8 novembre 2026
Haïti/Salvador : Fils-Aimé court vers Bukele : qui a vraiment besoin de qui ? 
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Haïti/Salvador : Fils-Aimé court vers Bukele : qui a vraiment besoin de qui ? 

L’agence EFE a révélé, via le vice-président salvadorien Félix Ulloa, que le Premier ministre  de facto Alix Didier Fils-Aimé se rendra au Salvador les 16 et 17 novembre 2026.  Officiellement, il participera à une conférence internationale sur l’état de la démocratie et  discutera du « futur » des troupes salvadoriennes déployées en Haïti. L’information est  désormais confirmée. Elle mérite d’être lue avec un regard critique. 

Le paradoxe est frappant. Ce n’est pas Nayib Bukele, qui a envoyé plus de 2 000 soldats  (certains parlent de près de 2 500 à 3 000 hommes) sur le sol haïtien, qui se déplace pour  constater les conditions difficiles dans lesquelles évoluent ses troupes. C’est Fils-Aimé qui  prend l’avion. Dans toute relation de force, celui qui se déplace révèle souvent un besoin, une  urgence ou une volonté de négocier. Ici, le sens du déplacement interroge. 

Que cherche Fils-Aimé ? Un simple échange de courtoisie diplomatique ? Ou davantage ?  Plusieurs éléments convergent. El Salvador est un petit pays aux ressources limitées. Nourrir,  loger et soutenir logistiquement des milliers d’hommes en opération à l’étranger représente un  coût quotidien élevé. Des informations circulent sur des difficultés d’approvisionnement et  d’hébergement. Bukele, isolé sur le terrain face à la Force de répression des gangs  (FRG/GSF), à la Police nationale d’Haïti, aux FAD’H et aux dispositifs privés (notamment  ceux liés à Erik Prince), ne dispose pas de la profondeur économique des États-Unis ou de la  Russie. Le temps joue contre lui. Chaque jour qui passe alourdit la facture. 

Voila comment se présente la situation : 

1. Coût économique pour un petit pays 

El Salvador n’est pas une puissance économique. Maintenir plusieurs milliers  d’hommes en opération à l’étranger (nourriture, carburant, munitions,  maintenance, rotations, évacuations sanitaires) représente une charge  quotidienne importante. Même si Bukele affirme financer 90 % de l’opération,  cette charge s’alourdit avec le temps, surtout si la mission se prolonge au-delà  du simple sauvetage des quatre techniciens disparus. 

2. Dépendance logistique externe 

Le déploiement a nécessité l’aide d’alliés pour le transport aérien massif. Sans  ce soutien (États-Unis, Colombie, République dominicaine), le Salvador seul  aurait eu beaucoup plus de mal à projeter et soutenir un contingent de cette  taille aussi rapidement. 

3. Environnement opérationnel difficile 

Haïti présente des défis objectifs : terrain urbain chaotique contrôlé par les  gangs, routes bloquées, absence d’infrastructures fiables, problèmes  d’intelligence locale et de coordination avec les forces haïtiennes et la GSF.  Les analystes soulignent que les soldats salvadoriens ne connaissent ni le  terrain ni l’environnement tactique aussi bien qu’à domicile.  

4. Isolement relatif 

La majorité des troupes salvadoriennes opèrent en dehors du cadre strict de  la Force de suppression des gangs (GSF) mandatée par l’ONU. Cela  complique l’accès aux structures de soutien logistique multilatérales.

Fils-Aimé, qui gouverne sans contrôle réel dans un pays où la corruption et l’impunité restent  la règle, dispose d’une marge de manœuvre que Bukele n’a pas. Le président salvadorien doit  composer avec un Parlement, une opposition et un système judiciaire encore fonctionnels, et  se trouve à quelques mois d’échéances électorales dans son propre pays. Fils-Aimé, lui, peut  offrir ce que Bukele recherche : une couverture politique locale, une facilitation logistique,  éventuellement un appui discret pour permettre aux troupes salvadoriennes de « sortir la tête  haute ». En échange, une photo avec Bukele – devenu extrêmement populaire auprès d’une  large partie de la population haïtienne désespérée – et un mot de soutien public constitueraient  un capital politique précieux pour un Premier ministre de facto en quête de légitimité et de  maintien au pouvoir. 

La présence du vice-président Félix Ulloa dans ce dossier n’est pas anodine. Connaisseur du  milieu haïtien pour y avoir évolué comme représentant de la NDI, il maîtrise les faiblesses et  les réseaux locaux. Face au déficit économique salvadorien et à l’urgence de stabiliser une  opération coûteuse, les réseaux mafieux haïtiens – dont la force économique est réelle – pourraient, dans un pays où tout est négociable, trouver un terrain d’entente. Fils-Aimé,  rompu à la gestion calamiteuse des personnes déplacées et des situations de crise, se retrouve  ici en terrain connu. 

Il serait naïf de croire que cette visite n’est qu’une formalité. Elle s’inscrit dans un rapport de  force où Bukele, malgré l’aura qu’il a acquise en Haïti, se trouve en position de demandeur  sur le plan logistique et politique, tandis que Fils-Aimé tente de transformer une faiblesse  salvadorienne en opportunité de survie politique. 

Le peuple haïtien doit regarder cette séquence avec lucidité. Bukele a ouvert une brèche. Il a  montré que les gangs, leurs financiers et ceux qui les ont portés sur les fonts baptismaux ne  sont pas aussi invincibles qu’ils le paraissent. Leurs vrais maîtres sont aujourd’hui pris dans  des contradictions locales et internationales qui les rendent vulnérables. Mais une photo, un  

communiqué ou un arrangement entre un pouvoir de facto et un président étranger ne  résoudront pas la crise structurelle d’Haïti. 

La solution durable ne viendra ni de San Salvador ni d’un gouvernement de transition placé et  maintenu de l’extérieur. Elle ne viendra que du peuple haïtien lui-même, lorsqu’il  s’organisera pour reprendre pleinement le contrôle de son destin. Comprendre les jeux  d’intérêts en cours est la première condition pour ne plus en ê

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