Lundi 27 avril 2020 ((rezonodwes.com))– Après la pluie vient le beau temps. Dit-on. Haïti compte dans son histoire une kyrielle de catastrophes naturelles très désastreuses. Le séisme du 12 janvier 2010 est un exemple vivant. Ce tremblement de terre a couté la vie à environ trois cents mille haïtiens (300.000), a fait trois cents mille blessés et un million cinq cents mille (1.500.000) sans abri.
Cette catastrophe devrait être l’occasion pour l’État haïtien d’élaborer, de redéfinir les techniques de construction, de revoir le programme des facultés de génie, de repenser le programme national de l’Education en y ajoutant un quota sur l’environnement dans lequel on évolue. Il faut apprendre aux élèves,, aux étudiants et la population les consignes et les techniques à observer au moment d’un tremblement de terre afin de se protéger. Le constat est tout à fait contraire. Aucune décision n’a été prise par les autorités. Aucune structure de supervision n’a été mise en place. D’autres bidonvilles ont été créés en dehors d’un plan d’urbanisation. Sous les yeux de l’État, un monstre a été érigé à l’entrée Nord de la capitale, personne n’a réagi. On attend d’autres catastrophes.
L’ouragan Matthew n’a pas conduit l’État à une vérification des infrastructures du département des Nippes, du Sud et de la Grande-Anse. L’État n’a pas pris conscience que, seulement de fortes pluies inondent nos villes et qu’il faut par conséquent, des mesures de prévention, réaménager le territoire en identifiant et en éloignant la population des zones à risques.
Covid-19 est une opportunité ratée. Car le gouvernement n’en profite pas pour revoir notre système sanitaire, le rendre efficace afin de pouvoir répondre aux éventuelles crises sanitaires. La médecine d’aujourd’hui est une médecine centrée sur les nouvelles technologies. La technique dans la médecine prend de l’ampleur. L’émergence de l’intelligence artificielle, de la robotique et des nouvelles technologies de la communication bouleverse et révolutionne cette science. Que ce soit dans le diagnostic, dans l’intervention chirurgicale et la consultation, les nouvelles technologies apparaissent et aident la médecine au point qu’on parle d’une certaine rupture. Où en est-on en Haïti ? La télémédecine est-elle possible chez-nous ? Combien de jour qu’il faut attendre les résultats d’une analyse médicale afin de se faire soigner ?
La médecine traditionnelle n’est-elle pas une opportunité à exploiter ? Malgré les grands exploits de la médecine moderne, le covid-19 vient de mettre à nu la limite de la médecine sophistiquée des pays hautement industrialisés ? D’autres pays constatant cette limite de la médecine conventionnelle, des médicaments pharmaceutiques ont eu recours à la plante. Le Managascar vient de faire éloge des guérisons par la plante des cas du Covid-19. Le président Malgache Andry Rajoelina a présenté un remède (Covid-Organics) réalisé à partir des plantes médicinales, capable de prévenir et de guérir le Covid-19.
Un article intitulé, Haïti, victime collatérale dans la guerre entre la Chloroquine et l’Artemisia (armoise) récemment publié sur le site Haïti connexion culture, par Max Dorismond, témoigne avec une extrême affinité la valeur, l’importance de l’armoise et comment l’utiliser pour guérir le Covid-19. Certains chercheurs haïtiens en médecine traditionnelle qui interviennent à la radio insistent sur le pouvoir des plantes pour guérir le Cobi-19 et proposent différentes combinaisons.
Parmi tant d’autres mesures adoptées par le gouvernement pour lutter contre le Covid-19, des commissions ont été créées mais pas une, pour réfléchir sur les plantes et voir comment les utiliser pour juguler la pandémie. Pourtant on en dispose beaucoup en Haïti. Lors de mon séjour d’étude en France, une française qui a visité Haïti et le jardin botanique des cayes, m’a confiée que si elle vivait en Haïti elle ne prendrait jamais les médicaments pharmaceutiques. Je ne veux pas dire qu’elle a totalement raison car il faut faire la part des choses. Mais elle avait la conscience claire que les plantes sont les meilleurs médicaments au monde. D’ailleurs, qui d’entre nous qui est né comme moi, dans une section communale et qui y a passé son enfance n’a pas pris de thé de feuilles tous les matins ? Qui n’a pas pris de feuilles de Melis, de citronnelle ? Qui n’a pas traité sa fièvre, sa grippe avec des plantes médicinales ?
En Haïti, les plantes sont connues pour leurs bienfaits dans le milieu paysan. Mais aucune évaluation n’est encore enclenchée aux fins d’un contrôle scientifique pour une meilleure utilisation. Le gouvernement fait fi de la médecine traditionnelle pour traiter le Covid-19, une autre opportunité est ratée.
Me. Jean Ronel SISTANIS, Avocat
Spécialiste en Droit International des Droits de l’Homme
Doctorant en Droit International Public

