Le retour d’American Airlines au Cap-Haïtien, dimanche 1er novembre 2026, constitue une avancée pour les liaisons internationales d’Haïti. Mais la satisfaction affichée à cette occasion par le ministre des Travaux publics, Joseph Almathe Pierre-Louis, ne saurait tenir lieu de bilan national des infrastructures. Accueillir un avion et célébrer une desserte commerciale ne dispense pas le gouvernement de répondre aux difficultés des déplacements terrestres. La responsabilité du ministre se mesure aussi à la capacité des citoyens à rejoindre les villes, les marchés et les services essentiels dans des conditions acceptables.
Les doléances concernant les tronçons dégradés entre les Gonaïves et le Cap-Haïtien appellent une réponse précise du MTPTC : quels secteurs nécessitent une intervention urgente, quels travaux sont financés et dans quels délais seront-ils exécutés ? Les durées de trajet avancées dans la dénonciation restent à documenter, particulièrement l’affirmation d’un parcours autrefois effectué en moins d’une demi-heure. Cette réserve ne diminue toutefois pas l’exigence de transparence : le ministère doit publier un diagnostic de cet axe et un calendrier d’intervention permettant aux usagers d’évaluer son action.
À l’aéroport même, les annonces de juillet imposent également une reddition de comptes. Le programme présenté dépassait 6,5 millions de dollars américains et comprenait notamment une salle de départ domestique, une extension portant la capacité de la salle de départ internationale à 610 places, ainsi que des interventions sur les voies et les aires réservées aux avions. Plus de trois mois après, le ministre doit préciser les montants effectivement décaissés, les entreprises engagées et l’avancement de chaque chantier. Une enveloppe annoncée ne constitue ni une dépense justifiée ni une infrastructure livrée.
Il serait néanmoins inexact de prétendre qu’aucun travail n’a été réalisé : selon le compte rendu de la cérémonie, le ministre a présenté des aménagements couvrant 573,13 mètres carrés, dont une salle d’embarquement de 158 places. Ces réalisations doivent être clairement distinguées du programme annoncé à 610 places, sans supposer qu’elles correspondent au même périmètre. C’est précisément cette clarification qui manque au débat public. Joseph Almathe Pierre-Louis doit désormais fournir des résultats vérifiables, des échéances et des comptes détaillés : la communication ministérielle perd sa crédibilité lorsqu’elle célèbre les étapes sans permettre de mesurer les engagements restant à tenir.
Guyno DUVERNE

