénézuélien le 7 janvier 2026 témoigne de la nature et de l’intensité de ce blocus (Gouvernement américain).
Ainsi, la déclaration de Trump prend tout son sens à la lumière de la théorie du réalisme de la contrainte. Le blocus naval vise à dissuader les États, à affirmer une hiérarchie de puissance et, surtout, à contraindre l’État ciblé à modifier son comportement. On comprend alors que si Trump affirme que les États-Unis « dirigeront » le Venezuela, ce n’est pas parce qu’il en assurera la présidence, mais parce que les moyens de pression mis en place contre le régime en place ont pour objectif de le réduire à la soumission. Cette stratégie peut ainsi se révéler chirurgicale et moins coûteuse, car elle n’implique pas nécessairement un changement de régime ni une intervention militaire directe, tout en favorisant une forme de stabilité dès lors que l’État visé obéit.
Mathé Vladimir Estefano, Politiste
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