par Claudy Briend Auguste
Mercredi 15 mars 2017 ((rezonodwes.com))– Ils sont de deux ordres, les amis et ou anciens amis de Préval à répondre aux abonnés absents à ses funérailles. Ceux qui pensent que le défunt avait basculé trop à droite pour un « anarchiste», se contentant de faire des compromis avec les «ennemis» de ses amis d’hier; et ceux qui collaboraient de près avec lui, jusqu’à récemment, mais qui n’avaient pas envie de se trouver en situation d’être obligés de serrer la main à l’actuel président inculpé par la justice de son pays pour «blanchiment d’argent».
Aux obsèques de tout regretté, si l’on devait mener une enquête, on aurait conclu que ce n’est pas toute l’assistance qui compatit réellement à la douleur de la famille éplorée. Certains font acte de présence obligatoire juste pour signifier leur attachement au défunt, ce déplacement est le signe d’un vibrant témoignage de ces relations arrivées à terme inopinément. Par ailleurs, on notera qu’ils ont éprouvé une immense douleur en apprenant le décès. Par contre, d’autres le font par crainte que ne viennent surgir des interrogations, en leur absence remarquée, de peur que leur comportement ne soit fustigé publiquement. C’est exactement ce dont a fait fi l’ex-président Jean-Bertrand Aristide qui a boudé les funérailles officielles et nationales de son ancien Premier-ministre, que la presse présentait comme son « fière siamois » et ami inconditionnel de Préval qui avait vécu comme lui, pour une cause commune, des nuits d’exil durant leurs premières expériences en tant que membres d’un gouvernement évincé.
À entendre, le 3 mars 2017, dans les heures qui suivaient le décès soudain de l’ex-président Préval, l’ampleur et la multiplication des expressions de sympathie, cela pourrait laisser croire à raison que Port-au-Prince allait devenir le lieu de pèlerinage des dignitaires étrangers, au jour programmé pour les funérailles nationales offertes au défunt. En réalité, il n’en était rien, quoique les cérémonies eurent déroulées presque un « sans faute», à part des frustrations créées par des embouteillages monstres que les automobilistes ont dû endurer. Aussi par le discours électoraliste de Jovenel Moise, au kiosque Occide Jeanty, en lieu d’éloge funèbre. La majeure partie du discours de M. Moise était plutôt consacré à faire l’éloge de sa femme donnant l’impression qu’il avait oublié à quelle cérémonie il s’adressait.
On a pu constater l’absence de dignitaires étrangers à la tribune officielle ou nulle part parmi dans l’assistance. Même des chefs d’État et de gouvernements régionaux n’avaient pas jugé bon de faire le déplacement pour venir rendre dernier adieu à l’homme qu’ils disent être « un grand des Caraïbes » et de qui, ils ont « beaucoup appris». De multiples raisons pourraient être évoquées pour tenter de justifier l’absence à la capitale haïtienne, samedi dernier, des grands ténors du monde, amis du défunt.
En effet, samedi dernier, ou le jour d’avant, aurait été une grande occasion pour le président Tèt kalé ayant encore toutes les peines du monde à faire ratifier son Premier ministre Lafontant, de soigner ses relations avec l’international, si au moins un seul de ses homologues était venu soit de l’Europe, de l’Amérique latine, des Caraïbes, en particulier de la République dominicaine, avait fait acte de présence, soit pour venir payer leur respect à René Préval dont la dépouille mortelle était exposée au MUPANAH; ou bien pour assister à la grande messe funéraire, qui s’est déroulée en plein air, au Champ-de-Mars. Il n’en fit rien. Pourtant, aux obsèques d‘Hugo Chavez, il y a eu un défilé de leaders régionaux, sans oublier la présence remarquée du président et du Premier ministre haïtiens, respectivement Michel Martelly et Laurent Lamothe, affublés de la chemise rouge emblématique du défunt.
Y-a-t-il lieu d’évoquer le dossier d’UCREF ?
À ce stade du débat, que l’on croyait mis en veilleuse ou classé, puisque le juge d’instruction Brédy Fabien, qui en a charge, n’a pipé mot depuis presque trois semaines, pourrait-on avancer que le dossier du « président inculpé», aurait amené les dirigeants des autres nations à se démarquer du leader haïtien, actuellement aux timons des affaires de l’État ? En définitive, René Préval dont la jovialité était connue et appréciée de ses pairs, aurait bien mérité des derniers hommages rendus par ses pairs étrangers.
Au nombre des dignitaires haïtiens, on pouvait observer présent à la cérémonie, l’ex-président Michel Martelly qu‘il a surnommé « Ti René » le qualifiant d’avoir été un grand ami et conseiller. Mais qu’a-t-il gardé des souvenirs de décembre 2010, car en politique, on ne fait pas de cadeau. Mais aurait-il oublié que ce même Ti René et le CEP de Gaillot Dorsainvil, lui avaient ravi les deux premières places de la présidentielle de novembre 2010 ? Qui ne se souvient pas que Ti René avait opté pour l’annulation pure et simple de ces élections ?
Tout a commencé dans la ville des Cayes, en décembre 2010, quand Ti René a vécu la quasi-destruction de cette ville par des hommes à la solde du candidat Martelly; et Ti René aurait probablement regardé à la télé la conduite immorale et dégradante d’un ami abusant de son titre d’ex-président de la République.
Maintenant, venons en à l’absence remarquable de Jean-Bertrand Aristide, qui, lui et Préval, formaient, en février 1990, le duo qui faisait peur au Parlement, sous prétexte qu’eux seuls avaient la formule de la paix établie pour diriger Haïti dans la sérénité. Quand l’ancien prêtre défroqué de Saint-Jean Bosco et l’homme de Marmelade allaient devenir les « meilleurs amis » au monde, personne n’était venu bénir les liens étroits qui existaient entre eux, raison de plus que personne ne peut digérer la rupture qui est intervenue dans leurs rapports. Finalement, les deux hommes vivaient leurs carrières et aventures politiques indépendamment l’un de l’autre créant de nouvelles amitiés ou rompant avec ceux qu’ils considéraient comme des récalcitrants.
Le jour des obsèques de Préval, samedi dernier, décrété jour de deuil national, M. Aristide, en brillant par son absence, devrait avoir des raisons que la raison ne connaît pas, car cet événement raté ne se produit qu’une seule fois. L’ancien prêtre, probablement jaloux des deux mandats « réussis » de René Préval, lui en voudrait de n’avoir pas mis tout son poids dans la balance pour que Fanmi Lavalas participe à la présidentielle de novembre 2010, feignant d’oublier que le défunt avait son propre pion dans l’arène politique.
Le coordonnateur « à vie» de Fanmi Lavalas, trouverait-il le pardon pour s’être abstenu d’ adresser des éloges funèbres à son ancien Premier ministre au moment où Haïti faisait des adieux émouvants à son ancien chef d’État, au Champ-de-Mars, où tout avait commencé pour les deux dans la politique active, en franchissant le seuil du Palais national, le 7 février 1991?
René Préval, dont les restes reposent, depuis samedi après-midi, 11 mars 2017, à Marmelade, désormais vivra dans la mémoire des Haïtiens peuplée de faits vécus et d’événements qui ne seront pas oubliés de si tôt.
Sans l’ombre d’un doute, René Préval laisse un pays politiquement divisé et déchiré dans toutes ses structures sociales. L’ancien président, qui compte à son actif deux mandats achevés, était, malgré tout, critiqué et abandonné par des partisans de combat des premières heures devenu, à leurs yeux, un pestiféré pour avoir fait alliance avec une droite qu’ils ont affirmé « destructive des valeurs morales » en la personne de l’ex-président Michel Martelly, rappelé à l’ordre par Réginald Boulos, dans une lettre très nuancée.
Le président René Préval, en entrant définitivement dans sa gloire, à quelques exceptions près, aura marqué la scène politique haïtienne, pour avoir été le premier président élu, sous l’égide de la Constitution de 1987, à ne pas emprunter la route de l’exil. Entre autres, il a permis à deux présidents exilés en terres étrangères à revenir à leur pays natal, quoique les funérailles de l’un d’eux se soient déroulées dans l’indifférence totale. Quant à l’autre, il s’est enfermé dans un mutisme total oubliant que dans une course que ce n’est pas tous les compétiteurs qui atteindront le point d’arrivée.
Préval s’en est allé. Des amis ont boudé ses funérailles, alors qu‘on s’attendait à les voir en première loge des obsèques. Cependant, auraient-ils oublié que chacun, à la fin de sa journée, est attendu à ce carrefour ? Il existe un fait incertain que les dernières volontés ne s’appliquent pas toujours en ce qui a trait au protocole funéraire. Qui aurait pensé que tout allait finir ainsi pour l’ancien « président à vie» qui est sorti de l’histoire par la porte en arrière ! Tout est bien qui finit bien pour l’ancien dictateur, sauf le bien mal acquis qui ne profite jamais.
Avec le départ soudain de René Préval, définitivement, c’est une autre page des deux dernières décennies de la politique qui est tournée. Des résultats variées d’une plate-forme électorale à une autre, en « Vérité » malgré une «Inité » apparente, n’avait apporté le grand «Lespwa » au pays dirigé aujourd’hui et à deux reprises consécutives par PHTK, en dépit de la dilapidation du fonds de PetroCaribe dont l’ancien président Préval fut l‘initiateur.
cba

