par Haney PIERRE
Le jazz de rue et en plein air est enfermé entre quatre murs pour faire résonner l’esprit de liberté qu’eut prôné jadis dans les plantations.
Musique du diable alors étiquetée par rapport au gospel religieux, il lui a fallu au Jazz un parcours de lutte pour l’émancipation des nègres et négresses dans leur expression identitaire. Alors que le jazz atteint un nouveau cap qui lui fait ouvrir à des tendances diversifiées, le cadre de liberté de son expression se rétrécit de plus en plus notamment depuis la marche des gangs armés sur Port au Prince de 2018 à nos jours.
La musique est un art transnational qui traverse les frontières peu importe la langue d’expression . C’est une sensation. Le voyage imaginaire de la musique renvoie aux conditions humaines, à la guerre et à l’exploitation entre autres pour ainsi dire comment ne pas être sensible aux violences communautaires que connaissent la capitale haïtienne,les régions de l’artibonite et du plateau central.
Le Festival de Jazz de Port au Prince du 7 au 10 janvier 2026 enclavé et avec un accès limité est préoccupant.Ce, en raison des contraintes liées au climat d’insécurité qui sévit principalement à Port-au-Prince. Les scènes sont de plus en plus réduites à l’exercice de la liberté avec le règne des gangs armés notamment dans la capitale haïtienne. 2 fois annulé,délocalisé au Cap haïtien et restreint pour des prestations dans l’aire d’un hotel . Ce qui contraste avec son histoire de l’après 2007 qui a offert une ambiance de confiance jusqu’à 2018.En effet, le jazz est l’expression libre des esclaves noirs de l’Amérique dans leurs complaintes. Issu des pratiques culturelles de résistance à Saint Domingue pour continuer à s’éclore même sur les routes de captivité vers la Louisiane. Ce, après la révolte des esclaves de Saint Domingue de la fin du 18è siècle.
Le PAP Jazz avait laissé les portes ouvertes au grand public du centre ville à FOKAL (avenue Christophe),l’Institut haïtiano américain au Champ de Mars, l’Institut français au Bois Verna et l’Université Quisqueya au Haut Turgeau. Les jeunes se rencontraient à ce grand rendez -vous pour s’évader et apprécier les apports culturels à la croisée de trois grandes sources : l’Amérique ,l’Europe et l’Afrique. Les clivages sont déroutés par les expressions du jazz qui offrent l’exemple de communion et de promotion d’une culture de paix , de tolérance et l’esprit d’ouverture dans le respect des différences.
Le PAP Jazz vient désenclaver les expressions et genres autrefois classés de manière étanche à des styles excluants au regard d’une orthodoxie non justifiée à l’essence du jazz caractérisé par l’universalité.Le jazz a des liens avec le Compas direct naissant de 1955 par l’influence du big band des Etats Unis et la présence en conséquence des instruments à vent comme le saxophone,la trompette et le trombonne pour ne citer que ces instruments. Le Magnum Band, la bande à Robert Martino ancien maestro du groupe Scorpio Universel et le groupe Kaï ont eu une partition sans faille pour l’interface du Compas direct et du jazz.
Le Festival international de Jazz, une initiative datée de 2007 en Haïti , l’épisode du 7 au 10 janvier 2026 ramène la 19 édition. Il y a lieu de signaler des prestations prévues avec le groupe Zamitay, l’artiste Sisko, le groupe américain Deep Parquet, le pianiste Valérie Chane-Tef, Jean Belony Murat (Belo), l’artiste Georgia Hurst, le batteur Yves and friends, le jeune saxophoniste Nicholson Alexis entre autres, a rapporté Alter Presse du 14 décembre 2025.Kreyol Jazz sera aussi de la partie, Titi Congo, issus d’une nouvelle génération musicale haïtienne. L’artiste Eddy Francois renouvelle ses prestations à PAP JAZZ. Tout se concentrait sur une période 4 jours au lieu des 10 jours habituels, soit une amputation due à l’insécurité de l’heure et aux contraintes logistiques.
La musique tient lieu d’un médium pour prôner la paix, le dialogue et la liberté. Le Gospel Blues a surgi comme une formule de dialogue qui a rompu avec la caricature musique du diable versus musique de Dieu. C’est cette matrice qui est une force dans le courant du jazz pour exprimer son essence de liberté. Daniel Torres (Dantor, de son nom d’artiste) du Mexique s’est transposé dans les profondeurs de la musique orientale pour faire prévaloir les sons nasals vibrants en lieu et place de paroles dans un dialogue avec des solos de guitare.
Ce, pour dénoter que la créativité importe beaucoup pour les supports instrumentaux. Daniel Torres a aussi interprété quelques refrains de Samba qui ont embrasé le public pour leur être déjà familiers. Dantor nous a plongé dans une méditation dans l’envoutement des sons nasals assimilés à des cris de liberté dans un contexte de répression des gangs armés contre la population .
Joel AKoustik vient insuffler des airs de liberté dans ses prestations du rythme de Reggae associé à la liberté pour une communion de différents rythmes dans la mosaïque que constitue le PAPJAZZ. Une interprétation du Magnum Band par Joel Akoustik à travers la voix de Joel Pierrevil a fait l’affaire du public pour renouer avec l’une des productions immortelles de Dadou Pasquet avec des refrains “priye priye priye” . Dadou Pasquet aura des hommages dans le cadre du PAP JAZZ 2026. Puis, le Compas était au pas dans des airs du Tabou Combo qui ont animé l’âme de la foule qui est prisée par cet élan identitaire qu’amorce le Compas direct.les jardins du Karibe Hôtel ont attiré dès le 1er jour du 7 janvier 2026 de la 19è édition du PAP JAZZ des mélomanes sous l’effet de la musique qui établit le trait d’union entre des cultures, les sensations et les gouts .
Le Canada, le Mexique, L’Espagne, l’ile de la Réunion, la France,les Etats Unis, le centre culturel Brési-Haïti et quelques artistes haïtiens de la diaspora ont facilité la tâche grâce à leur support pour la jonction et le métissage culturel .La magie des plateformes en ligne a fait l’éclat de l’évènement qui a réuni beaucoup d’internautes branchés pour vivre l’énergie que dégage le PAP JAZZ. Le groupe “Follow Jah” ne rate jamais l’occasion pour ramener le rara à la rencontre du jazz avec lequel il a accouplé les rites et des touches ancrés dans la matrice africaine des esclaves de Saint-Domingue.
“Pawol Tanbou” vient légitimer le tambour et les instruments originaux associés aux refrains et aux rites afro caribéens en dialogue avec l’accoustique et les techniques modernes de l’occident.Pawol Tanbou renvoie à un projet de Vodou jazz qui clame la liberté dans les invocations aux dieux du vodou.
Repères bibliographiques
Hancy PIERRE “Le festival de jazz de Port au Prince : de la culture au service d’un rapprochement collectif” in Le Nouvelliste du 23 janvier 2019.
Hancy PIERRE “Musique et migration. Récit et réalité. Le cas des groupes de Compas direct (Partie )”, in Le Nouvelliste du 23 décembre 2025.

