29 septembre 2026
Bishop Grégory Toussaint et le Syndrome du grand  Coquelicot ! 
Actualités Société

Bishop Grégory Toussaint et le Syndrome du grand  Coquelicot ! 

Le syndrome du grand coquelicot, également connu sous le nom de syndrome de l’exposition  élevée, est une métaphore intrigante qui mérite réflexion. Ce syndrome trouve ses racines dans  les récits d’Hérodote et les réflexions d’Aristote, notamment dans l’histoire de Livius sur le tyran  « Tarquin le Superbe ». Selon ce récit, Thrasybule, un homme d’État, conseiller de l’empereur et  général  athénien  ayant  vécu  entre  445  et  389  av.  J.-C.,  reçut  le  messager  de  l’empereur,  ce  dernier voulant savoir ce qu’il fallait faire pour mieux contrôler son empire. Lors de cet échange,  Thrasybule se contenta de marcher avec le messager de l’empereur dans les champs de blé et à  chaque fois qu’il trouvait un épi de blé apparaissant plus grand que les autres, il le coupait et le  jetait  au  sol.  Thrasybule  ne  prononçait pas  un  mot  au  messager.  Le  messager  rapportait à  l’empereur le comportement de Thrasybule, et ce dernier saisit le sens du message : il devait se  débarrasser des meilleurs afin que son pouvoir et sa suprématie ne soient jamais contestés ou  remis en question. 

En effet,  ce  syndrome  du grand  coquelicot  n’a été  décrit  qu’en  1984  par Susan Mitchell,  une  écrivaine  australienne,  dans  son  livre  «  Tall  Poppy  »,  dans  lequel  elle  explique  comment  les 

femmes sont victimes de stigmates lorsqu’elles réussissent, comparées aux hommes considérés  comme  puissants  ou  brillants.  Les  femmes,  en  cas  de  réussite,  sont  souvent  perçues  comme  carriéristes, opportunistes ou arrivistes, voire même égoïstes, au lieu d’être félicitées. 

Selon ce syndrome de l’exposition élevée, on a tendance à couper la tête de celui qui dépasse les  autres. C’est ce à quoi fait face Grégory Toussaint. 

Je  prends  pour  point  de  départ  ce  syndrome  afin  de  commenter  deux  événements  qui  ont  indubitablement  captivé  l’attention  de  nombreux  observateurs,  tant  ils  ont  suscité  un  flot  abondant  de  commentaires  et  de  débats  :  le  rassemblement  majeur  du  9  juillet  2023  et  l’inauguration suivie de la dédicace du Tabernacle de Gloire en Floride qui s’est déroulée du 6 au  8 juillet 2024, un an après la marche. Ces deux manifestations ont été orchestrées par une seule  et même personne : le Bishop Grégory Toussaint. 

La marche internationale pour Haïti, organisée sous le thème « Souffle pour Haïti » ou en créole  « Souf pou Ayiti », se présente comme une initiative hautement louable aux yeux d’une grande  majorité  de  personnalités  venant  de  divers  horizons,  bien  qu’elle  ait  aussi  été  critiquée  par  d’autres.  Louable,  car  ce  pays  en  avait  besoin  pour  plusieurs  raisons,  que  je  me  permets  ici  d’énumérer : premièrement, l’incapacité des dirigeants d’alors à mener à bien une transition qui  semblait se muer en un mandat présidentiel à durée indéterminée, le manque de visibilité sur un  calendrier  électoral  clair  ;  deuxièmement,  le  refus  ou  l’incapacité  de  la  communauté  internationale  à  adopter  une  approche  consensuelle  concernant  le  dossier  de  la  première  république  noire  indépendante. Haïti est  devenu  le  théâtre  d’affrontements géopolitiques  où  certains tentent de régler leurs différends en utilisant le pays comme terrain d’opération. D’un  côté, la Chine et la Russie ; de l’autre, les pays occidentaux avec les États-Unis à la tête de ce bloc.  Ainsi,  le  Conseil  permanent  des  Nations  Unies  peinait  à  prendre  une  résolution  susceptible  d’aider  les  citoyens haïtiens  à  vivre  dans  un  environnement  sécurisé  permettant  la  reprise  d’activités à l’échelle nationale. Cette position de l’ONU n’est pas seulement corrélée à ce que  nous  venons  d’évoquer,  mais  elle  est  aussi  tributaire  de  problèmes  internes  de  l’institution,  principalement liés à sa dernière mission dans le pays, qui avait causé la mort de plus de 10 000 

Haïtiens à cause du choléra, dont la souche correspondait à celle d’Asie du Sud, selon les essais  du laboratoire CDC des États-Unis pour le contrôle des maladies. Ainsi, la dernière mission des  Nations Unies était mise en cause. Il faut également noter que cette mission n’avait pas pu aider  à la professionnalisation de la police et au renforcement des institutions, éléments importants  de la feuille de route de la Minustah à l’époque. 

Ajoutons à cela la divergence de positions entre les acteurs locaux : d’un côté, un gouvernement  de transition ne jurant que par la présence d’une force multinationale étrangère, gage de leur  survie et de maintien de la paix ; de l’autre, certains soi-disant nationalistes refusant la présence  de cette force mais incapables de proposer une solution concrète de sortie de crise. Le troisième  élément justifiant la démarche du Bishop est le caractère persistant et alarmant de l’insécurité. 

Grégory Toussaint  a  su  rassembler  une  foule  immense et  internationale  le  9  juillet  2023.  Les  manifestants ont déferlé dans les rues non seulement de Port-au-Prince, mais aussi de certaines  grandes villes d’Amérique et même d’Europe. Que l’on aime ou non le pasteur Grégory Toussaint  (GT), ou plutôt l’évêque Grégory Toussaint de l’Église Tabernacle de Gloire (qui porte les initiales  de son nom GT), il est indéniable qu’il a réussi à mobiliser autant de monde en si peu de temps.  Ce rassemblement a démontré que l’évêque est une force et une voix non négligeables pour Haïti  à travers le monde. Selon les informations fournies par lui-même, près de 1 000 000 de dollars  auraient été dépensés pour cette manifestation. 

Un an après que GT ait fait les gros titres suite à son ordination en tant que Bishop, suscitant des  critiques  acerbes  de  la  part  de  certains  membres  de  la  communauté  protestante  et  non  protestante, Gregory Toussaint fait encore parler de lui, mais cette fois pour la cause haïtienne.  Au lieu d’être acclamé, GT suscite la crainte ; beaucoup le voient comme une menace, un homme  à  abattre.  Encore  une  fois,  il  doit  tenter  de  se  justifier  ou  trouver  de  bons  arguments  pour  partager sa vision sociale et spirituelle pour son pays. 

En ce début de mois de juillet 2024, l’inauguration du Tabernacle de Gloire en Floride montre le  savoir-faire et la vision de Grégory Toussaint. Un bâtiment estimé à près de 60 millions de dollars  aux États-Unis devrait susciter l’admiration de tout Haïtien responsable et conséquent. Là encore, 

cette démarche est loin de faire l’unanimité. Une grande majorité de la communauté est fière et  applaudit cette réalisation. Cependant, d’autres critiques voient d’un mauvais œil la démarche  de l’offrande de Salomon instituée par l’évêque du Tabernacle de Gloire. Plus d’un diront qu’il  sait faire le buzz, ce Monsieur ; mais comme on le dit souvent au pays, « sak pa touye’w angrese’w  » (ce qui ne te tue pas te rend plus fort). GT semble se nourrir de ces contradictions et ces ragots  à  son  sujet,  car  cela  ne  l’empêche  pas  d’avancer.  Plusieurs  projets  sont  en  préparation  et  devraient bientôt voir le jour. 

Depuis cette marche qui avait mis le Bishop GT sous les projecteurs de la république, bien des  choses  ont  évolué  :  le  renforcement  du  programme  humanitaire  «  Parole  »  ou  plus  communément appelé « Biden », le départ du gouvernement de facto du Premier ministre Ariel  Henry, la mise en place d’un conseil présidentiel de 9 membres, une option jugée crédible par les  différents acteurs politiques de l’opposition unie, qui a conduit à la nomination d’un nouveau  Premier ministre et d’un gouvernement de transition. 

Elbert Hubbard a dit : « Il existe quelque chose de beaucoup plus rare et de plus fin que le talent  : il s’agit du talent de reconnaître les talents ». Cette situation n’est pas seulement liée au cas de  GT ou à Haïti. Elle tend à être plus forte dans les sociétés où la réussite est rare. Il est évident que  la classe politique haïtienne ou d’autres groupes religieux ne peuvent tolérer un leader comme  Grégory Toussaint. Peuvent-ils l’empêcher de briller ? 

Nous pouvons avoir toutes les réserves que nous voulons sur la démarche, la personne de GT ou  ses  prises  de  position  ;  mais  il  faut  reconnaître  en  lui  un  grand  leader  charismatique,  un  visionnaire et une personne d’une grande culture. Ses  réalisations parlent d’elles-mêmes. Des  Haïtiens comme GT, il y en a peu, et il devrait être élevé au rang des plus grands. Il est clair que  GT suscite chez les autres un sentiment d’insécurité ; il représente une menace. Il fait briller le  nom d’Haïti sur la scène internationale à l’instar d’un Jean-Jacques Dessalines ou d’un Toussaint  Louverture. 

Sa position en tant qu’homme d’Église le contraint souvent à prendre des positions tranchées  contre certains secteurs, mais nous devrions dépasser ces passions et apprécier ce qui est bon et 

utile chez cette personne. Évitons, pour une fois, de ne pas donner raison aux saintes écritures  qu’un « prophète n’est jamais honoré dans sa patrie ». 

Nous sommes arrivés à un carrefour de la vie nationale, où nos divergences de points de vue  doivent passer en second plan et où les fils du pays doivent apprendre à s’asseoir pour discuter  de  l’avenir  d’Haïti.  Haïti  a  besoin  de  tous  ses  enfants,  et  surtout  de  ceux  ayant  des  carnets  d’adresses et du succès. Chercher à décrédibiliser ou discréditer ceux qui s’opposent au statu quo  ou qui se distinguent ne nous grandit en rien. Définir des limites que les autres ne peuvent pas  dépasser n’est pas la voie que nous, en tant que citoyens, devrions emprunter. Kobe Bryant a dit  que « le vrai succès est lorsque vous inspirez les autres à être la meilleure version d’eux-mêmes  ». 

Nous  sommes  tentés  de  dire  qu’Il  ne  faut  surtout  pas  que  les  critiques  essuyées  par  GT  le  paralysent dans ses initiatives futures. Cependant, au vu de ce qu’il a déjà réalisé et de ce qu’il  prévoit de faire, il est manifeste que cela ne risque pas d’arriver de sitôt. Une personnalité telle  que  Grégory  Toussaint, ne  devrait-il  pas  s’impliquer  davantage  dans le  cadre  d’un  dialogue  National  visant  à  penser  les  blessures  de  la  nation haïtienne  et  poser  les  bases  de  l’Haïti  de  demain ? Par  ailleurs,  notre  mentalité  peut  ne  pas  atteindre  GT,  mais  elle  peut  cependant  paralyser d’autres. Nous devons apprendre à apprécier les vertus des autres sans que cela ne  nous affecte. Marianne Williamson écrit dans l’un de ses poèmes : « Notre plus grande peur n’est  pas d’être inadaptés. Notre peur la plus profonde est que nous soyons puissants au-delà de toute  mesure. C’est notre lumière, et non nos ténèbres, qui nous effraie le plus ». Nous ne devons pas  craindre d’être puissants au-delà de toute mesure. Oui, c’est notre lumière qui nous effraie, et  non les autres ! Disons tous non au syndrome de la position élevée ! 

BF

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.