4 novembre 2026
Haïti — Fils-Aimé promet de « moderniser » la justice dans un pays où la corruption et l’impunité sont la règle de gouvernance
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Haïti — Fils-Aimé promet de « moderniser » la justice dans un pays où la corruption et l’impunité sont la règle de gouvernance

PORT-AU-PRINCE, mercredi 4 novembre 2026 (Rezo Nòdwès) — Comment moderniser la justice pénale dans un pays où la corruption prospère, où les victimes attendent réparation et où l’autorité de la Constitution est continuellement mise à l’épreuve ? La Primature annonce une vaste ambition judiciaire, tandis que le gouvernement de transition peine à remplir ses missions premières : rétablir la sécurité et favoriser le retour à des institutions issues des urnes.

Le ministère de la Justice et de la Sécurité publique a lancé, mardi 3 novembre, un programme de formation consacré aux nouveaux codes pénal et de procédure pénale. Selon le communiqué de la Primature, six sessions sont prévues jusqu’au 11 décembre, avec l’objectif de former 40 % des magistrats de première instance et 40 % des policiers enquêteurs. L’entrée en vigueur des textes est annoncée pour le 1er janvier 2027.

La formation des professionnels répond à un besoin réel. Les codes révisés prévoient notamment de nouvelles garanties relatives à la détention préventive et l’intervention d’un juge des libertés. Leur application pourrait contribuer à une meilleure protection des justiciables, à condition que les juridictions disposent du personnel, des moyens et de la sécurité nécessaires.

Mais comment garantir une application uniforme des nouvelles règles lorsque l’objectif chiffré annoncé ne couvre, à ce stade, que 40 % de chacune des deux catégories visées ? Le communiqué évoque une extension progressive du programme, sans préciser de calendrier ni de financement pour la formation des autres professionnels.

La crise judiciaire se manifeste aussi derrière les barreaux. En janvier 2026, le gouvernement reconnaissait lui-même que près de 80 % de la population carcérale attendait encore son jugement. Combien de personnes demeurent privées de liberté pendant des années faute d’audience, de dossier instruit ou d’assistance effective ? Quel mécanisme permettra de vérifier les progrès accomplis depuis cette déclaration officielle ?

Pendant que la Primature célèbre la réforme, une autre échéance a déjà quitté le calendrier. Le premier tour des élections présidentielle et législatives, initialement fixé au 13 décembre 2026, a été reporté au 18 juillet 2027. Le Conseil électoral provisoire est chargé de l’organisation du scrutin ; le gouvernement, lui, porte une responsabilité dans la création des conditions de sécurité nécessaires à sa tenue.

Les deux chantiers peuvent avancer simultanément. Encore faut-il que les autorités rendent compte des résultats obtenus, des obstacles rencontrés et des moyens engagés. La prolongation de la transition ne saurait tenir lieu, à elle seule, de programme politique.

Le cadre constitutionnel appelle la même exigence de rigueur. Depuis la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, le 7 février 2026, le Conseil des ministres exerce le pouvoir exécutif en invoquant l’article 149 de la Constitution. L’application de cette disposition à la situation actuelle, ainsi que l’étendue des pouvoirs exercés durant la transition, demeurent contestées. Quant à l’article 111, il confie au pouvoir législatif la fonction de faire les lois. En l’absence d’un Parlement en fonction, quel contrôle démocratique accompagne les décisions de portée législative prises par décret ?

La question constitutionnelle prend une dimension supplémentaire avec le référendum inscrit au calendrier du 18 juillet 2027. L’article 284-3 interdit toute consultation populaire tendant à modifier la Constitution par voie référendaire. Les partisans d’une nouvelle Constitution invoquent, pour leur part, une distinction entre la modification du texte existant et son remplacement. La compatibilité de cette démarche avec l’ordre constitutionnel en vigueur reste donc au cœur d’un débat juridique que le gouvernement ne peut évacuer par communiqué.

La lutte contre l’impunité exige également des comptes précis. Deux pôles judiciaires spécialisés ont été inaugurés en mai 2026 pour traiter notamment des crimes graves et des infractions financières. Quels dossiers ont été transmis à ces structures ? Quels moyens ont été accordés aux enquêteurs ? Quelles garanties protègent les magistrats, les témoins et les victimes contre les pressions politiques ou criminelles ?

Une justice modernisée devra pouvoir poursuivre les auteurs de massacres, les responsables de détournements et leurs éventuels complices, dans le respect de la présomption d’innocence et des droits de la défense. Elle devra aussi permettre au citoyen ordinaire d’accéder à un tribunal et d’obtenir une décision impartiale.

La crédibilité de la réforme s’appréciera à l’aune du fonctionnement des juridictions, des conditions de détention et de l’accès des victimes à la justice. Elle dépendra aussi de la capacité des autorités à respecter les limites de leurs fonctions et à répondre de leurs actes.

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