Les artistes solo évoluent dans un marché difficile

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1989
Emeline Michel

 

par Jean Robert Noël

Haïti: Les artistes solo évoluent dans un marché musical difficile

On est unanime à reconnaitre que l’industrie musicale haïtienne-compas direct-fait face à de grands problèmes qui empêchent son bon fonctionnement. Cela est surtout dû au manque de structure qui affecte non seulement les groupes musicaux, mais aussi les artistes solos. Le terrain n’est pas facilement accessible.

Pour contourner les grands obstacles, les artistes cherchent d’autres voies, qui, dans leur esprit, peuvent leur servir d’escalier de secours. Malgré les difficultés auxquelles ils font face, les artistes solos continuent à produire des disques, sans faire l’étude du marché, qui, à bien des égards, semble stagner. Ils ignorent complètement la théorie de l’offre et de la demande.

La crise de l’industrie du disque

Aujourd’hui, il existe beaucoup plus d’artistes-solos qui œuvrent dans l’industrie de la musique compas direct. La compétition devient plus serrée et la vente des disques a considérablement chuté. Malgré tout, on remarque une surproduction des albums solos. Et le public tend à négliger ces artistes en question, privilégiant les groupes musicaux dont les noms font écho. Les gens se reposent plutôt sur ces formations qui animent des soirées dansantes, et qui leur procurent du plaisir. La clientèle se garde d’acheter les disques des artistes solos, puisqu’ils se vendent au même prix que les CDs des groupes musicaux.

Dans le but de contourner ces obstacles, les artistes solos cherchent à innover, s’ingéniant à regrouper des musiciens connus dans le monde du compas, afin d’essayer de capter l’attention et la sympathie du grand public. Malgré leurs efforts, les soi-disant acteurs de l’industrie musicale haïtienne (la HMI) ne leur offrent aucune garantie de succès. Cela est si vrai que dans leur annuel « compas music awards », ils négligent d’établir une catégorie où sont classés les artistes solos. Cette attitude montre bien que ces musiciens évoluant en solo ne peuvent pas compter sur ces décideurs de la HMI.

Pour écouler leurs disques, ces artistes délaissés ont besoin de contacts solides dans leur circuit d’évolution. Ce qui aurait dû être la tâche des managers, des agents d’artistes, des producteurs. Ces derniers doivent travailler indépendamment. Une telle structure n’existe pas dans la HMI. En général, les managers servent de pont entre les artistes et les maisons de disques, les distributeurs et les organes de presse. Tandis qu’un agent joue le rôle d’un démarcheur qui cherche des contrats et organise des prestations pour l’artiste ou le groupe d’artistes qu’il représente. Avons-nous une telle structure dans le marché musical haïtien?

La HMI n’a pas la capacité qu’il faut pour professionnaliser et intégrer des artistes émergents. Pourtant, beaucoup d’entre eux produisent des œuvres musicales valables. On les néglige en vertu de la politique d’exclusion des membres de la HMI parce que leur valeur marchande est à la baisse et ils ne peuvent pas garantir une salle comble, au cours d’une prestation en live. Certains d’entre eux peuvent réussir si et seulement si ils parviennent à contourner les obstacles que dressent les influents du marché musical haïtien. Ils peuvent explorer des marchés parallèles pour offrir leurs œuvres qui, dans la plupart des cas, sont de bonne facture.

On fait son lit avant de se coucher

Aucun artiste solo n’est membre d’une association de musiciens, voire d’un syndicat, tant en Haïti qu’à l’étranger. Il faut aussi souligner que ces artistes n’exploitent pas les possibilités qui s’offrent à eux. L’on se demande pourquoi ne présentent-ils jamais des spectacles dignes de ce nom, ou bien n’entreprennent pas des tournées, en regroupant tous les musiciens qui ont participé à la réalisation de leur CD au studio d’enregistrement? Il leur faut une association d’artistes solos.

Les musiciens qui évoluent en solo commettent tous les mêmes erreurs. Ils vendent leur CD à un individu et empochent  le petit cachet qu’il reçoit de l’acheteur. Les groupes musicaux en font de même. Est-ce pourquoi ils ne se montrent pas concernés par le phénomène « bootleg » qui envahit le marché musical haïtien. C’est l’investisseur qui paie les pots cassés de ce fléau sans issu. On constate que certains disquaires et tout aussi bien des pirates de rues choisissent les meilleures compositions des artistes solos et en font une compilation qu’ils vendent à $3 aux Etats-Unis, et à un prix moindre en dehors du territoire de ce pays.

Ce modus operandi devient monnaie courante et aucune action légale ne peut être prise. Tout le monde, dans ce marché musical, fonctionne dans l’illégalité, aux États-Unis et ailleurs: producteurs, promoteurs, managers, musiciens, DJs, propriétaires de studios d’enregistrement, tout aussi bien les créateurs de groupes musicaux. Dans une industrie structurée, toutes ces fonctions sont assurées par des professionnels licenciés. L’Oncle Sam ne perçoit pas des taxes sur les groupes musicaux et les artistes solos, simplement parce que ce marché musical auquel ils appartiennent ne rapporte pas des millions de dollars par année.

On n’a pas une société de gestion collective, capable de gérer ou de protéger les intérêts et les droits des artistes haïtiens. Les stations de radio et de télévision utilisent les musiques des groupes haïtiens et aussi celles des artistes solos, comme support musical dans leurs spots publicitaires, sans verser de redevances aux créateurs de ces œuvres, qui leur reviennent de droit. Priorité exige l’établissement de programmes gouvernementaux de support aux musiciens et aux artistes, pour mieux offrir la culture haïtienne au monde entier, et garantir « lapè nan tèt, lapè nan poch tout mizisyen ak atis ayisyen ». En toute logique, on imagine qu’un musicien peut mieux comprendre les problèmes d’un collègue musicien.

Pour qu’un pays devienne émergent, il faut que sa culture soit pleinement mise en valeur. Au fur et à mesure que les années s’écoulent, le marché musical haïtien devient de plus en plus difficile. Et sans un bon canal  / sans une bonne maison de distribution, la situation s’aggravera. Cela ira de mal en pis. Les artistes solos continueront à patauger dans ce même marché musical « pèpè », sans une lueur d’espoir. Il ne reste qu’à souhaiter bonne chance et du succès à tous ces artistes solos qui ont bravé le mauvais temps qui s’abat actuellement sur le paysage musical haïtien, pour essayer de trouver une place au soleil.

robertnoel22@yahoo.com

caraibes fm

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