Par Reynoldson Mompoint,
Port-au-Prince, le 08 Janvier 2026
Par-delà les slogans de l’État de droit et les discours policés sur la démocratie, Haïti est un pays où les institutions sont souvent des terrains de lutte, et la Police nationale d’Haïti (PNH) n’échappe pas à cette règle. Deux figures dominent, depuis des années, ce champ miné : Mario Andrésol et Pierre Espérance. Deux trajectoires différentes, deux postures publiques opposées, mais un même point de convergence : la PNH, devenue à la fois enjeu, outil et champ de bataille.
Mario Andrésol : le policier de l’ordre dur, l’ombre persistante du commandement
Mario Andrésol est avant tout un homme de sécurité. Ancien directeur général de la PNH, il incarne une vision verticale, autoritaire et centralisée de l’ordre public. Pour ses partisans, il est l’un des rares chefs de police à avoir tenté d’imposer une discipline réelle dans une institution gangrenée par l’infiltration politique, la corruption et les gangs. Pour ses détracteurs, il est le symbole d’une police politisée, brutale, parfois instrumentalisée au service d’agendas non avoués.
Sous son passage à la tête de la PNH, Andrésol a consolidé des réseaux d’influence profonds : officiers loyaux, cadres formés sous son commandement, réflexes opérationnels hérités de son époque. Même hors du pouvoir formel, son empreinte demeure. Dans les commissariats, dans certaines unités spécialisées, son nom circule encore comme référence, parfois comme menace.
Mario Andrésol n’a jamais vraiment quitté la PNH ; il l’a marquée au fer rouge. Cette influence persistante alimente une lecture critique : Andrésol ne serait pas seulement un ancien chef, mais un acteur politique indirect, capable d’orienter, de conseiller, voire de peser sur des choix sécuritaires majeurs, surtout dans les périodes de transition et de chaos.
Pierre Espérance : le militant des droits humains devenu acteur politique de fait
Face à Andrésol, Pierre Espérance occupe un tout autre registre. Directeur du RNDDH, figure médiatique des droits humains, Espérance s’est imposé comme une voix incontournable dans l’espace public haïtien. Dénonciateur infatigable des abus policiers, critique virulent des dérives sécuritaires, il se présente comme le contre-pouvoir moral face à l’arbitraire de l’État. Mais cette posture, au fil des années, s’est transformée. De vigie, Pierre Espérance est devenu acteur, parfois stratège.
Ses prises de position, ses rapports sélectifs, ses silences calculés et ses dénonciations ciblées soulèvent une question centrale : Pierre Espérance défend-il les droits humains ou exerce-t-il une influence politique sous couvert de militantisme ? De plus en plus d’observateurs évoquent une instrumentalisation de la PNH par Espérance, non par le commandement direct, mais par la pression médiatique et internationale. Un officier est promu ou sacrifié, une unité est protégée ou clouée au pilori, non pas seulement en fonction de la loi, mais selon la narration dominante portée par certaines ONG, dont le RNDDH.
La PNH, déjà fragile, se retrouve ainsi prise en étau :
– D’un côté, la crainte d’être accusée d’abus et livrée à l’opprobre internationale.
– De l’autre, la tentation de plaire aux ONG influentes pour garantir protection et légitimité.
Un affrontement idéologique… et stratégique
L’affrontement entre Mario Andrésol et Pierre Espérance n’est pas seulement personnel. Il est idéologique et structurel. Andrésol représente la logique de l’ordre par la force, de la sécurité avant tout, quitte à frôler – ou dépasser – les limites des droits humains. Espérance incarne la logique du contrôle moral permanent de la police, parfois au prix de l’efficacité opérationnelle et de la cohérence institutionnelle.
Mais derrière ces principes affichés, se cache une lutte plus cynique : le contrôle du récit sur la PNH. Qui dit la vérité sur la police haïtienne ? Qui décide ce qui est un abus, ce qui est une opération légitime, ce qui mérite sanction ou silence ?
Dans ce duel, la PNH est rarement sujet ; elle est objet. Instrumentalisée tantôt par les anciens barons sécuritaires, tantôt par les militants des droits humains devenus faiseurs d’opinion.
La PNH, victime collatérale d’un combat de pouvoirs
Le résultat est tragique. La PNH, déjà sous-équipée, sous-financée et infiltrée par des intérêts criminels, se retrouve désorientée. Les policiers ne savent plus à quelle autorité obéir :
– À la hiérarchie officielle ?
– Aux anciens chefs toujours influents ?
– Ou à la peur d’un rapport accablant qui peut ruiner une carrière, voire une vie ?
Haïti paie le prix fort de cette guerre larvée. Pendant que Mario Andrésol et Pierre Espérance s’affrontent dans l’ombre et la lumière, les gangs prospèrent, les quartiers tombent, et l’État s’efface.
Mario Andrésol et Pierre Espérance sont les deux faces d’un même drame haïtien : celui d’un pays où la sécurité et les droits humains ne dialoguent pas, mais s’affrontent ; où les institutions sont moins gouvernées par la loi que par l’influence ; où la PNH n’est ni pleinement républicaine, ni réellement autonome.
Tant que ces luttes de pouvoir déguisées en principes continueront, la police restera un champ de bataille, et Haïti, un pays sans arbitre.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
WhatsApp +50937186284

