5 octobre 2026
Luis Abinader : le reflet contemporain de l’ère Trujillo
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Luis Abinader : le reflet contemporain de l’ère Trujillo

Alors que les nations ayant vécu sous la férule du fascisme s’efforcent de réhabiliter leur image historique, la République dominicaine, mue par une certaine nostalgie à l’égard de l’idéologie raciste de Rafael Leónidas Trujillo, persiste à porter au pouvoir des dirigeants de ce pedigree.

C’est dans cette perspective qu’après la chute du dictateur en 1961, Joaquín Balaguer s’est employé à perpétuer une politique d’hostilité systématique envers la population haïtienne durant près d’un quart de siècle de gouvernance.

Toutefois, en dépit de la rigueur de sa politique xénophobe, Balaguer n’est jamais parvenu à égaler à la perfection le sinistre modèle de son prédécesseur. Cette distinction idéologique semble aujourd’hui être l’exclusivité de Luis Abinader, le 54e président de la République voisine.

Quels éléments tangibles permettent d’affirmer que Luis Abinader suit la trajectoire tracée par Trujillo ?
Avant d’analyser la situation contemporaine, il convient de rappeler les événements tragiques d’octobre 1937, qui demeurent une blessure profonde et une source d’indignation légitime au sein de notre conscience collective en tant que nation, plus de huit décennies après les faits.

À cette époque, le contexte international était marqué par la montée des totalitarismes en Europe. Alors qu’Adolf Hitler préparait les prémices d’une politique d’épuration ethnique à l’encontre du peuple juif, Rafael Leónidas Trujillo, s’inspirant des courants xénophobes qui traversaient l’Allemagne et l’Italie, décida d’appliquer sa propre doctrine d’exclusion et d’épuration ethnique en ciblant prioritairement la communauté haïtienne.

Pour légitimer son action, le dictateur commença par orchestrer une campagne de dénigrement sans précédent. Lors d’une allocution prononcée au début du mois d’octobre 1937, il accusa formellement les ressortissants haïtiens de vols de bétail et leur imputa la responsabilité exclusive de la crise économique majeure qui frappait alors la République dominicaine.

Une fois la stratégie définie, le régime adopta un nom de code pour encadrer cette opération de répression de masse. Le terme « persil » (perejil) fut sélectionné par les autorités. Ce choix s’expliquait par l’abondance de cette culture dans la région frontalière de Dajabón, zone de forte concentration de travailleurs haïtiens.

La mise en œuvre de la répression
La survie des ressortissants haïtiens dépendait alors de la prononciation correcte des trois syllabes du mot espagnol pe-re-jil. Ce critère linguistique faisait office de marqueur identitaire pour les distinguer des citoyens dominicains noirs, rappelant ainsi que, contrairement aux préjugés coloristes du régime, la démographie de notre voisin comptait une forte population noire.

Toute personne incapable d’articuler ce mot selon les standards hispaniques était systématiquement exécutée par les forces armées et les milices civiles mobilisées par le régime. Afin de parer à toute tentative de fuite et de sanctuariser l’espace de répression, le dictateur ordonna le verrouillage complet des frontières.

Si le droit de la guerre impose généralement la préservation des populations civiles, et en particulier des femmes et des enfants, le régime trujilliste refusa d’appliquer ces principes humanitaires fondamentaux aux Haïtiens, alors considérés comme des sous-hommes privés de droits élémentaires.

Ce massacre de grande ampleur coûta la vie à près de 35 000 personnes, laissant en outre un nombre considérable de survivants mutilés. Trujillo accentua la dimension provocatrice de son acte en déclarant ultérieurement : « J’ai jeté le gant à un peuple sans honneur, mais il ne l’a pas ramassé. »

Une négociation relative à l’indemnisation des victimes fut par la suite menée sous la présidence de Sténio Vincent. À l’issue du versement des fonds, le dictateur dominicain tint des propos particulièrement méprisants, affirmant avoir payé pour des vies humaines un prix inférieur à celui qu’il aurait exigé pour du bétail abattu dans des conditions similaires.

Dans son ouvrage Trujillo : la mort du dictateur, le journaliste Bernard Diederich souligne que le dirigeant dominicain, outre sa mégalomanie caractérisée par l’attribution de titres honorifiques tels que « Généralissime » ou « Bienfaiteur de la patrie », manifestait des complexes profonds. L’auteur révèle notamment que Trujillo consacrait des ressources financières importantes à l’acquisition de produits cosmétiques destinés à éclaircir son épiderme, afin de dissimuler ses origines maternelles haïtiennes.

Les manifestations contemporaines du nationalisme sous la présidence Abinader
L’analyse de la politique menée par Luis Abinader suggère une résurgence des fondements idéologiques du trujillisme, intégrés à ses doctrines de gouvernance. Depuis son accession au pouvoir en 2020, sa stratégie politique semble s’appuyer sur l’exacerbation du sentiment nationaliste anti-haïtien au sein de la société dominicaine.

Pour consolider sa base, le chef de l’État s’aligne régulièrement sur les positions des courants d’extrême droite de l’échiquier politique national, transformant le moindre différend bilatéral en vecteur de tensions communautaires.

Les observateurs perçoivent dans la gestion des dossiers frontaliers actuels des dynamiques comparables à celles de la crise de 1937. Le différend relatif à la construction du canal sur la rivière Massacre en constitue l’illustration la plus probante.

Alors que la République dominicaine dispose de plus d’une dizaine d’ouvrages hydrauliques sur ce même cours d’eau, l’administration Abinader a vivement contesté l’exercice par Haïti de son droit souverain et équitable d’exploiter cette ressource partagée.

À l’instar de Trujillo qui utilisait la rhétorique nationaliste pour détourner l’attention publique des difficultés économiques intérieures, le président Abinader fait face à des contraintes budgétaires et structurelles majeures, limitant la réalisation de ses engagements électoraux. L’usage d’un discours clivant envers la communauté haïtienne apparaît ainsi comme un outil de diversion politique éprouvé.

Lors de son allocution à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le président Abinader a consacré une part substantielle de son intervention à la crise haïtienne, occultant les défis sécuritaires internes auxquels son propre pays est confronté. Bien que de manière moins systémique, la République dominicaine fait face à une recrudescence de la criminalité, situation ayant conduit le département d’État américain à émettre des avis de prudence à l’attention de ses ressortissants voyageant dans la région.

Au cours de cette intervention, le chef de l’État a déclaré : « Nous ne cherchons pas la confrontation avec Haïti, mais nous faisons face à des acteurs qui génèrent une instabilité incontrôlable. » Il a ajouté : « Durant des siècles de coexistence complexe, la République dominicaine a fait preuve d’une solidarité constante, mais notre nation ne saurait résoudre seule la crise haïtienne. »

Ces affirmations omettent les réalités historiques des relations bilatérales et les interdépendances économiques fortes entre les deux États.

Sur le plan opérationnel, l’administration Abinader utilise la frontière comme un instrument de coercition. En réponse au rejet par la partie haïtienne de son ultimatum concernant les travaux de Ouanaminthe, le pouvoir dominicain a décrété la fermeture totale des voies d’accès et suspendu l’octroi de visas à nos compatriotes.

Cette décision unilatérale affecte durement les agents économiques des deux côtés de la frontière. En complément de ces dispositions, le gouvernement a déployé un contingent de 1 500 militaires lourdement équipés le long de la ligne de démarcation.

Ces mesures constituent une politique de ségrégation institutionnelle préjudiciable à nos ressortissants établis en République dominicaine, validée par l’exécutif. Face à l’inefficacité diplomatique des dirigeants actuels, l’absence de régulation internationale rigoureuse fait craindre que la politique d’apartheid adoptée par le président dominicain ne conduise à une réédition des heures les plus sombres de notre histoire de peuple.
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Professeur, Ducasse Alcin

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