Par Reynoldson Mompoint
Cap-Haïtien, le 22 janvier 2026
Ce n’est pas une caricature. Ce n’est pas une plaisanterie. Ce n’est même pas une provocation isolée.
C’est une déclaration de pouvoir.
En publiant une image montrant le Canada, le Groenland et le Vénézuela intégrés au territoire des États-Unis, Donald Trump n’a pas seulement défié le bon sens géographique. Il a officialisé visuellement une doctrine : celle d’un monde redessiné non par le droit, ni par la diplomatie, mais par la volonté brute du plus fort.
La carte n’est pas fausse. Elle est programmée.
Quand la carte précède la guerre
Les empires ne commencent jamais par les bombes. Ils commencent par les cartes.
Avant les conquêtes, il y a toujours un dessin, une vision, une projection. Trump ne bombarde pas encore le Canada. Il ne débarque pas au Groenland. Il n’annexe pas officiellement le Vénézuela. Il fait plus subtil : il les absorbe mentalement, il les installe dans l’imaginaire collectif comme des territoires déjà acquis.
C’est ainsi que l’on prépare les peuples à accepter l’inacceptable.
La publication de cette image n’est pas un accident de communication. Elle s’inscrit dans une continuité :
– Acheter le Groenland « pour la sécurité nationale ».
– Traiter le Canada comme un État vassal.
– Parler du Venezuela comme d’un butin stratégique.
– Mépriser les institutions internationales.
– Ridiculiser l’Europe.
La carte est le résumé visuel de cette logique : le monde appartient à ceux qui osent le prendre.
L’Europe réduite à l’état de classe d’élèves
L’autre élément, plus humiliant encore, est peut-être la mise en scène des dirigeants européens. Sur l’image, ils sont assis, petits, silencieux, alignés devant Trump, comme des enfants indisciplinés devant un maître d’école autoritaire.
Ce n’est pas une insulte gratuite. C’est un message clair : l’Europe n’est plus un partenaire, mais un public. Trump ne négocie pas avec l’Europe. Il lui explique le monde.
Dans cette vision, Paris, Berlin, Bruxelles ne sont plus des centres de décision, mais des salles de classe où l’Amérique enseigne, ordonne, corrige. L’OTAN devient un outil. L’Union européenne, un décor. La souveraineté, une illusion tolérée tant qu’elle ne contredit pas Washington.
Un président, un empire, un écran
Trump gouverne comme on administre un réseau social. Un post remplace un traité. Une image remplace un sommet diplomatique. Une provocation remplace une doctrine écrite.
Mais l’effet est réel.
Car dans un monde saturé d’images, ce qui est montré finit par être cru, puis accepté, puis normalisé.
Aujourd’hui le Canada. Demain le Groenland. Après-demain le Vénézuela. Et ensuite ? Bientôt le Mexique ? Déjà traité comme un prolongement sécuritaire des États-Unis.
La Colombie ?
Déjà un pilier militaire régional aligné.
Cuba ? Toujours considéré comme une anomalie à corriger.
Trump ne cache plus ses intentions. Il les affiche.
Le retour brutal de l’impérialisme sans honte
Ce que Trump fait, d’autres l’ont fait avant lui. Mais jamais avec cette arrogance décomplexée. Là où les anciens empires utilisaient le langage du progrès, de la civilisation ou de la mission historique, Trump utilise celui du rapport de force brut.
Pas d’idéologie complexe. Pas de justification morale. Seulement une logique simple : « Nous sommes puissants, donc tout est possible. » C’est l’impérialisme sans vernis, sans hypocrisie, sans diplomatie feutrée. Et le plus inquiétant n’est pas Trump lui-même. C’est le silence gêné, parfois lâche, souvent calculé, de ceux qui regardent cette image et se contentent de sourire jaune.
Et les petits pays dans tout ça ?
Quand un président peut redessiner le monde sur un écran, que vaut la souveraineté des pays faibles ? Que vaut Haïti ? Que valent les Caraïbes ? Que vaut l’Afrique ?
Cette carte n’efface pas seulement le Canada ou le Vénézuela. Elle annonce un monde où les frontières des faibles sont temporaires, négociables, révisables selon les intérêts du moment. Aujourd’hui, Trump montre une image. Demain, un autre montrera une flotte. Puis un autre encore parlera d’« intervention nécessaire ».
Ce n’est pas une image, c’est un avertissement
Il faut cesser de rire. Il faut cesser de minimiser. Il faut cesser de croire que tout cela n’est que théâtre. Cette image est un avertissement mondial. Donald Trump ne demande plus l’autorisation. Il ne consulte plus. Il montre ce qu’il veut, et il observe qui ose dire non.
Dans ce monde-là, ceux qui ne défendent pas leur souveraineté sur le papier finiront par la perdre sur les cartes.
Et quand la carte est déjà dessinée, il est souvent trop tard pour protester.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste
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