21 janvier 2026
La santé en Haïti, l’urgence oubliée
Actualités Société

La santé en Haïti, l’urgence oubliée

La situation de la santé en Haïti est une crise silencieuse, ancrée dans un système fragilisé par des décennies de négligence et de sous-investissement. Alors que le pays fait face à des défis sécuritaires, politiques et économiques majeurs, la santé publique reste un domaine gravement sous-priorisé, malgré son rôle fondamental pour la stabilité et le développement d’une nation.

Le secteur de la santé haïtien est marqué par un manque criant d’infrastructures, de personnel qualifié et de médicaments. Dans les hôpitaux publics, le matériel médical est souvent insuffisant ou obsolète, et les médecins, sous-payés, manquent cruellement de ressources pour traiter leurs patients. Les zones rurales sont encore plus affectées, avec un accès quasi inexistant aux soins de base. Les centres de santé communautaires, pourtant essentiels, peinent à assurer leur fonctionnement quotidien, alors que les patients doivent parcourir des kilomètres pour obtenir des soins souvent inadéquats.

L’une des conséquences directes de cet abandon est l’augmentation des maladies évitables. Choléra, paludisme, tuberculose, malnutrition infantile et VIH continuent de faire des ravages. Pourtant, beaucoup de ces fléaux pourraient être contrôlés par des campagnes de vaccination, des mesures d’hygiène de base et un accès amélioré à des soins de santé primaires. Le manque d’accès à l’eau potable et l’absence de services d’assainissement adaptés contribuent également à l’exacerbation de ces problèmes sanitaires.

Un autre enjeu majeur est l’absence de protection sociale. La grande majorité des Haïtiens ne disposent pas d’assurance santé, ce qui les pousse à financer de leur poche des traitements souvent hors de portée pour la population. Cette situation exacerbe les inégalités, les familles pauvres étant contraintes de choisir entre acheter des médicaments ou nourrir leurs enfants. Le coût élevé des soins prive ainsi une grande partie de la population d’un accès à la santé, renforçant la spirale de pauvreté et de maladie.

Le rôle du gouvernement est central dans cette crise. Le manque de vision et de réformes structurantes dans le secteur de la santé a laissé place à une dépendance chronique à l’aide internationale. Si les ONG et les partenaires internationaux ont contribué à sauver des vies, notamment après des catastrophes naturelles, leur présence ne peut compenser l’absence d’un système de santé publique fonctionnel. Le défi est donc de construire une autonomie locale, en formant des médecins, en réhabilitant les hôpitaux et en instaurant une politique de santé publique durable et équitable.

Par ailleurs, la crise sécuritaire qui gangrène le pays depuis plusieurs années a des répercussions directes sur le système de santé. Les médecins et infirmiers sont souvent pris en otage par des gangs, les cliniques dans les quartiers défavorisés ferment leurs portes par peur des violences, et les routes bloquées par des manifestations ou des attaques empêchent l’acheminement des médicaments. La situation devient alors insoutenable pour les professionnels de la santé et les patients.

Face à cette situation alarmante, il est impératif que les autorités haïtiennes prennent des mesures fortes pour réformer en profondeur le secteur de la santé. Cela passe par un engagement financier conséquent, mais aussi par une meilleure gouvernance, une lutte contre la corruption, et une planification à long terme. La santé doit être une priorité nationale, car sans un système sanitaire robuste, aucun développement économique ou social ne sera possible.

Marie Maude Vimont

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.