30 octobre 2026
Un centre d’accueil inauguré au Cap-Haïtien pour offrir de nouvelles perspectives aux migrants rapatriés 
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Un centre d’accueil inauguré au Cap-Haïtien pour offrir de nouvelles perspectives aux migrants rapatriés 

Face aux difficultés auxquelles sont confrontés les Haïtiens renvoyés des États-Unis, une trentaine d’organisations et leurs partenaires ont décidé de passer à l’action. Réunis autour d’une initiative collective regroupant environ 38 organisations d’Haïti et de la diaspora, ils ont inauguré, mercredi 28 octobre 2026, le centre d’accueil BED ROCK, dans la localité de Zovensen, au Cap-Haïtien.

Accueillir, orienter, accompagner et favoriser la réinsertion des migrants haïtiens : tels sont les principaux objectifs de cette nouvelle structure, conçue pour venir en aide aux compatriotes confrontés aux conséquences d’un retour parfois brutal dans leur pays d’origine.

Pour les initiateurs, BED ROCK représente bien davantage qu’un simple centre d’hébergement ou d’assistance. Son nom est constitué des mots anglais Building, Ecosystem, Dignity, Reintegration, Opportunity, Compassion et Knowledge, qui mettent en avant la construction d’un écosystème de dignité, de réintégration, d’opportunités, de compassion et de connaissances.

L’initiative entend notamment apporter des réponses aux problèmes administratifs, économiques et sociaux rencontrés par les personnes rapatriées, dont certaines ont passé une grande partie de leur vie à l’étranger.

La Dre Geralde Vital Gabeau, l’une des responsables du projet, a expliqué que cette mobilisation est née d’une volonté commune de ne pas laisser les migrants livrés à eux-mêmes après leur retour en Haïti.

« Ces personnes doivent comprendre qu’elles ont encore leur place dans leur pays. Notre responsabilité est de leur tendre la main et de les accompagner afin qu’elles puissent retrouver leur dignité et envisager un nouvel avenir », a-t-elle souligné.

Le centre prévoit plusieurs formes d’assistance, allant de l’accueil initial à l’orientation professionnelle, en passant par l’accompagnement administratif et l’utilisation des nouvelles technologies.

Les migrants pourront notamment recevoir une aide pour l’obtention de pièces d’identité et de documents officiels, dont le matricule fiscal, le passeport et le permis de conduire. Les familles bénéficieront également d’une orientation concernant l’intégration scolaire de leurs enfants.

Grâce à la plateforme numérique Ayiti Home Link, les personnes concernées pourront signaler leurs besoins, enregistrer leurs compétences et solliciter un accompagnement personnalisé.

L’un des objectifs affichés consiste à permettre aux migrants disposant d’une formation ou d’une expérience professionnelle de mettre leurs compétences au service d’entreprises et d’institutions haïtiennes.

Les responsables envisagent par ailleurs une collaboration avec des organisations spécialisées dans la défense des droits humains afin de contribuer à la protection des rapatriés contre les discriminations et les mauvais traitements.

La Dre Guerda Nicolas, également impliquée dans le projet, s’est montrée particulièrement critique envers les mesures migratoires américaines visant les ressortissants haïtiens.

Elle a notamment dénoncé la situation des bénéficiaires du statut de protection temporaire (TPS), rappelant que nombre d’entre eux ont construit leur vie aux États-Unis dans un cadre légal.

« Il s’agit de personnes qui travaillent, qui paient leurs impôts et qui contribuent à l’économie américaine. Les expulser dans ces conditions représente, à nos yeux, une atteinte à leurs droits fondamentaux », a-t-elle déclaré.

Elle a salué les efforts des partenaires de la diaspora qui continuent de plaider en faveur du respect des droits des migrants haïtiens.

L’ancienne présidente de la Commission municipale intérimaire du Cap-Haïtien, Angie Bell, a pour sa part insisté sur la nécessité d’une mobilisation nationale.

Elle a estimé que cette initiative devrait servir d’exemple à d’autres organisations désireuses de contribuer à la recherche de solutions aux difficultés du pays.

« Haïti ne pourra pas se relever uniquement grâce à l’aide extérieure. Les Haïtiens doivent apprendre à unir leurs forces, à travailler ensemble et à prendre leurs responsabilités pour construire un avenir meilleur », a-t-elle affirmé.

La Représentante de Buzz International Network Communication Center (Buzz INCC), Djunie Saïdena Alexis a rappelé que la formation professionnelle et l’accès au marché du travail constituent des éléments essentiels pour assurer une réinsertion durable.

« Nous croyons que le travail et la formation donnent aux personnes les moyens de prendre leur avenir en main », a-t-elle déclaré.

Elle a fait savoir que Buzz INCC compte actuellement plus de 300 employés et poursuit l’ambition d’offrir 10 000 emplois en Haïti sur une période de sept ans.

La représentante de l’entreprise a également souligné l’importance de la collaboration entre le secteur privé, les institutions et les communautés pour offrir de nouvelles perspectives aux migrants.

« Votre expérience a de la valeur. Vos compétences ont de la valeur. Vous avez une place et un rôle à jouer dans l’avenir du pays », a-t-elle insisté à l’adresse des rapatriés.

Selon les informations communiquées par les responsables, la réalisation du centre aurait normalement représenté un investissement de deux millions de dollars américains. La contribution des différentes organisations partenaires a toutefois permis de concrétiser le projet.

Les initiateurs souhaitent désormais étendre progressivement cette expérience à d’autres régions d’Haïti.

L’inauguration s’est déroulée en présence du pasteur Joseph Voltaire, de représentants de l’Office national de la migration (ONM), de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ainsi que de plusieurs personnalités et membres de la société civile.

Pour les organisations partenaires, BED ROCK doit constituer un espace de solidarité, mais aussi un instrument de réinsertion permettant aux migrants de retrouver leur autonomie.

Au-delà de l’ouverture de cette première structure au Cap-Haïtien, l’enjeu reste de transformer cette mobilisation collective en un accompagnement concret et durable pour les ressortissants haïtiens contraints de recommencer leur vie dans leur propre pays.

Gislène Guerrier

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