19 octobre 2026
Jardin garde-manger et gastronomie paysanne ancestrale
Actualités Société

Jardin garde-manger et gastronomie paysanne ancestrale

par Abner Septembre

1.   Jardin garde-manger, de quoi s’agit-il ?

Nous avons déjà diffusé beaucoup d’informations sur le jardin garde-manger.   Rappelons simplement ici qu’il  s’agit  d’une  approche  de  production  parcellaire  à  rendement  exponentiel,  totalement  naturelle, priorisant un triple focus alimentaire, marchand et écologique.  Autrement dit, le jardin garde-manger se veut être un jardin organisé, plus productif que le jardin traditionnel, plus économe en énergie, en argent et en temps, plus attractif et accessible aux femmes et aux jeunes, plus respectueux de l’environnement, du sol, de l’eau et de la biodiversité, tout en étant capable de fournir des produits très compétitifs en qualité et en volume.

C’est donc une approche agro-écologique qui utilise les grands atouts de la nature, tout en assurant ses capacités de renouvellement et la protection de son écosystème.  Sa fonction principale est d’éponger les risques qui poussent fort souvent les familles paysannes soit à un usage intensif  et non responsable du sol,  soit  à  la  coupe  abusive  d’arbres  qui  aggrave  la  dégradation  de  l’environnement  et  provoque  une réduction systématique des points d’eau jusqu’au tarissement de certains d’entre eux.   Le Jardin garde- manger  s’accompagne  de  trois  autres  volets :  i)  petit  élevage ;  ii)  transformation ;  iii)  agritourisme,  en vue de le rendre plus rentable pour jouer pleinement son rôle. Notons que le jardin garde-manger est une nouvelle technologie inventée par le Centre Banyen Jardin Labo (CBJL), au Jardin Labo Solivermont, à Vallue (12e  Section, Petit-Goâve).

2.   Cadre conceptuel de la gastronomie paysanne ancestrale ou patrimoniale

La  gastronomie  est  définie  comme  l’étude  des  relations  entre  la  nourriture  et  la  culture,  l’art  de préparer  et  de  servir  des  aliments  riches  ou  délicats  et  appétissants,  les  styles  de  cuisine  de  régions particulières et la science du bien manger. Dans cet ordre d’idée, le plat doit retenir l’attention de l’œil par ses couleurs, sa forme, sa présentation ou son originalité. Il doit susciter la curiosité et l’envie, quel que soit la technique ou le mode culinaire (tiré de l’internet).

La gastronomie haïtienne est riche et variée, tenant compte des spécificités régionales et de l’inventivité dont  fait  preuve  le  génie  haïtien.     Pour  ce  qui  concerne  la  gastronomie  paysanne  ancestrale  ou patrimoniale, elle renvoie à l’emploi notamment de denrées agricoles locales et au mode de préparation (recettes  locales),  qui  reflètent  tant  un  trait  culturel  et  identitaire,  d’ordre  physiologique  ou  utilitaire, mystique  ou  mythique,  propre  à  une  zone,  une  région  ou  un  pays,  qu’un  mode  de  vie  façonné  par  la coutume et sa transmission de génération en génération.

C’est un produit de terroir qui combine trois aspects : i) les denrées et les ingrédients, ii) le savoir et le savoir-faire,  iii)  les  ustensiles  utilisés  au  niveau  de  la  préparation  et  de  la  consommation.    Les  deux premiers aspects ont trait au goût, à la qualité et à l’originalité, tandis que le troisième aspect est plutôt d’ordre  utilitaire,  esthétique,  symbolique,  etc.  Toutefois,  les  pratiques  ancestrales  peuvent  subir  des modifications et des évolutions découlant de l’innovation et/ou des influences, voire d’un manque et de sa substitution, en passant d’une génération à l’autre ou d’une période à l’autre.   La gastronomie n’est pas un art culinaire figé.  C’est plutôt un art qui reste collé au terroir et en fait un produit local typique.

La  gastronomie  contribue  à  conserver  certaines  cultures.   En  cas  de  disparition,  elle  peut  également contribuer à leur retour, dans le but de répondre à des pratiques spirituelles ou mystiques, voire dans le but d’apporter une valeur ajoutée à un produit touristique. Elle contribue en outre à la restauration de l’environnement et à la conservation de la biodiversité, en ce sens que certaines cultures ont besoin d’un écosystème particulier ou de conditions écologiques appropriées pour pousser et prospérer. L’élégance et l’abondance sont très expressives.

3.   Gastronomie ancestrale valloise

La gastronomie ancestrale valloise  suit  le même contour et repose, comme ailleurs,  sur le savoir et  le savoir-faire des femmes, tout en  faisant appel au rituel spécifique  de l’hospitalité valloise traditionnelle. Mais, ce rituel diffère selon les occasions ou les circonstances, en allant du simple au solennel.   C’est là où  l’aspect  culturel  et  identitaire prend  tout  son  sens.   

Par  exemple,  selon  la  tradition,  quand  un étranger arrive chez une famille paysanne, il est déployé le meilleur service, que ce soit pour la chambre, que ce soit pour la table.   Dans le combitisme, quand il faut donner à manger à la fin de la journée, le repas est préparé et servi de manière spéciale, donc différemment d’un service familial au quotidien ou d’un service lors de l’accueil d’un hôte.

Dans  les  services  domestiques  spéciaux,  avant de  passer  à  table,  l’hôte  est  invité  à  laver  les mains dans une cuvette émaillée, en général de couleur  blanche,  remplie  d’eau  chauffée  au  feu de  bois  ou  au  soleil  et  dans  laquelle  il  y  a  des feuilles  aromatiques.   La  cuvette  est  placée  au dehors,  sur  une  petite table ou  sur  une  chaise dont    le    dossier    supporte    une    serviette. Quelqu’un  tient  le  savon  dans  un  savonnier, plonge un gobelet dans la cuvette et verse l’eau sur  les  mains  des  convives, l’un  après  l’autre.

Ensuite,  ces  derniers  rentrent  et  enlèvent  leur chapeau en paille.  La table mise est recouverte d’une  nappe  en  carreaux  de  couleur  rouge  et blanche, bleue et blanche ou verte et blanche.

Avant  de prendre le café servi en  général avec du pain et/ou de la cassave, on utilise la cruche  placée dans  une  soucoupe  pour  remplir  son  verre d’eau et pour  laver  sa  bouche,  sachant  que  les  convives étaient en conversation et/ou fumaient.  Un repas sain doit être dégusté par un palais bien propre, avant qu’il n’imprègne le corps et nourrisse ensuite l’esprit. Il est servi avec des couverts en argenterie.  

Les couverts, les tasses, les verres, les assiettes et même les napperons sont gardés dans le garde-manger. C’est ce meuble qui fait le lien entre le jardin, la cuisine et la table.   Les convives ne mangent pas tout. Ils laissent des réserves, sachant que les cuisinières peuvent tout apporter à table ou la plus grosse part, alors qu’elles ne gardent pas assez pour elles et les enfants.   A la fin du repas, le thé est servi dans des tasses anglaises ou chinoises.   Le rituel consiste d’abord à prendre l’âme du thé, en humant l’odeur qui se dégage sous forme de vapeur, et à faire une prière spéciale dans laquelle l’ordre de boire est donné.

4.   Conclusion

Il  y  a  une  relation  tangible  et  intangible  entre  le  jardin  garde-manger  et  la  gastronomie  paysanne patrimoniale.  C’est pourquoi le CBJL juge nécessaire d’insérer dans son travail la gastronomie paysanne ancestrale comme un volet  important.   Certains plats gastronomiques tendent à disparaître.   Le jardin garde-manger a aussi pour fonction de cultiver des produits authentiques menacés de disparition, pour une gastronomie plus saine et plus respectueuse des traditions.  En 2023, le CBJL lancera son institut de recherche et de formation en jardin garde-manger, gastronomie patrimoniale et agritourisme.

En cette période de fêtes de fin d’année et de Nouvel An, qui est en même temps une grande saison de la gastronomie en Haïti, le Centre Banyen Jardin Labo vous souhaite bonne dégustation !

Abner Septembre
Sociologue, Entrepreneur et Chercheur en Sociogronomie

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