Journal Le Devoir: Casser l’État-bandit haïtien

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Le Devoir: Il est du reste indécent que ces gouvernements aient attendu que les Haïtiens soient dans la pire des situations pour lever le petit doigt contre des « systèmes de corruption » pourtant installés de longue date.

Mercredi 23 novembre 2022 ((rezonodwes.com))–

Lourde est la responsabilité de la communauté internationale — les États-Unis, le Canada, la France, etc. — dans l’effroyable délitement de l’État haïtien dont nous sommes témoins. Cette responsabilité s’étend sur des décennies, remonte aux Duvalier. De surcroît, les récentes prises de position et déclarations du gouvernement Trudeau sont trop incomplètes et ambiguës pour qu’on puisse en conclure que le Canada cherche enfin à se corriger de ses complaisances.

La gangstérisation accélérée de la vie publique haïtienne n’entrouvre pas moins la porte à la possibilité — à l’espoir — que le gouvernement fédéral se rende à l’évidence, par la force des choses tragiques qui se passent dans l’île, qu’il faut opérer un changement de politique et poser les gestes conséquents.

Ottawa ne cessera pas demain d’être sous forte influence américaine. Cela ne devrait pas, pourtant, l’empêcher de s’affirmer. Le gouvernement Trudeau procède à un prometteur brassage d’idées quant aux orientations de sa politique étrangère, qui est à l’heure actuelle par trop floue et par trop éparpillée. Haïti présente au Canada une occasion d’afficher une indépendance d’esprit, de sortir des jupons américains.

Début novembre, Ottawa et Washington ont conjointement annoncé des sanctions financières contre deux personnalités politiques influentes, le sénateur Joseph Lambert et l’ex-sénateur Youri Latortue, pour trafic de drogue et « collaboration avec des réseaux criminels et de gangs ». Un geste suivi dimanche dernier par la décision exceptionnelle du Canada de sanctionner trois autres personnalités, dont l’ancien président Michel Martelly, pour le fait qu’elles « profitent directement du travail des gangs et sont associées au système de corruption », a déclaré Mélanie Joly, ministre des Affaires étrangères. Les mots sont forts, certes, encore que les avoirs de Martelly sont à Miami, pas au Canada.

Il est du reste indécent que ces gouvernements aient attendu que les Haïtiens soient dans la pire des situations pour lever le petit doigt contre des « systèmes de corruption » pourtant installés de longue date. Les collusions entre gangs et membres corrompus de l’État, que l’on prétend aujourd’hui vouloir casser, étaient déjà bien documentées sous le président Jovenel Moïse, assassiné en juillet 2021. C’est dire que Washington — et Ottawa à sa traîne — est aujourd’hui rattrapé par sa tolérance à sa corruption.

Il ne faudrait pourtant pas s’arrêter là. Maints observateurs jugent le gouvernement actuel du premier ministre Ariel Henry, sans grande légitimité, coupable lui aussi d’instrumentaliser les gangs, comme Moïse avant lui. Or, rien pour l’heure n’indique que fléchit le soutien d’Ottawa et de Washington à Ariel Henry, un homme qui, pour avoir ajouté à la détresse populaire et à la violence des gangs en décrétant en septembre une hausse du prix de l’essence de 128 %, réclame maintenant de ses tuteurs l’intervention d’une force militaire internationale d’urgence.

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