23 octobre 2026
L’ÉDITO DU REZO | Quel cadeau empoisonné Saint-Cyr a légué à Fils-Aimé !
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L’ÉDITO DU REZO | Quel cadeau empoisonné Saint-Cyr a légué à Fils-Aimé !

L’ÉDITO DU REZO  — 23 octobre 2026

Saint-Cyr a sauvé Fils-Aimé de la révocation, mais de quoi l’a-t-il réellement sauvé ?

Laurent Saint-Cyr croyait peut-être offrir à Alix Didier Fils-Aimé une seconde vie politique ; il pourrait lui avoir légué une condamnation à gouverner l’ingouvernable. Lorsque plusieurs membres du Conseil présidentiel de transition (CPT), pourtant artisans de sa nomination, avaient entrepris de le remplacer, Saint-Cyr s’était opposé à la publication, dans Le Moniteur, de l’acte désignant son successeur. Quelle singulière générosité institutionnelle ! Le Premier ministre, sauvé d’une disgrâce annoncée, se retrouvait condamné à porter un pouvoir dont chaque journée supplémentaire alourdit le passif. Machiavel aurait reconnu cette ironie de la conservation du pouvoir : préserver un homme de sa chute peut constituer la manière la plus raffinée de prolonger son naufrage. Saint-Cyr a-t-il véritablement sauvé Fils-Aimé, ou lui a-t-il simplement accordé le privilège de présider à l’inventaire de ses propres échecs ?

Ce sursis aura néanmoins permis au chef du gouvernement de découvrir les charmes du tourisme diplomatique, cette géographie particulière où les avions circulent plus librement que les citoyens. L’Europe, le Vatican, les cérémonies religieuses, les tribunes sportives et les déplacements officiels auront jalonné l’itinéraire d’un Premier ministre particulièrement mobile à la tête d’un pays largement paralysé. La Primature avait présenté sa visite au Vatican et sa participation à une messe comme des démarches accomplies en faveur d’Haïti. Les retombées concrètes de cette dévotion diplomatique restent à démontrer. Les prières montaient vers le ciel ; les populations, elles, continuaient d’attendre la sécurité, la libre circulation et le rétablissement de l’autorité publique. Saint-Cyr lui aurait-il offert les ailes du voyageur pour mieux lui laisser les chaînes de l’impuissance politique ? À défaut de restaurer la circulation sur les routes nationales, le pouvoir aura perfectionné l’art des correspondances internationales.

Le cadeau devient véritablement toxique à l’approche du 13 décembre 2026. Fils-Aimé avait promis des élections et le transfert du pouvoir à des dirigeants élus. Cette échéance, répétée sur les tribunes internationales, paraît désormais hors d’atteinte au regard des conditions sécuritaires et institutionnelles. Voilà l’ironie suprême : le maintien au pouvoir, présenté comme une victoire sur ses adversaires, expose désormais son bénéficiaire au jugement de ses propres engagements. À cette impasse électorale s’ajoutent les interrogations entourant un éventuel second déplacement précipité à Washington en moins d’une semaine. Si ce nouveau voyage est confirmé, pourquoi tant de discrétion ? Qui reçoit le Premier ministre, à quel niveau de représentation et pour quelles décisions ? Revenu célébrer Dessalines le 17 octobre, Fils-Aimé serait-il déjà reparti chercher à Washington les réponses que l’indépendance nationale devrait permettre de concevoir à Port-au-Prince ? L’histoire retiendra peut-être cette étrange chorégraphie : invoquer Dessalines devant les caméras, puis reprendre l’avion pour consulter les puissances étrangères.

Et voici Nayib Bukele, président du Salvador, dont le déploiement annoncé de militaires en Haïti ajoute une dimension internationale à cette succession de revers. La recherche de soldats salvadoriens disparus ne dispense ni de transparence sur les accords conclus ni du respect de la souveraineté haïtienne. Si des renforts étrangers opéraient en dehors du cadre autorisé de la Force de répression des gangs (FRG), quelles en seraient les conséquences juridiques et politiques ? Saint-Cyr aurait-il finalement sauvé Fils-Aimé pour lui transmettre une autorité constamment mise à l’épreuve, jusque sur son propre territoire ? Ce qui ressemblait à un triomphe sur ses adversaires pourrait n’avoir été qu’une victoire à la Pyrrhus. Le banquet du pouvoir se termine, les convives s’éclipsent, les factures s’accumulent et la table est déjà desservie. Le cadeau était empoisonné ; son bénéficiaire en découvre maintenant le prix.

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