À la date du 12 juillet 2021, soit moins d’une semaine après l’assassinat du président Jovenel Moïse (7 juillet), le Premier ministre de facto Claude Joseph réunit les membres du Conseil Électoral Provisoire (CEP) afin d’annoncer la relance du processus électoral Dermalog. Cette séance, tenue dans un climat institutionnel dévasté, fut présentée comme un geste de continuité administrative, alors même que l’État se trouvait en situation de vacance traumatique, sans légitimité politique ni direction constitutionnelle.
L’épisode éclaire la mécanique d’un pouvoir fragmenté où l’exécutif intérimaire, privé d’assise populaire, tenta d’accélérer une opération électorale déjà contestée pour irrégularités techniques, dépendances budgétaires étrangères et dysfonctionnements systémiques du système Dermalog. Les communiqués officiels de l’époque insistaient sur la disponibilité des matériels et sur l’“avancement” du calendrier, malgré l’absence de sécurité, l’effondrement des institutions et une société en état de sidération.
Ce retour historique permet de mettre en évidence une dynamique plus vaste : l’alignement structurel de la classe politique sur les volontés diplomatiques. Les chefs de partis, incapables de produire une doctrine souveraine, avaient applaudi la poursuite d’un processus électoral purement administratif, alors que les conditions minimales d’un scrutin loyal n’existaient plus et encore inexistantes jusqu’aujourd’hui. Leur attitude confirmait une dépendance chronique aux chancelleries étrangères, lesquelles orientaient, directement ou indirectement, le tempo politique, les priorités institutionnelles et les mécanismes de transition.
Ce moment de juillet 2021 constitue ainsi un cas d’école pour analyser la démagogie des élites politiques : discours nationalistes à usage domestique d’un côté, alignement sur les desiderata internationaux de l’autre. L’épisode marque aussi le tournant où le vocabulaire électoral servit de substitut à une véritable gouvernance, réduisant la crise nationale à un problème de calendrier plutôt qu’à une faillite structurelle de l’État.
Quatre années plus tard, l’image conserve une force particulière :un gouvernement provisoire sans légitimité, un CEP discrédité, un système Dermalog contesté, et une classe politique dans une posture d’assentiment silencieux. Ce flashback rappelle que la crise actuelle trouve ses racines dans ces pratiques répétées de renoncement collectif, où les chefs de partis préférèrent suivre les signaux extérieurs plutôt que défendre une trajectoire nationale autonome.
texte original :Claude Joseph rencontre les membres du CEP pour relancer le processus électoral Dermalog – Rezo Nòdwès

