3 novembre 2026
L’ÉDITO DU REZO : « UN PETIT MERDE » écrit à l’ONU et obtient une réponse : quel affront pour les intellectuels haïtiens et quelle honte pour la diplomatie bancale haitienne
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L’ÉDITO DU REZO : « UN PETIT MERDE » écrit à l’ONU et obtient une réponse : quel affront pour les intellectuels haïtiens et quelle honte pour la diplomatie bancale haitienne

L’ONU accuse réception d’une correspondance attribuée au chef du gang 400 Mawozo, tandis que demeure posée la question du traitement réservé aux démarches des intellectuels haïtiens dénonçant la gouvernance d’Alix Didier Fils-Aimé.

NEW YORK / PORT-AU-PRINCE, mardi 3 novembre 2026 (Rezo Nòdwès) — Quelle impertinence ! Quelle imprudence ! Quel renversement des valeurs ! Quel affront! Quel affaiblissement de L’Etat haitien! Wilson Joseph, alias « Lanmò Sanjou », chef du gang 400 Mawozo, poursuivi par la justice américaine pour des faits liés à des prises d’otages et faisant l’objet d’une récompense d’un million de dollars offerte par Washington pour faciliter son arrestation, s’autorise à écrire au secrétaire général des Nations unies pour solliciter une médiation internationale. Le voilà, par l’entremise d’une correspondance aux apparences diplomatiques, qui prétend désormais discuter de paix, de protection des civils et de stabilité nationale. Un homme à la tête d’une organisation armée notoirement impliquée dans les enlèvements et les violences voudrait se présenter comme interlocuteur politique ! Summum jus, summa injuria : lorsque les formes de la légalité risquent de servir de paravent à l’injustice. Selon l’Associated Press, l’ONU a confirmé, lundi 2 novembre, avoir reçu une lettre portant sa signature. Son porte-parole, Stéphane Dujarric, a néanmoins précisé que cette réception ne constituait ni une approbation du contenu, ni une reconnaissance de l’auteur, ni une prise de position de l’organisation. Cette distinction juridique est incontestable. Elle ne dissipe cependant pas l’indignation que suscite cette démarche au regard des souffrances infligées à la population haïtienne. Rezo Nòdwès +1

L’indignation devient plus profonde lorsqu’on examine le traitement réservé aux intellectuels haïtiens. Avant l’intervention d’Alix Didier Fils-Aimé à la tribune des Nations unies, en septembre, des voix universitaires, professionnelles et citoyennes avaient déjà dénoncé les dérives institutionnelles de la transition, la concentration des pouvoirs exécutifs, les controverses entourant les décrets électoraux et les engagements politiques non respectés. Le 6 septembre, un regroupement d’intellectuels haïtiens de la diaspora des Amériques et de l’Europe avait notamment demandé aux institutions internationales, dont l’ONU, de porter une attention particulière à la situation haïtienne. Le 21 octobre, Rezo Nòdwès publiait également une analyse juridique de Me Jean Barnave Chéron consacrée à la primauté des accords politiques sur l’ordonnancement constitutionnel. Aucune réponse individualisée de l’ONU à ces démarches n’a pu être établie à partir des sources consultées. Mais voici qu’une correspondance attribuée à celui que nous qualifierons, entre guillemets, de « petit merde » criminel obtient, en moins de vingt-quatre heures selon la chronologie rapportée, une clarification publique de l’organisation internationale. Quo usque tandem ? Jusqu’à quand les citoyens qui argumentent par le droit devront-ils s’interroger sur leur audience internationale, tandis que les détenteurs d’armes bénéficient d’une visibilité immédiate ? Il serait juridiquement excessif d’assimiler un accusé de réception à une reconnaissance diplomatique ; il serait politiquement naïf d’ignorer la portée symbolique de cette séquence.

Et que fait la diplomatie haïtienne ? Où se trouve la réaction du ministère des Affaires étrangères ? Quel message officiel entend-il adresser au secrétariat général des Nations unies après cette initiative d’un chef de gang ? Une organisation criminelle ne saurait acquérir une légitimité politique du seul fait qu’elle contrôle un territoire par la violence. Ex injuria jus non oritur : un droit ne peut naître d’un acte illicite. Pourtant, le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé, dont la conduite de la transition suscite des contestations sur les plans constitutionnel et électoral, doit également répondre de sa propre responsabilité institutionnelle. Comment prétendre défendre la souveraineté nationale sans exiger que les revendications des victimes, les observations des juristes et les interpellations de la société civile soient considérées avec sérieux ? La ministre des Affaires étrangères entend-elle demander des explications sur les conditions de traitement de cette correspondance ? Entend-elle rappeler que les crimes imputés aux groupes armés doivent faire l’objet d’enquêtes et de poursuites, indépendamment des éventuelles initiatives de médiation ? Le silence diplomatique, s’il persiste, ne fera qu’accentuer le sentiment d’abandon éprouvé par une population soumise aux enlèvements, aux déplacements forcés et à l’insécurité.

« Un p’tit merde » s’adresse à l’ONU, et l’ONU répond publiquement : voilà le scandale moral que cette séquence impose au débat national. Il faut cependant distinguer la responsabilité pénale des individus, la communication administrative des Nations unies et la reconnaissance politique, que l’organisation affirme expressément ne pas avoir accordée. Fiat justitia ruat caelum : que justice soit faite, quelles qu’en soient les conséquences. Les intellectuels haïtiens qui contestent la gouvernance d’Alix Didier Fils-Aimé méritent une considération fondée sur la qualité de leurs arguments et sur les principes de l’État de droit, non sur leur capacité de nuisance. Les victimes des gangs, elles, attendent davantage qu’une formule de préoccupation humanitaire. Elles attendent que les auteurs présumés des atrocités répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes. Quant à la diplomatie haïtienne, son devoir consiste à défendre la dignité de l’État sans confondre dialogue, impunité et capitulation. Une interrogation demeure : faudra-t-il désormais disposer d’un arsenal, de territoires occupés et d’un lourd passif criminel pour obtenir l’attention publique que des citoyens instruits, des organisations civiles et des défenseurs de la Constitution sollicitent depuis des mois ?

 *Références : Rezo Nòdwès, 2 novembre 2026 ; Associated Press, Dánica Coto, 2 novembre 2026 ; Rezo Nòdwès, communiqué du regroupement d’intellectuels du 6 septembre 2026 et analyse de Me Jean Barnave Chéron publiée le 21 octobre 2026.

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