Tout à coup
Tout à coup
On nous ouvre les bras :
« Venez tous les désespérés
Inscrivez-vous!
Mais d’abord mettez-vous en rangs
Une place vous attend! »
Tout à coup on nous invite à la soupe!
Mais une générosité soudaine
Ne mérite-t-elle pas d’être questionnée?
« Allez, sauvez-vous de la faim
C’est payant la manufacture!
C’est payant un champ de bataille! »
Tout à coup ce revirement propice :
Une Économie étrangère à sauver
Nous qui n’avons pas su gérer la nôtre.
Une Grande Puissance à soutenir
Nous dont la puissance
N’a duré que l’espace d’un cillement
Il était une fois
De force nous avions été importés
Pour défricher les terres
Pour cueillir le coton
Et sous les coups de fouet
Leur bâtir une Économie
Il était une fois
De force nous avions dû combattre leurs guerres.
Sous menace de tortures
Nous avions édifié leurs civilisations
Dont par la suite
Nous avions été sciemment évincés
La porte nous a été fermée si longtemps
Et notre misère, par eux, fomentée.
Désespérés, déshumanisés
Nous sommes devenus des bêtes folles,
Livrés à notre propre violence forcenée
Sous le regard complice des anciens maîtres
Tout à coup ils nous ouvrent un passage!
Comptent-ils relancer leurs factories
Et renflouer leur GDP (1) ?
Comptent-ils poursuivre quelques guerres?
Cela mérite d’être questionné :
Est-ce une embauche à bon marché?
Ou est-ce une conscription?
Et nous, les futurs ouvriers
Pelles en main vers ces mines de charbon
Qu’ils retardent à fermer en dépit du climat!
Ou bien partirons-nous, futurs soldats,
Fusils sur les épaules
Sauver les Puissances mal-en-point?
Il était une fois,
Il n’y a pas longtemps
Au temps de la démocratie
Ils payaient par l’octroi d’une citoyenneté
Pour combattre leur guerre
Sur l’autre continent.
Mais enfin, une violence payante
Vaudrait-elle mieux qu’une violence gratuite?
Il n’est pourtant point de violence gratuite.
D’une manière ou d’une autre
Toute forme de violence
Porte ses gratifications.
Anna Fayonna
Janvier 2023

