27 octobre 2026
Haïti : Avocats sans frontières Canada demande au chef de l’ONU, Antonio Guterres de condamner les propos choquants de son prédécesseur Ban Ki-moon à l’encontre des victimes du choléra
Actualités Société

Haïti : Avocats sans frontières Canada demande au chef de l’ONU, Antonio Guterres de condamner les propos choquants de son prédécesseur Ban Ki-moon à l’encontre des victimes du choléra

Lundi 24 janvier 2022 ((rezonodwes.com))–

Deux lettres envoyées le 12 octobre 2021 au Secrétariat général des Nations Unies et au Haut-Commissariat aux droits de l’homme face aux paroles choquantes de M. Ban Ki-moon, à l’encontre des victimes du choléra en Haïti.

Avocats sans frontières Canada a rendu publiques ces deux lettres le 21 janvier 2022.

Dans ses mémoires intitulées Resolved: United Nations in a Divided World, publié le 15 juin 2021, Ban Ki-Moon accuse de fraude, de tentative d’extorsion de fonds et de détournement abusif les victimes du choléra. De graves déclarations, qui vont à l’encontre des excuses officielles émises en 2016 par Ban Ki-moon lui-même, au nom de l’ONU. 

L’actuel mutisme des NU est inacceptable. Les Casques bleus sont responsables de l’introduction du choléra en Haïti. Une épidémie qui aura finalement causé entre 10 000 et 30 000 décès et qui aura infecté plus de 820 000 Haitien-ne-s.

Nous demandons au Secrétaire général des Nations Unies, M. Antonio Guterres et au Haut-Commissariat aux droits de l’homme, Mme Michelle Bachelet, de condamner expressément les propos de l’ancien Secrétaire général et de réitérer ses excuses et son soutien aux victimes du choléra en Haïti. 

Taïna Noster (ASFC)

Son Excellence

António Guterres

Secrétaire général des Nations Unies

Objet: Déclarations relatives aux victimes du choléra en Haïti – Mémoires de Ban Ki-Moon

Votre Excellence,

Nous tenons à souligner votre engagement à réformer le système des Nations Unies dans le but « d’inverser les reculs observés au cours des dernières années en prêtant attention à l’ampleur  des  droits  […],  à  leur  universalité  et  à  leur  indivisibilité,  en  garantissant  la responsabilisation et en tenant compte de la détresse des victimes »[traduction libre]1. Nous sommes convaincu.e.s que ces efforts sont de la plus haute importance pour renforcer la paix  universelle,  protéger  les  populations  les  plus  vulnérables  et  maintenir  le  statut  des Nations Unies en tant qu’organisation pionnière dans le domaine des droits humains.

Ainsi, nous sommes honoré.e.s de vous adresser cette lettre en votre qualité de Secrétaire général des Nations Unies (SGNU) concernant les récentes déclarations de l’ancien SGNU, Son Excellence Ban Ki-Moon, sur les victimes de l’épidémie de choléra en Haïti.

Introduit dans le pays en 2010 par un contingent de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH)2, le choléra a depuis infecté plus de 820 0003  personnes et tué entre 10 0004  et 30 0005  Haïtien.ne.s. En dépit de l’inlassable combat des victimes du choléra  et  de  leurs  représentant.e.s  qui  dure  depuis  plus  de  10  ans,  l’Organisation  des Nations unies (ONU) a systématiquement nié sa responsabilité juridique, rejeté toutes les demandes d’indemnisation et refusé d’établir la procédure prévue par l’Accord sur le statut de  l’opération  des  Nations  Unies  en  Haïti  (SOFA)  pour  permettre  aux victimes d’exercer pleinement  leurs  droits,  dont  celui  au  recours  effectif6.  En  2016,  la  situation  a amené le Rapporteur  spécial  sur  les  droits  de  l’homme  et  l’extrême  pauvreté,  M.  Philip  Alston,  à qualifier l’approche de l’ONU de « moralement inadmissible, juridiquement indéfendable et politiquement contre-productive »7  tout en minant « la crédibilité globale de l’Organisation et […] l’intégrité du Cabinet du Secrétaire général ».8

Depuis 2016, l’ONU a pris plusieurs initiatives pour tenter de répondre aux souffrances et aux  pertes  subies  par  les  victimes.  À  ce  titre,  nous  tenons  à  souligner  les  excuses

1  Guterres, A. Vision Statement for the Selection and appointment of the Secretary-General of the United Nations

(23 mars 2020), En ligne: un.org <

https://www.un.org/pga/75/wp-content/uploads/sites/100/2021/03/Letter-PGA-VS.pdf >.

2  Alston, P. Rapport du rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Doc off NU AG, 71e session, Doc UN A/71/40823 (2016), p. 1-2.

3  MSPP, Rapport du Réseau National de Surveillance du Choléra (Janvier 2019), En ligne: mspp.gouv.ht <

https://mspp.gouv.ht/site/downloads/Profil%20statistique%20Cholera%201ere%20SE%202019.pdf >.

4  Ibid.

5  AGNU, Une nouvelle stratégie de lutte contre le choléra en Haïti : Rapport du Secrétaire général, Doc off AG UN, 71e sess, Doc UN A/71/620

6  Alston, P. Rapport du rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Doc off NU AG, 71e session, Doc UN A/71/40823 (2016), p. 1-2.

7  Ibid.

8  Ibid.

adressées au peuple haïtien par l’ancien SGNU, M. Ban Ki-moon, quant au rôle joué par l’Organisation dans l’épidémie9, ainsi que le développement de la Nouvelle approche contre le  choléra  en  Haïti  et  la  création  du  fonds d’affectation spéciale multipartenaires (MPTF) pour soutenir financièrement sa mise en œuvre. Bien qu’elles demeurent incomplètes même si mises en oeuvre pleinement et efficacement, ces initiatives « présentaient une opportunité d’amoindrir les torts causés par l’épidémie de choléra, d’aider à reconstruire les vies […] des victimes du choléra, et de commencer à réparer les dommages à  la réputation des Nations Unies et la crédibilité de leurs opérations de maintien de la paix » [traduction libre]10.

Cependant,  comme  l’a  démontré  une  étude  de  faisabilité  réalisée  par  Avocats  sans frontières Canada (ASFC) et l’Institut interuniversitaire de recherche et de développement (INURED), malgré ces efforts, ls victimes du choléra, particulièrement les plus vulnérables d’entre  elles,  peinent  toujours  à  se  remettre  des  souffrances  importantes  causées  par l’épidémie, entre autres en ce qui concerne la jouissance des droits à la vie, à la dignité, à l’accès à l’eau et à l’assainissement, à la santé, à l’éducation, à un recours effectif et à la réparation11.  En  outre,  la  maladie  a  affecté  de manière disproportionnée les femmes, les enfants  et  les  familles  vivant  dans  la  précarité,  ce  qui  a  contribué  à  les  marginaliser davantage. En effet, en 2019, ces catégories de personnes avaient été identifiées par les victimes elles-mêmes comme étant les plus durement touchées12. Devant la perte de milliers de vies humaines, le pays entier et les victimes du choléra pleurent toujours leurs proches et tentent tant bien que mal de se remettre de l’épidémie. En effet, « ces drames, ce sont ceux des enfants dont les opportunités futures ont été considérablement réduites à la suite de la perte d’un parent, des femmes qui sont devenues mères monoparentales après le décès de leur   conjoint,   des   personnes   qui   continuent   à   endurer   des   troubles   physiques   ou psychologiques et dont l’accès aux soins de santé est limité »13.

Ceci est particulièrement vrai dans le contexte de pandémie lié au COVID-19, qui, en portant un « second coup » aux victimes du choléra et à leurs familles, souligne encore davantage l’importance  et  l’urgence  de  leur  offrir  une  assistance  adéquate.14   En  l’absence  d’une assistance adéquate pour les victimes les plus sévèrement touchées, les tragédies subies par  les  victimes  se  perpétuent,  les  revictimisant  encore  davantage.15   Dans  un  contexte d’insécurité croissante, de propagation rapide de variants plus sévères du COVID-19 et de l’accroissement de la fréquence des catastrophes naturelles – comme le séisme du 14 août

2021 -, les victimes du choléra restent exposées de manière disproportionnée aux défis liés aux enjeux de sécurité, de santé publique et climatique. Comme l’a déclaré l’ancien SGNU,

9  ONU Info, « Haïti : Ban Ki-Moon présente les excuses de l’ONU et propose un nouveau plan de lutte contre le choléra » (1er décembre 2016), En ligne: UN.org < http://www.un.org/french/newscentre/>.

10  IJDH, Cholera 9 years on: A New Approach? (Juin 2020), En ligne: ijdh.org <

http://www.ijdh.org/wp-content/uploads/2020/06/A4-IDJH-report-EN.pdf >, p. 12.

11ASFC, Comment répondre aux besoins des victimes du choléra en Haïti? : Faisabilité d’une approche individuelle d’assistance pour les personnes les plus affectées par la maladie, (2019) En ligne: asfcanada.ca < https://www.asfcanada.ca/site/assets/files/7187/asfc_etudefaisabilite_cholera.pdf >, p. 11

12  Ibid, p. 19

13  ASFC, Comment répondre aux besoins des victimes du choléra en Haïti? : Faisabilité d’une approche individuelle d’assistance pour les personnes les plus affectées par la maladie, (2019) En ligne: asfcanada.ca < https://www.asfcanada.ca/site/assets/files/7187/asfc_etudefaisabilite_cholera.pdf >, p. 12.

14  UN News, “UN Committed to a brighter future for Haiti, as independent rights experts call for more action on behalf of cholera victims” (30 avril 2020), En ligne: news.un.org < https://news.un.org/en/story/2020/04/1062962

>.

15  ASFC, Comment répondre aux besoins des victimes du choléra en Haïti? : Faisabilité d’une approche individuelle d’assistance pour les personnes les plus affectées par la maladie, (2019) En ligne: asfcanada.ca < https://www.asfcanada.ca/site/assets/files/7187/asfc_etudefaisabilite_cholera.pdf >, p. 12.

« l’épidémie de choléra continue d’empoisonner les relations entre le peuple haïtien et les Nations  unies  »,  et  demeure  «  une  tache  sur  les  opérations  de maintien de la paix des Nations Unies et sur l’Organisation dans son ensemble » [traduction libre].16

Non  sans  surprise,  il  a  été  porté  à  notre  attention  que,  dans  ses  mémoires  intitulés Resolved: United Nations in a Divided World, publié le 15 juin 2021, l’ancien SGNU, Son Excellence Ban Ki-Moon, réfère aux victimes du choléra en ces termes :

«  J’étais  incrédule  – non, choqué – quand, en novembre 2011, cinq cents victimes haïtiennes, ainsi que leurs familles, ont intenté un recours collectif contre les Nations Unies et moi-même en  tant  que  Secrétaire  général  […].  J’ai  pensé  que  cette  action  en  justice  était  frauduleuse depuis  le  début  et  j’étais  indigné  chaque fois que je pensais à cette tentative d’extorsion des fonds   des   Nations   Unies.   Cet   effort   a   nécessité   un   soutien  financier  important  et  une connaissance du système de justice américain, et il était difficile de croire que le peuple haïtien détournerait  des  ressources  dédiées  au  soutien  de  sa  propre  population  […].  »17   [traduction libre].

Ces déclarations comprennent de fortes accusations à l’encontre des victimes du choléra et de   leurs   représentant.e.s,   notamment   de   fraude,   de   tentatives   d’extorsion   et   de détournement des ressources. Ces dernières négligent leur combat inlassable de plus de 10 ans pour la reconnaissance de leurs souffrances, leurs pertes et leurs droits humains, de même que pour leur participation active aux processus décisionnels et à un dialogue plus transparent   avec   l’ONU   concernant   leurs   besoins   en  tant  que  victimes  directes  de l’épidémie.

L’ancien SGNU, dans ses mémoires, remet en question le droit des victimes du choléra à exercer leurs droits – dont à un recours effectif et à la réparation – et discrédite le travail des avocat.e.s  de  droits  humains  qui  les  ont  représentées  avec  diligence  au  fil  des ans. Ce faisant, il contrevient aux normes internationales de droits humains élaborées par l’ONU sur le  traitement  des  victimes,18    contestant  la  validité  et  la  crédibilité  même  des  excuses officielles prononcées par l’ancien SGNU en 2016. Des excuses valables et adéquates font en effet partie d’une réponse holistique et multidimensionnelle aux besoins des victimes et à leurs  souffrances.  Elles  visent  à  promouvoir  la  recherche  de  la vérité et de la justice en mettant l’accent sur la responsabilité et la réconciliation.19   Compte tenu du rôle du SGNU, décrit comme « l’incarnation des idéaux des Nations Unies et porte-parole des peuples du monde, en particulier ceux qui sont pauvres et vulnérables »,20   les déclarations ci-dessus semblent contradictoires venant de la part d’un tel ancien haut fonctionnaire de l’ONU.

À ce titre, les déclarations de l’ancien SGNU Ban Ki-Moon exacerbent les préoccupations en matière   de   responsabilité  et  de  crédibilité  mises  en  évidence  en  2016  par  l’ancien Rapporteur  spécial,  M.  Alston,  concernant  l’approche  de  l’ONU face au choléra en Haïti,

16  Ki-moon, B. Resolved: Uniting Nations in a Divided World. Columbia, Columbia University Press, 2021, p. 226.

17  Ibid, p. 224.

18  Voir notamment: AGNU. Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire, Doc off, NU AG, 60e sess, DOC NU A/RES/60/147 (2006), art. 10.

19  ASFC, Comment répondre aux besoins des victimes du choléra en Haïti? : Faisabilité d’une approche individuelle d’assistance pour les personnes les plus affectées par la maladie, (2019) En ligne: asfcanada.ca < https://www.asfcanada.ca/site/assets/files/7187/asfc_etudefaisabilite_cholera.pdf >, p. 36.

20  AGNU, « Le rôle du/de la Secrétaire général/e », En ligne: UN.org <

https://www.un.org/sg/fr/content/the-role-of-the-secretary-general >.

notamment: le rôle central que jouent la préservation de la légitimité, de la crédibilité et de la capacité  de  réaction  dans  le  succès  des  missions  de  maintien  de  la  paix  de  l’ONU21   ; l’importance pour l’ONU d’adopter une conduite exemplaire afin d’éviter de mettre en péril l’état de droit, de miner sa crédibilité en tant que défenseur de ce respect, et de reproduire « les comportements qu’elle cherche à faire évoluer partout ailleurs »22  ; la nécessité d’éviter d’appliquer une double logique en traitant les violations des droits humains conformément aux piliers de l’Organisation – à savoir la paix et la sécurité, le développement et les droits humains  -23   ;  ainsi  que  l’importance  de  préserver  l’intégrité  du  Secrétariat  général  des Nations Unies24. En outre, cela renforce encore la conviction que « l’ONU a fait une croix sur sa  responsabilité  vis-à-vis  de  l’épidémie  et  a  relégué  les  droits  de  l’homme  au  rang d’activités  de  bienfaisance  »25,  comme  l’a  souligné  l’actuel  Rapporteur  spécial  Olivier  de Schutter.

Bien  que  plusieurs  des fausses déclarations faites par l’ancien SGNU sur les démarches judiciaires  mentionnées  précédemment  seront  corrigées  par  l’éditeur  dans  la  prochaine édition,  ces  modifications  n’effaceront  pas  les  révélations  quant  à  sa  position  sur  la responsabilité  de  l’ONU  dans  l’épidémie  et  sur  les  efforts  déployés  par  les  victimes  du choléra pour exercer leurs droits, y compris à un recours effectif.

En  tant  qu’actuel  Secrétaire  général  de  l’ONU  et  porte-parole  d’un  monde  où  tou.te.s s’efforcent  de  surmonter  leurs  différences  et  sont  prêt.e.s  à  faire  des  compromis  pour parvenir à des solutions pragmatiques, nous espérons que vous pourrez agir en tant que moteur  de  changements  positifs face à cette situation. Bien que nous soyons pleinement conscient.e.s  des  défis  à  relever  en  matière  de  mise  en  œuvre  et  des  enjeux  liés  à  la responsabilité  juridique,  les  victimes doivent être consultées et participer activement   aux processus décisionnels afin de garantir que leurs besoins soient pris en compte de manière appropriée.  Étant  donné  la  gravité  des  propos  de  Son  Excellence  Ban  Ki-Moon,  une déclaration officielle les dénonçant et réitérant les excuses et le soutien de l’ONU en faveur des victimes du choléra leur enverrait un puissant message de solidarité et de compassion, de même qu’à la population haïtienne en général. Cette déclaration constituerait un exemple positif pour l’avenir des Nations Unies et de la coopération internationale plus largement.

Si  vous  souhaitez  discuter  de  cet  enjeu  avec  nous,  nous  serions  ravi.e.s  d’échanger davantage  avec  vous.  De  plus,  veuillez  noter  que  cette  communication et toute réponse reçue seront rendues publiques sur le site internet d’ASFC dans un délai de 14 jours. Nous vous remercions de votre aimable considération sur cette question importante et sommes impatient.e.s d’avoir de vos nouvelles.

Veuillez agréer, Votre Excellence, les assurances de notre plus haute considération.

21  Alston, P. Rapport du rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Doc off NU AG, 71e session, Doc UN A/71/40823 (2016), p. 17.

22  Ibid., p. 18.

23  Ibid.

24  Ibid.

25  De Schutter, O. “UN Peacekeepers Brought Cholera Epidemic to Haiti Decade Ago”, En ligne:

miamiherald.com <

https://www.miamiherald.com/opinion/op-ed/article246730886.html >

Cordialement,

Benjamin  Vilner,  coordinateur  de l’Association des victimes du choléra de Carrefour

(Asosyasyon viktim kolera Kafou – ASOVIKK)

Borgelin  Vilner,  coordinateur  du  Mouvement  des  personnes  victimes  du  choléra

(Mouvman moun viktim kolera – MOMVIKK)

Berthony  Clermont,  coordinateur  de  l’Organisation  des  victimes du choléra en Haïti

(OVICH)

Patrice Florvilus, fondateur et directeur général du Cabinet d’avocat.e.s spécialisé.e.s en litige stratégique des droits humains (CALSDH)

Pascal Paradis, directeur général d’Avocats sans frontières Canada (ASFC) Gaël Pétillon, directrice Haïti d’Avocats sans frontières Canada (ASFC)

Léo Heller, ancien rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits humains à l’eau potable et à l’assainissement (2014-2020)

William   G.   O’Neill,   ancien   chef   des   affaires   juridiques   de   la   Mission   Civile

Internationale en Haïti de l’ONU (1993-1995)

CC : Amina Mohammed, vice-secrétaire générale des Nations Unies ; Ramsey Ben-Achour, Représentant de l’Envoyée spéciale pour Haïti


October 12, 2021

Her Excellency

Verónica Michelle Bachelet Jeria

High Commissioner for Human Rights

Object: Statements Regarding the Cholera Victims in Haiti – Ban Ki-Moon’s Memoirs

Your Excellency:

Firstly, we would like to thank you for your contributions to the cause of human rights and the dismantlement of obstacles to their universal enjoyment, particularly for vulnerable groups. Your dedication to gender equality, children’s rights, and social policies aimed at stimulating growth and development while encouraging social cohesion is nothing short of inspiring.

We are honoured to address you in your capacity as High Commissioner for Human Rights (HCHR) regarding recent statements made by former Secretary General of the United Nations, his Excellency Ban Ki-Moon, on the cholera outbreak in Haiti.

As you are aware, cholera was brought to the country in 2010 by a contingent serving with the United  Nations  Stabilization  Mission  in  Haiti  (MINUSTAH).1   Since  then,  the  disease  has infected over  820,000,2  and  killed  between  10,0003  and 30,0004  Haitians. Despite  cholera victims and their representatives’ tireless fight of over 10 years, the UN has systematically denied its legal responsibility, rejected all claims for compensation, and refused to establish the  procedure  provided  for  in  the  Status  of  Force  Agreement  (SOFA)  to  allow  victims  to exercise  their  rights,  including  that  to  effective  remedies.5   In  2016,  this  led  the  Special Rapporteur  on  extreme poverty and  human rights,  Mr.  Philip  Alston,  to describe  the UN’s approach  as  “morally  unconscionable,  legally  indefensible,  and  politically  self-defeating”,6 while  undermining  both  “the  UN’s  overall  credibility  and  the  integrity  of  the  Office  of  the Secretary-General”.7

Since then, several steps were taken by the UN towards responding to the suffering and losses of cholera victims. Notably, we salute the former UNSG for his apology to Haitians regarding the UN’s role in the epidemic,8 as well as the adoption of the New Approach to cholera in Haiti and   subsequent  creation   of  the  voluntary  trust  fund  (MPTF)  to  support  its  financial implementation.  While  incomplete  if  fully  and  effectively  implemented,  those  initiatives “presented an opportunity to reduce the harm of the cholera epidemic, help rebuild the lives […] of cholera victims, and begin repairing the damage to the UN’s standing and the credibility of UN peacekeeping”.9

1  Alston, P. Report of the Special Rapporteur on extreme poverty and human rights, Off Doc UN GA, 71st session, Doc NU A/71/40823 (2016), p. 1-2.

2    MSPP,   Rapport   du   Réseau   National   de   Surveillance   du   Choléra    (January   2019),   Online:   mspp.gouv.ht   <

https://mspp.gouv.ht/site/downloads/Profil%20statistique%20Cholera%201ere%20SE%202019.pdf >.

3 Ibid.

4 UNGA, A new approach to cholera in Haiti: Report by the Secretary-General, Off Doc UN GA, 71st sess, Doc NU A/71/620 (2016). p. 14.

5  Alston, P. Report of the Special Rapporteur on extreme poverty and human rights,  Off Doc UN GA, 71st session, Doc NU A/71/40823 (2016), p. 1-2

6 Ibid.

7 Ibid.

8  UN News, « Haïti : Ban Ki-Moon présente les excuses de l’ONU et propose un nouveau plan de lutte contre le choléra » (December 1st, 2016), Online : UN.org < http://www.un.org/french/newscentre/>.

9    IJDH,    Cholera    9    years    on:    A    New    Approach?    (June    2020),    Online:    ijdh.org        <    http://www.ijdh.org/wp- content/uploads/2020/06/A4-IDJH-report-EN.pdf >, p. 12.

However, despite those efforts, cholera victims, particularly the most vulnerable of them, are still mourning their loved ones and struggling to recover from the extensive suffering caused by the epidemic. Indeed, “[t]hese tragedies are those of the children whose future opportunities have been severely curtailed by the loss of a parent, the women who have become single parents following the death of their spouse, the individuals who continue to suffer from physical or psychological distress and those whose access to health care is limited”.10 A feasibility study carried out by Lawyers without Borders Canada (LWBC) and the Interuniversity Institute for Research and Development (INURED) showed that, without specific relief for the plight of the most severely affected victims, negative effects are perpetuated over time, notably regarding the enjoyment of rights to life, dignity, water, sanitation, health, education, effective remedies, and reparation.11

Moreover,  the  disease  has  disproportionately  impacted  and  contributed  to  the  further marginalization of women, children, and families living in precarious financial situations. In fact,  in  2019,  those  categories  had  been  identified  as  the  hardest  hit  by  the  victims themselves.12   These  are  the  families  that  are  still  unable  to  provide  for  basic  necessities following the loss of the main breadwinner, as well as children who had to drop out of school and whose future opportunities have been severely curtailed by the loss of a parent. It also includes numerous women who became single parents or got infected as front-line workers while taking care of the sick in their households, communities, or hospitals, as well as survivors of  the  disease  who  continue  to  suffer  from  physical  or  psychological  distress  and  whose access to healthcare is limited.13

This is particularly true in the context of the COVID-19 pandemic, which is further exacerbating those vulnerabilities  and disparities by dealing  a double  blow on cholera victims and their families, once again stressing the importance and urgency of adequate relief.14 In a context of growing insecurity, rapid spread of more severe COVID-19 variants, as well as the increased frequency of natural disasters–such as the August 14th  earthquake–, cholera victims remain disproportionately exposed to security, public health and climate challenges. As the former UNSG stated, “[t]he cholera epidemic continues to poison the Haitian people’s relationship with the United Nations”, remaining “a blemish on UN peacekeeping and on the organization worldwide”.15

Surprisingly,  it  has  come  to  our  attention  that,  in  his  memoirs  entitled  Resolved:  Uniting Nations in a Divided World  and published on June 15, 2021, former  UNSG  Ban Ki-Moon, addressed the cholera victims’ fight as such:

“I was incredulous—no, shocked—when, in November 2011, five hundred Haiti victims and their  families  brought  a  class-action  lawsuit  against  the  United  Nations  and  me  as  its secretary-general […]. I thought this lawsuit was fraudulent from the beginning, and I was incensed every time I thought about this attempt to extort money from the United Nations. The effort required a substantial amount of financial backing and a knowledge of the U.S. legal system, and it was difficult to believe that the Haitian people would divert their resources from helping their own people to obtain either.”16

10 LWBC, Meeting the Needs of Victims of Cholera in Haiti : Feasibility of an Individual Assistance Approach for People Most Affected by the Disease, (2019) Online : asfcanada.ca < https://www.asfcanada.ca/site/assets/files/7187/lwbc_feasibilitystudy_cholera.pdf >, p. 12.

11 LWBC, Meeting the Needs of Victims of Cholera in Haiti : Feasibility of an Individual Assistance Approach for People Most

Affected               by               the               Disease,               (2019)               Online               :               asfcanada.ca               <

https://www.asfcanada.ca/site/assets/files/7187/lwbc_feasibilitystudy_cholera.pdf >, p. 11.

12 Ibid., p. 19.

13 Ibid., p. 12.

14 UN News, “UN Committed to a brighter future for Haiti, as independent rights experts call for more action on behalf of cholera

victims” (April 30, 2020), Online: news.un.org < https://news.un.org/en/story/2020/04/1062962 >.

15 Ki-Moon, B. Resolved: Uniting Nations in a Divided World. Columbia, Columbia University Press, 2021, p. 226.

16 Ibid. p. 224.

The above statements are non-compliant with international human rights standards on the treatment  of  victims  developed  by  the  UN17.  They  include  harmful  accusations  of  fraud, attempts of money extortion, and improper resource diversion towards cholera victims and their  representatives.  As  such,  they  disregard  their  tireless  fight  of  over  10  years  for  the acknowledgment of their suffering, losses and enjoyment of their human rights, as well as their active participation in decision-making processes and a more transparent dialogue with the UN regarding their needs as direct victims of the epidemic.

The former UNSG, in his memoirs, questions and attacks cholera victims’ right to exercise their rights–notably to effective remedy and reparation–, and delegitimizes the work of human rights lawyers who represented them diligently over the years. Moreover, whereas effective and adequate apologies are part of a holistic and multidimensional response to the victims and their suffering, and aimed at promoting the search for truth and justice by focusing on accountability  and  reconciliation,18   the  above  statements  challenge  the  very  validity  and credibility of the formal apology issued by the former UNSG in 2016. It is also worth noting that the statements appear conflicting coming from a former UN official of such stature, as they do not reflect the essence of the purposes and principles provided for in the UN Charter, nor that of the UNSG’s role, which is described as the “symbol of United Nations ideals and a spokesperson for the interests of the world’s peoples, in particular the poor and vulnerable among them”.19

As such, the statements by former UNSG Ban Ki-Moon exacerbate the accountability and credibility  concerns  highlighted  by  the  former  Special  Rapporteur,  Mr.  Alston,  in  2016 regarding  the  UN’s  approach  to  cholera  in  Haiti,  notably:  the  central  role  that  preserving legitimacy,  credibility,  and  responsiveness  plays  in  the  success  of  UN  peacekeeping missions20; the importance for the UN to lead by example to avoid undermining the rule of law, diminishing  the  UN’s  credibility  as  an  advocate  for  its  respect,  and  replicating  “the  very behaviour it seeks to modify elsewhere”;21  the need to avoid double standards by addressing human  rights  violations  in  accordance  with  the  pillars  of  the  Organization’s  work–namely peace and security, development, and human rights–;22 as well as the importance of upholding the integrity of the Office of the UNSG.23 Moreover, it further reinforces the belief that “the U.N. has written off its accountability for the epidemic and relegated human rights to charitable endeavours”,24  as the current Special Rapporteur Olivier de Schutter pointed out.

While several misrepresentations made by the former UNSG regarding the aforementioned legal efforts will be corrected by the publisher in the next edition, these changes will not affect what was revealed as his position on UN accountability regarding the epidemic and the cholera victims’ efforts to exercise their rights, including to effective remedy.

As the UNHC, established spokeswoman for the most vulnerable and close adviser of the

UNSG  on human rights policies within the organization,  we are hoping that  you can drive

17 See notably: UNGA. Basic Principles and Guidelines on the Right to a Remedy and Reparation for Victims of Gross Violations of International Human Rights Law and Serious Violations of International Humanitarian Law, Off Doc UN GA, 60th sess, DOC NU A/RES/60/147 (2006), art. 10.

18 LWBC, Meeting the Needs of Victims of Cholera in Haiti : Feasibility of an Individual Assistance Approach for People Most

Affected               by               the               Disease,               (2019)               Online               :               asfcanada.ca               <

https://www.asfcanada.ca/site/assets/files/7187/lwbc_feasibilitystudy_cholera.pdf >, p. 36.

19  UNSG,  “The role  of  the  Secretary-General”,  Online :  UN.org  <  https://www.un.org/sg/en/content/the-role-of-the-secretary- general#:~:text=Equal%20parts%20diplomat%20and%20advocate,poor%20and%20vulnerable%20among%20them. >.

20 Alston, P. Report of the Special Rapporteur on extreme poverty and human rights, Off Doc UN GA, 71st session, Doc NU A/71/40823 (2016), p. 17.

21 Ibid., 18.

22 Ibid.

23 Ibid.

24 De Schutter, O. “UN Peacekeepers Brought Cholera Epidemic to Haiti Decade Ago”, Online: miamiherald.com <

https://www.miamiherald.com/opinion/op-ed/article246730886.html >.

positive change on this matter by encouraging the current UNSG to make an official statement condemning  these  harmful  characterizations  contained  in  Ban  Ki-Moon’s  statements  and reiterating the UN’s apology and support in favour of cholera victims through concrete actions. While we are fully aware of the implementation and liability challenges at stake, victims need to be consulted and actively included in decision-making processes to ensure that their needs are adequately taken into consideration.  Your  support  would send a powerful message of solidarity and compassion to cholera victims and the Haitian population in general, while also setting a positive example for the future of the UN, human rights and international cooperation more broadly.

Should you be interested in discussing this matter with us, we would be delighted to further exchange with you. Moreover, please note that this communication and any response received will  be  made  public  via  the  LWBC’s  website  within  14  days.  Thank  you  for  your  kind consideration on this important matter and we look forward to hearing from your office.

Please accept, your Excellency, the assurances of our highest consideration.

Sincerely,

Benjamin   Vilner,   Coordinator   of   Carrefour’s   Association   of   Cholera   Victims

(Asosyasyon viktim kolera Kafou – ASOVIKK)

Borgelin Vilner, Coordinator of Cholera Victims’ Mouvement (Mouvman moun viktim

kolera – MOMVIKK)

Berthony   Clermont,   Coordinator   of   Organization   of   Cholera   Victims   in   Haiti

(Organisation des victimes du choléra en Haïti – OVICH)

Patrice  Florvilus,  Founder  and  Executive  Director  of  the  Specialized  Law  Firm  in

Strategic Litigation of Human Rights (CALSDH)

Pascal Paradis, Executive Director of Lawyers without Borders Canada (LWBC) Gaël Pétillon, Country Director of Lawyers without Borders Canada (LWBC)

Léo Heller, former UN Special Rapporteur on the human rights to safe drinking water and sanitation (2014-2020)

William G. O’Neill, former Chief Legal Officer of the UN International Civilian Mission in Haiti (1993-1995)

CC: Amina Mohammed, Deputy Secretary-General of the United Nations ; Ramsey Ben- Achour, Representative of the Special Envoy for Haiti

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