Au MENFP, l’école est à l’arrêt, la révérence reste obligatoire.
Lekòl kraze, vœux impeccables : au MENFP, Augustin Antoine quitte sans réforme, mais pas sans révérences. Tandis que l’école publique demeure à l’arrêt, la machine protocolaire, elle, tourne à plein régime, convoquant cadres et agents non pour rendre compte d’un système à reconstruire, mais pour saluer une fin de mission réglée au millimètre. À défaut de redresser l’éducation, le ministère aura au moins réussi sa sortie cérémonielle.
La note officielle est claire. Conformément aux traditions institutionnelles — celles qui survivent à tout, surtout à l’effondrement du système éducatif — le personnel est invité à se présenter pour livrer ses salutations d’usage de jwèt manje tè. L’école peut attendre ; le protocole, jamais. La République, elle, fonctionne encore très bien quand il s’agit de se congratuler.
Le ministre sera « disponible » à Delmas 83 dès 9 heures. Une disponibilité rare, presque pédagogique. Les élèves, eux, continuent d’apprendre la débrouille, la peur ou l’ennui, mais l’administration veille à ce que les hommages, eux, soient bien encadrés. Le ministère qui peine à produire un calendrier scolaire crédible sait parfaitement fixer l’heure des vœux.
Cerise administrative sur le gâteau institutionnel : la Direction générale profite de l’occasion pour adresser à ses agents des souhaits de paix, de succès et de prospérité. L’école n’a plus de bancs, parfois plus de maîtres, souvent plus d’élèves, dans des locaux délabrés sans craie, sans chiffon, mais elle conserve une remarquable capacité à produire des formules rassurantes. À défaut d’instruction, on distribue de l’espérance en version papier.
Tout indique que ces vœux sont à durée déterminée. Ils semblent conçus pour accompagner la fin de mission, jusqu’au 7 février, date à laquelle les problèmes éducatifs reprendront leur cours normal : sans ministre, sans solution, mais toujours avec des notes bien tamponnées. Au MENFP, on n’enseigne plus grand-chose, mais on maîtrise l’art du salut républicain.

