Haïti-Observateur|Edito : « Personne ne dirige en Haïti ! » Le pays est à la dérive

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Tèt Kale a largement contribué à somaliser le pays

Le premier ministre de facto, Dr. Ariel Henry, et son équipe gouvernementale se comportent comme si tout va bien dans ce pays, qui, selon l’ex-PM de facto, Joseph Jouthe, « n’existe ni sur papier, ni dans le virtuel« . La descente aux enfers d’Haïti, qui s’est produite progressivement, au cours des dix dernières années, est imputables aux hommes et femmes qui ont été aux commandes de la nation depuis l’avènement du régime Tèt Kale PHTK.

New York, samedi 9 avril 2022 ((rezonodwes.com))–Dans les réseaux sociaux, dans les journaux haïtiens et les émissions de radio, ou encore dans les conversations privées, on ne cesse de répéter que le pays est à la dérive. Face au constat de l’insécurité, de la non gouvernance et de l’abandon des autorités, qui se manifestent, au quotidien, cette phrase s’invite : Personne ne dirige en Haïti !

D’un bout à l’autre de la République, dans tous les domaines d’activités, les faits de l’inaction des hommes et femmes au pouvoir sont patents. Les citoyens égrènent, jour après jour, l’interminable chapelet de toutes les misères suscitées par les kidnappings, les assassinats, la peur, le chômage, la sous-alimentation, l’abandon des populations, par des gouvernants cleptomanes, les multiples revendications du peuple ignorées, pour ne citer que ceux-là.

Le Premier ministre de facto, Ariel Henry et son équipe gouvernementale se comportent comme si tout va bien dans le pays. Dans le dossier de l’insécurité, qui ne cesse de s’aggraver, les actes d’enlèvements contre rançon se multiplient chaque jour davantage. Face à l’abandon des dirigeants et l’impuissance des forces de Police, les malfrats sont aguerris, osant pénétrer jusque dans les résidences des victimes pour s’en emparer. Cette nouvelle manière de perpétrer ce crime risque de devenir la norme, puisque rien n’est fait pour empêcher l’escalade de cette pratique. Si, dans le passé, les criminels-kidnappeurs menaient leurs activités dans la rue, tout en prenant soin d’éviter des affrontements avec des agents de la Police, depuis quelque temps, ils agissent avec témérité, envahissant la résidence de leurs victimes que, bien souvent, ils prennent le temps de fouiller en règle, ou de saccager, avant de partir avec elles.

Indéniablement, toutes les activités étant tributaires d’une sécurité sans faille, il est donc aisé de comprendre les raisons qui ont rendu Haïti invivable, au point qu’il se vide de ses citoyens, à la recherche de pays dotés d’une atmosphère accueillante, que ce soit socio économique, politique ou sécuritaire.

On n’a pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que la descente aux enfers d’Haïti, qui s’est produite progressivement, au cours des dix dernières années, est imputables aux hommes et femmes qui ont été aux commandes de la nation durant cette période. Ceux-ci n’ont fait que continuer l’œuvre entamée par leurs prédécesseurs. Car parties prenantes de cette situation, ils ont largement contribué à somaliser le pays. Sous le regard de la communauté internationale, le CORE Groupe, agissant sous la dictée de Washington, ne faisant absolument rien pour remédier concrètement à la situation. Donc, en collaboration avec ces entités, les autorités haïtiennes, presque singulièrement la gent PHTKiste, y compris le Premier ministre de facto Ariel Henry, porte la responsabilité de ce qu’est Haïti aujourd’hui.

Voici ce qu’est devenu notre pays, un lieu où, en dépit des turpitudes de nombre de nos dirigeants, il faisait bon y vivre et s’épanouir, socialement et intellectuellement, quitte à œuvrer pour apporter le changement souhaité dans les autres domaines.

En effet, aujourd’hui, le gouvernement (l’État) est absent, il s’est laissé substituer par les gangs armés, qui s’étaient installés dans les quartiers populaires de Port-au-Prince, avant d’étendre leurs tentacules dans les villes de provinces. Aussi, au fil des ans, Haïti est-il réduit à cet espace où toute la population est assujettie aux autorités, au train de vie imposé par les criminels travaillant en étroite collaboration avec des dirigeants dévoyés.

Sur le plan sécuritaire, voici comment évolue Haïti. Les criminels occupant le haut du pavé, kidnappent, assassinent, rançonnent et imposent même des taxes là et quand ils veulent, sur les communautés qu’ils choisissent. Maître du terrain, ils ont réussi à isoler de la capitale quatre départements du pays et une importante partie d’un cinquième. De telle sorte que le transport par terre dans ces zones est désormais impossible, faisant fructifier les lignes aériennes locales, bien que les populations du Sud, de la Grand’Anse ou Sud-Ouest et des Nippes manquent de moyens pour payer des billets dont le prix a même plus que doublé.

De toute évidence, l’interdiction de passage, au niveau de Merger, de Carrefour et de Martissant, sur la Nationale numéro 2, imposée par les bandits armés, profite beaucoup aux opérateurs du transport aérien. Pourtant, malgré les appels au gouvernement dirigé par le Dr Henry pour qu’il rétablisse le trafic par terre sur cet important réseau routier, en sus des manifestations orchestrées, pour cette même raison, les usagers de la route, dans les départements concernés, sont totalement ignorés par le pouvoir.

Autre manifestation de l’insécurité engendrée par les kidnappeurs et les assassins. Depuis quelques mois déjà, ces phénomènes arrivent quotidiennement. Plus de 200 personnes, y compris des policiers (même des hauts gradés) ont été assassinés, dans l’espace d’une année. Il ne se passe un seul jour, à Port-au-Prince, sans que soient dénombrées des victimes de ces crimes. Une des catégories sociales les plus affectées est la classe médicale, surtout des médecins et des infirmières.

Cette semaine encore, samedi soir (2 avril), le Dr Wolf Jean-Philippe, tentant d’échapper à une tentative d’enlèvement, a été tué par des hommes armés, dont l’identité reste encore inconnue. Encore, sous la rubrique série noire, Édith Depas, épouse de Joseph Camy Depas, directeur général du ministère de la Culture, a été exécutée chez elles. Des hommes armés non identifiés, qui avaient pénétré en la résidence du couple, l’ont abattue de sang-froid. Toutefois, on apprend que deux adolescents, qui avaient l’habitude de fréquenter la maison, ont été appréhendés, des « antennes » présumées d’un gang basé dans la région.

Presque toutes les institutions, le commerce et les manufactures fonctionnent au ralenti, en raison des méfaits des malfrats entravant le mouvement de personnes, particulièrement ce lui du personnel professionnel, administratif ou des manufactures. Mais cette situation affecte au plus haut point les installations médicales, d’une manière ou d’une autre. Après avoir été forcé de fermer ses portes, à Martissant, suite à la guerre des gangs forçant des centaines de familles à abandonner leurs maisons, l’insécurité, qui s’y est depuis installée, a obligé Médecins Sans Frontière (MSF) à fermer son hôpital. La même chose vient de se répéter, à Cité Soleil (nord de la capita-le), MSF ayant cessé d’opérer son hôpital, après qu’une autre guerre de bandes armées eut rendu la zone trop dangereuse pour s’y aventurer.

Autrement, les employés de plusieurs hôpitaux d’État sont entrés en grève, revendiquant augmentations de salaire et meilleures conditions de travail. C’est le cas de l’Hôpital Justinien du Cap-Haïtien, la deuxième ville du pays et la première du département du Nord, qui fait l’objet d’abandon, l’administration manquant de ressources pour payer le personnel et assurer l’entretien de l’établissement. Si la grève est levée, à l’Hôpital de l’Université de l’État (HUEH), à Port-au-Prince, la paix retrouvée risque d’être temporaire, les grévistes n’ayant toujours pas eu gain de cause.

Mais le débrayage des ouvriers de la sous-traitance, stoppé après que le gouvernement eut accordé une augmentation de salaire bien en-dessous de ce qu’avaient réclamé les grévistes, a toutes les chances d’être relancé, ces travailleurs estimant l’offre des autorités insignifiante, à côté de ce dont ils ont besoin pour vivre.

D’un autre côté, l’isolement d’Haïti, par rapport aux pays étrangers, à l’exception de la République dominicaine, est en passe de se consommer. Si les lignes aériennes n’ont pas cessé tout bonnement leurs vols, à Port-au-Prince, leur service est déjà réduit de plus de 65 %. Prochainement la American Airlines (AA) pourrait éliminer complètement la capitale haïtienne de la liste de ses destinations. Il semble que, d’ores et déjà, les dirigeants du pays s’arrangent pour négocier avec la AA, afin qu’elle reprenne ses vols au Cap-Haïtien, dans l’espoir d’épargner au pays le spectre de l’isolement qui le hante.

Au bout du compte, tout le pays est en grève, ou en mode de manifestation, pour exiger que les autorités prennent des mesures urgentes pour vaincre les gangs armés afin de sécuriser le mouvement des gens et de véhicules à l’échelle nationale. Mais, plus important encore, cette mobilisation citoyenne vise à chasser Ariel Henry de la primature, car jugé incapable de diriger le pays.

Dans le cadre de la mobilisation, qui se trame contre le Premier ministre de facto, le président du tiers du Sénat restant, Joseph Lambert, s’est mis de la partie. Pour lui, Ariel Henry, chef du gouvernement, entraîne la nation «dans l’abîme ». Par ailleurs, si à l’âge de 104 ans, Odette Roy Fombrun estime qu’il est opportun d’intervenir sur la situation sociopolitique d’Haïti, c’est qu’« il y a péril en la demeure ». Voilà donc pourquoi, s’adressant au Dr Henry, elle a tenu ce langage, paraphrasé ainsi : « Si vous ne pouvez pas diriger le pays, démissionnez, place à un autre ».

Madame Roy Fombrun a trouvé l’expression idéale pour Ariel Henry. Puisque personne ne dirige en Haïti. Mais là où le bât blesse, l’Haïtien ne recule jamais devant une fonction bien rémunérée, en sus d’offrir de riches avantages. Il appartient donc au peuple haïtien de lui montrer la porte. Comme nous le répétons toujours. Cette fois, sans appel.

Editorial de Haiti-Observateur
Edition du 6 au 12 avril 2022

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