4 novembre 2026
USA — Midterms : le pouvoir en place perd le contrôle du Parlement. En Haïti, les citoyens pourront-ils un jour choisir leurs dirigeants sans candidat officiel désigné gagnant d’avance ?
Actualités Civilisation Corruption Élections Pages d'Histoire d'Haiti Politique Société

USA — Midterms : le pouvoir en place perd le contrôle du Parlement. En Haïti, les citoyens pourront-ils un jour choisir leurs dirigeants sans candidat officiel désigné gagnant d’avance ?

L’EDITO DU REZO

Quelle place reste-t-il à la volonté populaire si l’accession au pouvoir se négocie loin des électeurs ? Quelle équipe sera aux commandes de l’exécutif lorsque les élections se dérouleront enfin en Haïti ? « Alix Didier Fils-Aimé a fait son temps, quoi qu’il dise ou fasse maintenant », affirme le Dr Josué Renaud. Quant au Dr Malory Laurent, il estime que c’est « trop peu, trop tard ».

NEW YORK / PORT-AU-PRINCE, mercredi 4 novembre 2026 (Rezo Nòdwès) — Les électeurs américains ont accordé aux démocrates la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat lors des élections de mi-mandat du 3 novembre. Le parti du président Donald Trump perdra ainsi, en janvier 2027, le contrôle des deux chambres du Congrès.

La démocratie américaine connaît ses tensions et ses contestations. Mais le résultat rappelle qu’un pouvoir en exercice peut être sanctionné par les urnes et contraint de composer avec une majorité parlementaire issue de l’opposition. En Haïti, cette possibilité demeure entravée par la fragilité des institutions, les ingérences et les arrangements politiques.

Le 1er janvier 1804, aux Gonaïves, Jean-Jacques Dessalines, fondateur de la nation et libérateur de la patrie, fut proclamé gouverneur général à vie par les généraux et chefs de l’armée, avant de devenir empereur sous le nom de Jacques Ier. Il demeure, dans l’histoire de notre peuple, le seul à avoir pleinement mérité une telle distinction : celle-ci consacrait la victoire de l’armée indigène et son rôle dans la conquête de l’indépendance, cause à laquelle il consacra sa vie jusqu’à son assassinat au Pont-Rouge, le 17 octobre 1806.

Il fallut attendre le 16 décembre 1990 pour que Jean-Bertrand Aristide accède à la présidence à l’issue d’une consultation largement reconnue comme libre et compétitive. Le coup d’État militaire du 30 septembre 1991 interrompit brutalement son mandat, avant son retour au pouvoir en 1994.

Depuis, Haïti a connu d’autres consultations et des alternances. Toutefois, les contestations électorales, les interventions étrangères et les compromis conclus entre élites ont régulièrement affaibli la confiance dans la sincérité du suffrage.

Certains prétendants à la magistrature suprême recherchent des appuis à Washington ou à Santo Domingo. Quelle place reste-t-il à la volonté populaire si l’accession au pouvoir se négocie loin des électeurs ?

Le gouvernement de transition pope twèl d’Alix Didier Fils-Aimé avait notamment pour mission de rétablir la sécurité et de créer les conditions nécessaires aux élections. Initialement prévu le 13 décembre 2026, le premier tour de la présidentielle et des législatives figure maintenant au calendrier du 18 juillet 2027.

Le bilan humain de cette administration est accablant. Selon les services des Nations unies, au moins 3 373 personnes ont été tuées du 1er janvier au 31 juillet 2026. Pour la période allant du 1er janvier au 11 septembre, l’ONU a recensé au moins 5 700 personnes tuées ou blessées par des gangs ou lors d’opérations menées contre eux.

Des soupçons de corruption ont également été portés sur la place publique. Le Réseau haïtien des journalistes anticorruption a notamment demandé une enquête sur la gestion d’une enveloppe de 2,5 milliards de gourdes annoncée pour l’aide aux parents d’élèves. Ces allégations doivent être examinées par les autorités compétentes ; elles appellent des explications sur l’utilisation des fonds publics.

Alix Didier Fils-Aimé a fait son temps. Le Pacte national prévoit la poursuite de l’intérim jusqu’à l’installation d’élus, sans fixer explicitement de date limite. Mais aucun arrangement politique ne saurait tenir lieu de mandat populaire autorisant le maintien du Premier ministre au-delà du 7 février 2027. Une solution politique respectueuse de la Constitution doit être convenue avant cette échéance afin de mettre un terme à son administration.

Le Conseil électoral provisoire devra, pour sa part, répondre devant la nation d’une exigence fondamentale : pourra-t-il proclamer librement la victoire d’un adversaire du candidat soutenu par le pouvoir, si tel est le choix des électeurs ?

Les missions d’observation électorale, lorsqu’elles sont admises par les États, et les échanges internationaux à l’abri de toute pression politique peuvent contribuer à la préparation et à la transparence des scrutins. L’histoire d’Haïti invite toutefois à la vigilance : les recommandations controversées de l’Organisation des États américains (OEA) lors de la présidentielle de 2010-2011 et le rôle de la CARICOM dans la mise en place du Conseil présidentiel de transition, ce « CPT de la honte », rappellent les risques d’une influence extérieure sur les décisions nationales. L’indépendance de l’institution électorale devra se traduire par l’égalité entre les candidatures, la publication transparente des résultats, l’examen impartial des contestations et le respect du verdict des urnes.

Les Haïtiens pourront-ils un jour élire leurs dirigeants sans candidat officiel et sans vainqueur désigné d’avance dans les conciliabules politiques ou avec la bénédiction de puissances étrangères ?

Une élection doit permettre au peuple de choisir souverainement ses dirigeants et au candidat régulièrement élu de gagner. Point final.

Rezo Nòdwès

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.