Vendredi 3 janvier 2019 ((rezonodwes.com))– Pierre Bourdieu, le 16 janvier 1986, sur la chaine de télévision française de service public (Antenne 2), a déclaré à propos des sondages : « Un des effets principaux que produisent les sondages, c’est d’imposer aux gens des questions idiotes ou des questions qui n’intéressent que ceux qui les posent. Comme les gens sont polis, en général, ils répondent. Par le fait de poser certaines questions naïves, on produit des réponses artificielles, on produit des artéfacts… Même quand les gens répondent, cela peut n’avoir aucun sens, car n’importe qui peut dire oui ou non, même à des questions qu’il ne comprend pas ou qu’il ne se pose pas. » (1)
Un sondage est une extrapolation, c’est un outil de manipulation de l’opinion et de propagande. C’est un moyen de faire dire n’importe quoi à une personne (c’est encore plus facile quand la personne en question est peu instruite). Concernant le prétendu côté scientifique des sondages, l’épistémologue et mathématicien André Régnier précise : « Dire que les sondages sont scientifiques est tromper le monde. Pour qu’il y ait science, il faut au moins que les résultats qu’on annonce soient présentés publiquement de telle façon qu’on puisse les discuter en les comparant aux faits d’observation. C’est ce que les protocoles d’expérience permettent en sciences expérimentales. Rien de tel avec les sondages. »(2). Les exemples de sondages orientés, manipulés, truqués sont nombreux et sont connus à travers le monde. Pour comprendre les résultats des sondages, on doit se poser une question très simple : qui en est le commanditaire?
En France, par exemple, l’Institut Pandore avait démontré un exemple de sondage manipulatoire publié en 2008 par l’IFOP (l’Institut français d’opinion publique). Dans ce sondage, la question était « Travailler le dimanche et être payé davantage qu’en semaine. Si votre employeur vous proposait de travailler le dimanche, accepteriez-vous ? Résultat de ce sondage : 67% des Français étaient favorables au travail le dimanche, alors que les salariés français étaient contre le travail du dimanche et ils le sont encore, c’est pour cela d’ailleurs que la loi Macron a relancé les débats sur le travail dominical. On doit aussi se rappeler des sondages en faveur du candidat Jovenel Moise avant les élections, alors que toute une machine et toute une armada de moyens et de ressources financières (publiques et privées) étaient en branle pour le porter au pouvoir. Ces sondages avaient pour objectifs de préparer l’esprit des gens à la « victoire » prochaine de Monsieur Moise. Pour ces faiseurs de sondages, les résultats des élections étaient connus d’avance.
Dans les sondages, les questions sont toujours orientées, elles vont dans le sens des commanditaires. Les résultats des sondages ont pour finalité de faire accepter un discours sous prétexte que c’est la volonté populaire. Antoine Rémond explique que : “Les sondages donnent une mesure de « l’opinion » biaisée dans un sens conforme aux désirs de leurs commanditaires, d’abord parce qu’ils ne posent que certaines questions, ensuite parce que la formulation de ces dernières influe sur les réponses.” (3).
La population ne doit pas se laisser distraire par des sondages, dans le contexte actuel, qui ont pour objectifs de casser la mobilisation populaire contre le President Jovenel Moise et de discréditer (à tort ou à raison) certaines figures de proue dans cette mobilisation contre le pouvoir en place. On doit toujours se rappeler que les sondages ne sont jamais neutres, ils profitent à ceux qui les commanditent. Le sociologue français Patrick Champagne, dans un entretien avec la revue Regards, est catégorique : « Les sondages sont un instrument idéal pour les démagogues ». (4).
Pour ceux qui veulent approfondir la question je les suggère la lecture de l’ouvrage de Gérard Dahan : » La manipulation par les sondages, Techniques, impacts et instrumentalisations ». Collection : Questions contemporaines, mai 2014.
1- Toupie.org.
2- Régnier André. Les sondages et leurs dangers. In: L’Homme et la société, N. 33-34, 1974. Économie et tiers-monde, p. 225- 238.
3- Rémond Antoine, « Le rôle politique des sondages. Retour sur la réforme des retraites de 2003 », Actes de la recherche en sciences sociales, 2007/4 (n° 169), p. 48-71.


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