Par Reynoldson Mompoint
Port-au-Prince, le 08 janvier 2026
Paroles martiales, calendrier serré, promesse spectaculaire. Mario Andrésol, figure centrale de l’appareil sécuritaire, annonce la réouverture des axes routiers menant vers le Sud et le Nord avant le 7 février. Une date symbolique, lourde d’histoire et de ruptures manquées.
En Haïti, promettre la circulation avant de promettre la sécurité relève soit du volontarisme extrême, soit d’une obéissance mécanique à un ordre qui ne dit pas son nom.
Car la question n’est pas quoi, mais comment. Comment, en moins d’un mois, démanteler des foyers armés qui tiennent des corridors stratégiques depuis des années ? Comment neutraliser des groupes qui taxent, contrôlent, filtrent, exécutent parfois, sans que l’État n’ait jamais assumé une doctrine claire de reconquête territoriale ? À moins d’un miracle, la promesse d’Andrésol ne peut être l’effet d’une simple volonté administrative.
Dans le style qui lui est propre, Andrésol parle sécurité comme on parle discipline. Le ton est sec, l’objectif est chiffré, la date est imposée. Mais l’expérience haïtienne enseigne une chose : les routes ne se rouvrent pas par communiqué. Elles se rouvrent soit par un rapport de force assumé, soit par des arrangements tacites. Et c’est ici que le doute s’installe, corrosif.
Si la promesse repose sur une solution magique, alors il faut en dévoiler les ingrédients : nouvelle chaîne de commandement ? appui international discret ? réaffectation massive de troupes ? Ou bien s’agit-il, plus prosaïquement, d’un ordre venu d’en haut, transmis à l’homme de terrain pour exécution rapide, coûte que coûte, quitte à maquiller la réalité sous une circulation provisoire et fragile ?
L’histoire récente regorge d’axes “libérés” le matin et repris le soir. De routes ouvertes pour les caméras, refermées pour les citoyens. La sécurité spectacle est devenue une spécialité nationale : on nettoie une zone, on annonce la victoire, on se retire, et le vide revient, plus violent encore. Andrésol le sait. S’il promet, c’est qu’il engage plus que sa parole : il engage un système.
Reste une autre hypothèse, la plus inquiétante : la négociation silencieuse. Celle où l’État ne reconquiert pas, mais transige. Où l’on échange la circulation contre la tolérance, le passage contre l’impunité. Une route ouverte, oui, mais au prix de la légitimation des forces qui l’avaient fermée. Dans ce cas, le 7 février ne serait pas une victoire, mais un sursis.
Mario Andrésol est trop aguerri pour ignorer ces lectures. Sa promesse n’est donc pas anodine. Elle est soit l’annonce d’un tournant sécuritaire réel, soit l’aveu d’une soumission hiérarchique à une feuille de route qui ne dit pas son nom. En Haïti, quand les délais sont courts et les mots lourds, c’est rarement le hasard qui parle.
Le pays attendra le 7 février non pas pour circuler, mais pour comprendre. Comprendre si l’État a enfin décidé d’être l’État. Ou s’il se contente, encore une fois, d’obéir.
Reynoldson Mompoint, Avocat, Communicateur Social, Journaliste.
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