La proposition kényane d’envoyer des policiers en Haïti, bien que noble en théorie, se heurte à la nécessité du départ d’Ariel Henry. Quelles voies s’offrent à l’avenir de ce pays tourmenté ?
Le récent projet kényan d’envoyer un contingent d’officiers de police en Haïti est noble en théorie, mais périlleux en pratique. Certains critiques pourraient même arguer que cette action est teintée de naïveté dans le contexte de la dangerosité de l’environnement sécuritaire et politique du pays.
La proposition de Kenya d’intervenir en Haïti est périlleuse
Haïti est une nation insulaire des Caraïbes qui partage l’île d’Hispaniola avec la République dominicaine. Haïti est une ancienne colonie française francophone, mais a connu une expérience traumatisante sous le joug du colonialisme, même après le départ des Français.
L’île a été accueillie dans la communauté internationale avec la réalité difficile de devoir verser plus de 32 milliards de dollars (valeur actuelle en dollars américains) à la France en 1825 pour obtenir une reconnaissance française dans l’infâme Indemnité française.
L’État insulaire a vécu la tragédie de l’assassinat brutal de son président âgé de 53 ans en 2021. Depuis lors, il fonctionne sans législature ni système judiciaire fonctionnels.
En avançant en 2023, cet héritage du post-colonialisme a paralysé l’État haïtien et constitue un facteur contributif à la morosité actuelle.
La sécurité publique a été confiée à des gangs et à des groupes de vigilantes qui ont remplacé le vide sécuritaire laissé par l’État pour assurer la protection et extorquer la conformité de la population. De plus, les gangs et les groupes de vigilantes s’engagent dans des guerres de territoire vicieuses, générant ainsi de la violence.
Cette violence rend toute activité économique significative pratiquement impossible pour la population. Elle force les civils à dépendre des gangs et des groupes de vigilantes pour accéder à l’aide alimentaire internationale en traversant les territoires qu’ils contrôlent.
Les problèmes d’Haïti ne sont pas tous artificiels
Des actes de Dieu ont contribué à la situation contemporaine problématique. Un tremblement de terre de magnitude 7,0 en 2010 a tué 300 000 personnes et laissé 1,6 million de sans-abri. En 2016, l’ouragan Matthew a frappé l’île et en 2021, un séisme de magnitude 7,2 a tué 2 500 personnes. Ces catastrophes naturelles exacerbent les défis créés par le gaspillage humain.
Ces contextes historiques sont importants pour réfléchir à la question de savoir si la police kényane devrait être déployée en Haïti.
Si la police kényane décide de mener une mission de sécurité en Haïti…
…elle entrera dans un pays avec plus de 250 gangs armés. Un pays où les enlèvements en 2023 ont augmenté de 53 %, les meurtres de 35 % et où la nation est inondée de plus de 500 000 armes illégales.
De plus, les Haïtiens ont eu un avant-goût amer des interventions internationales précédentes sur l’île, en commençant par la mission de maintien de la paix des Nations unies de 2004 à 2017. Cette mission a été entourée de controverses, les casques bleus des Nations unies étant impliqués dans des meurtres, de la corruption, des viols et ayant propagé le choléra à la population haïtienne depuis la base de la mission de l’ONU.
Quelles solutions pour l’avenir ?
Le défi immédiat est d’avoir une administration politique intérimaire ayant une légitimité large et pouvant remplacer l’administration discréditée d’Ariel Henry. Ce n’est qu’alors que ce nouveau régime pourra mettre en place des cadres pour organiser des élections tout en accueillant le soutien international pour stabiliser la situation sécuritaire sur l’île.
Cela ne peut pas être réalisé uniquement grâce aux 1500 policiers de soutien que le Kenya a offerts. Un effort international sous l’égide des Nations unies, dirigé par les acteurs régionaux de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), devrait être à la tête des décisions sécuritaires et politiques délicates pour l’avenir de la sécurité caribéenne. Une Haïti instable demeure le maillon faible de la région. Alors, les troupes kényanes devraient-elles être envoyées en Haïti ? Pas encore !
Professor Monda teaches political science, international relations, and foreign policy at the City University of New York. @dmonda1, davidmonda.com

