par Henri-Claude Junior TELFORT
Samedi 26 octobre 2019 ((rezonodwes.com))– La femme de César doit être prude et vertueuse. En dépit de sa cadence, de son élégance et de sa beauté, elle doit être au dessus de tout soupçon.
Si par malheur, des doutes d’une quelconque basse combine pèseraient sur elle, César, d’un ton impassible et décidé, loin de penser aux ébats voluptueux et bruyants partagés dans l’intimité de leur chambre et à ses belles fesses redondantes, la fera guillotiner et exposer son sexe au grand jour, à la risée de vulgaires prostituées.
À l’instar de cette jolie demoiselle, un président de la République ne doit laisser transparaître ne serait ce que l’ombre d’un seul doute sur son intégrité. Sinon, pourraient s’ensuivre de fâcheuses complications, telles que: dénonciations, malaises, manifestations, confrontations, révoltes, révolutions, déstabilisations, démission, condamnations, prison…
Un si haut fonctionnaire de l’État doit planer au dessus de la mêlée et suivre les sillons de cette femme à la silhouette parfaite et aux seins en érection. Encore plus qu’il faut donner à César ce qui est à César, au système ce qui lui est dû. César doit assumer l’entière responsabilité de ses actes et des conséquences qui en découlent.
L’échec incombe entièrement à l’acteur, non aux spectateurs, ni à l’autre compétiteur frustré, encore moins à l’ennemi. Un joueur doit évaluer toutes les chances de sa réussite avant de chausser ses crampons et de gravir la pelouse. S’il a mal jugé les forces d’en face et s’est retrouvé vite fait avec quelques dents cassées et ses paupières boursouflées, c’est son affaire, sa faute à lui et non celle de l’équipe adverse.
Il faut préconiser la culture de la responsabilité personnelle. On doit cesser de rejeter les fautes, les manquements, les égarements sur autrui. C’est un petit jeu malin auquel il faut arrêter de jouer. C’est de l’indécence. D’ailleurs, aposter sa signature sous un document officiel avec un titre intellectuel non mérité, c’est aussi de indécence.
De plus, associer la politique à une guerre de perception dans les médias et s’en foutre carrément de la famine dans les quartiers défavorisés, de la corruption dans les institutions de l’État, de l’effondrement de la classe moyenne, de l’impunité de ces voleurs et contrebandiers, du marchandage des parlementaires, de la puanteur des villes, de la réalité de la rue, de la vassalisation de l’économie du pays par un petit groupe, c’est plus que indécence. C’est de la cruauté.
Se contenter aussi de faire passer le temps dans ce contexte difficile et se moquer, froidement, du sang de tant d’innocents versé à flot, c’est de la criminalité. C’est le mépris, purement et simplement, du peuple, de son territoire, de sa culture et de son histoire. C’est de l’indifférence face à une population qui n’a pas su acquérir et conserver ses droits fondamentaux et universels.
Même pas le droit à la vie. Jamais un peuple n’a été autant souffert et maltraité par ses propres fils et filles. Le tableau est sombre. Comment y rester insensible ? Néanmoins, c’est le résultat d’un système implanté par la classe économique et protégé par la classe politique.
Le « tabularaza» est inévitable. C’était au général de brigades de créer des brèches pour perforer le camp adverse, le déstabiliser, y établir son quartier et changer les règles du jeu. C’était sa mission de changer la donne. Le Dr François Duvalier a écarté astucieusement le système qui l’a porté au pouvoir et établir le sien. Mussolini, Castro, Martin Luther, El Che, Hitler, tous, ils ont, au moins, un point en commun. Ils ont su aller à contre courant du mode de pensées et de l’organisation sociale de leur temps et s’imposer.
Pour changer un système si bien ancré dans les mœurs et calculé par une oligarchie audacieuse, il faut à un leader le charisme d’un certain Salvador Allende. Il lui faut une volonté inébranlable et surtout une touche de génie.
Le César dont on parlait tantôt ne semble avoir ni l’une, ni l’autre. C’est un général pédant qui n’excelle que dans les discours à faire dormir debout. Rien, ni personne, même pas des pleurnicheries, n’empêcheront à la femme conquise par de fausses promesses de couvrir de ridicule son beau parleur une fois que, avec des yeux dessillés, elle a découvert le pot aux roses. Tel est pris qui croyait prendre, que dis-je, tel est pris qui savait prendre.
César est pris à son propre jeu. C’est à lui et à lui seul d’assumer l’entière responsabilité de ses inconséquences et surtout de décider enfin à se frayer un chemin vers une sortie, malheureusement non honorable.
Dr Henri-Claude Junior TELFORT


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