Par Robert Berrouët-Oriol
Linguiste-terminologue
Ancien responsable de la coopération inter-universitaire à la Banque de terminologie du Québec (Gouvernement du Québec, Office québécois de la langue française). Ancien enseignant à la Faculté de linguistique appliquée de l’Université d’État d’Haïti. Conseiller spécial, Conseil national d’administration du Regroupement des professeurs d’universités d’Haïti (REPUH). Konseye pèmanan, Asosyasyon pwofesè kreyòl Ayiti (APKA). Membre du Comité international de suivi du Dictionnaire des francophones.
Montréal, le 22 octobre 2026
Depuis environ un mois, « L’AFFAIRE THÉLYSON ORÉLIEN » occupe d’abondance les médias grand public, les circuits et appareils de légitimation littéraire francophones ainsi que les réseaux sociaux de la parole éphémère.
Très tôt, face au déferlement outrancier et hallucinatoire d’une indistincte confrérie de « nationalistes » identitaires haïtiens ayant entonné –sur Facebook et autres réseaux de la parole éphémère–, une symphonie de couplets « patriotiques » et borgnes destinés à « défendre » l’auteur du roman « C’était ça ou mourir », Thélyson Orélien, face à de présumées « attaques racistes », nous avons émis sur WhatsApp un appel à la retenue, à la prudence et au discernement.
- « MISE EN GARDE de Robert Berrouët-Oriol (24 septembre 2026)
« Dans ce que certains appellent désormais « l’affaire Thélyson Orélien », je recommande hautement d’agir avec RIGUEUR, DISTANCE CRITIQUE, PRUDENCE et PONDÉRATION. Il est lourdement toxique de se draper dans l’attitude du pompier pyromane qui allume un incendie et veut faire croire qu’il tente de l’éteindre. Il est lourdement toxique et infantile d’entonner le petit catéchisme pavlovien de « l’identité haïtienne » insultée, assautée et dénigrée par une obscure confrérie de complotistes présumés comme le suggère béatement Sandy Larose sur Facebook le 23 septembre 2026 : « Un Noir, de surcroît un Haïtien, qui décroche tous ces prix littéraires, ça dérange. D’où vient donc ce phénomène ? »…
« La solidarité avec un romancier doit reposer non pas sur un cocorico identitaire aveugle et aveuglant, bavard et bavardeux, mythyfiant et mystificateur, populiste et fallacieux, mais plutôt sur des données attestées et vérifiées, donc irréfutables. Je recommande hautement d’agir avec RIGUEUR, DISTANCE CRITIQUE, PRUDENCE et PONDÉRATION : il ne faut ne pas céder à la facilité, à la paresse intellectuelle et aux clichés coloristes/noiristes en déclarant péremptoirement que « Thélyson Orélien est victime de racisme »… EN TOUTE RIGUEUR FAUT S’INFORMER, ANALYSER TOUTES LES DONNÉES DOCUMENTAIRES, CONFRONTER LES FAITS ET LEUR INTERPRÉTATION…
« Viendra ensuite le temps serein du bilan analytique amplement documenté…
« Voici un article du journal montréalais La Presse daté du 23 septembre 2026 : « Thélyson Orélien rattrapé par un passé de plagiaire ».
Notre appel à la prudence, à la retenue et au discernement n’a pas tari la symphonie claudicante et bavardeuse des croisés et autres trompettistes du racialisme/essentialisme néo-duvaliériste et du « nationalisme krizokal ». Ainsi l’on a vu fleurir une foultitude de prises de position « défenderesses » et d’articles vent debout, y compris les propos tiédasses et erratiques de notre vénérable et vénéré Académicien qui, tournant le dos à son exceptionnelle œuvre littéraire, a cru bon d’asséner à ses lecteurs une prose insignifiante –comme en un miroir brisé–, dans Le Devoir (Montréal) et dans Le Nouvelliste (Haïti). L’on a même vu un fringant et talentueux éditeur montréalais–oublieux tant de sa mémoire que de son encrier–, se fendre d’une chétive « défense » de l’indéfendable, à la fois LE PLAGIAT et LE PLAGIAIRE, THÉLYSON ORÉLIEN …
Comme s’il fallait, À L’AUNE DE L’IMPUNITÉ, ABSOUDRE ET DISSOUDRE LE PLAGIAT en l’ensevelissant sous la mantille élimée du « nationalisme krizokal » car, nous a-t-on seriné au fil des jours, Thélyson Orélien est l’un des nôtres, « li se Nèg Kongo parèy nou »… Ainsi il faudrait « oublier » que Thélyson Orélien a institué de 2012 à 2026 UN SYSTÈME, UN DISPOSITIF NARRATIF ESSENTIELLEMENT BASÉ SUR LE PLAGIAT : ce système a assuré la production de tous ses articles ainsi que de son roman, et il est fallacieux et illusoire de vouloir scinder les deux territoires d’implémentation de ce système délictueux…
Le pseudo argumentaire selon lequel il faudrait accueillir une œuvre romanesque en dehors des conditions matérielles, historiques, politiques, anthropologiques et culturelles de son élaboration est à la fois une vision lourdement indocte, une chimère et un écran de fumée. Chacun a la liberté de lire ou de relire Todorov, Barthes, Bourdieu, Lacan, Kristeva, Eco, Heidegger et Ricoeur… Mais vouloir faire croire –à contre-courant de leurs indispensables enseignements–, qu’une opinion aurait un statut épistémologique et la même valeur qu’une analyse scientifique amplement documentée demeure un canular et une illusoire chimère. Qu’une opinion, erratique, pré-scientifique et dénuée de cadre théorique crédible soit émise depuis la Martinique ou l’Afrique du Sud ne change rien à l’analyse critique de « L’AFFAIRE THÉLYSON ORÉLIEN » qui exige une réflexion de fond…
- « NOTE à mon ami Christophe Charles (10 octobre 2026).
« Je constate une fois de plus que la RACIALISATION DU REGARD relève d’UNE NAINE ET RACHITIQUE RACIALISATION DE L’ESPRIT ANALYTIQUE héritée de l’indigénisme duvaliériste. Le romancier Thélyson Orélien a institué dès 2012 UN DISPOSITIF DISCURSIF/NARRATIF BASÉ ESSENTIELLEMENT SUR LE PLAGIAT. J’en ai fait la plus rigoureuse démonstration dans les deux articles que j’ai publiés récemment : (1) « L’AFFAIRE THÉLYSON ORÉLIEN : plagiat et fraude multirécidivistes. De la nécessité de questionner la sous-culture racialiste-noiriste-duvaliériste de l’impunité dans le champ littéraire haïtien » (Rezonòdwès, le 3 octobre 2026) et (2) « L’AFFAIRE THÉLYSON ORÉLIEN » : lettre ouverte aux Éditions du Boréal et aux Éditions Grasset » (Rezonòdwès, 8 octobre 2026). Oser dire sans discernement ni analyse adéquate « qu’on ose vilipender un Canadien Noir d’origine haïtienne » [tandis que] l’Académie suédoise couronne une Canadienne blanche pure laine » relève de la DÉMAGOGIE POPULISTE, de l’aveuglément INDIGÉNISTE/RACIALISTE/DUVALIÉRISTE… Il est urgent que mes collègues enseignants haïtiens –à l’instar de mon ami l’écrivain et critique littéraire Christophe Charles–, s’engagent à cesser de prêcher LE PETIT CATÉCHISME DE LA VISION RACIALISTE/DUVALIÉRISTE des faits sociaux. Pour y parvenir, une radicale RUPTURE ÉPISTÉMOLOGIQUE doit être menée dans la concertation et le débat public documenté… (Robert Berrouët-Oriol, linguiste-terminologue, Montréal, le 10 octobre 2026.) »
- Perfidie et fourberie aux Éditions du Boréal
Il serait illusoire et naïf de situer les maisons d’éditions uniquement dans l’univers aseptisé et joyeusement oecuménique du Paradis-sur-Terre alors même qu’elles sont essentiellement –par-delà leur mission littéraire–, des entreprises capitalistes vouées au Dieu Profit bilingue qui parle Dollars et/ou Euros… Sur le ring encombré et dans l’antichambre des maisons d’éditions se profilent des lecteurs professionnels expérimentés, des critiques de talent, des stratèges haut de gamme en marketing ainsi que des requins spécialisés en « bons coups » et « coups fourrés » aux cinq saisons de l’année littéraire… La saga de C’était ça ou mourir, dans la tumultueuse marmite des Éditions du Boréal et des Éditions Grasset, est ainsi passée de l’adulation à la plus hypocrite mise à distance puis à l’hallali final –la rupture publique entre l’éditeur et le romancier déchu (également) par ses soins : une rupture froide, chirurgicale, enrobée d’une « logique » éditoriale ayant soudain retrouvé rigueur et déontologie à géométrie invariable…
C’est le lieu de citer longuement l’excellent article « De l’espoir à la chute » que publient le 22 octobre 2026 Ulysse Bergerone, Charles-Éric Blais-Poulin et Ariane Lacoursière (Équipe d’enquête, journal La Presse, Montréal). Cet article fournit d’utiles éclairages chronologiques.
« L’évènement représente la fin d’un contre-la-montre pour la maison d’édition. Depuis la réception du manuscrit, le 12 septembre 2025, la machine Boréal, son éditeur québécois, roule à plein régime. En moins de quatre mois, l’équipe a lu, édité, révisé le manuscrit avant d’apporter les corrections dans le ping-pong habituel avec l’auteur pour pouvoir sortir le roman des presses le 27 janvier.
« L’ouvrage deviendra le phénomène de la rentrée. Mais le 22 septembre [2026], éclate un scandale qui changera à jamais le monde littéraire; on le soupçonne d’avoir utilisé l’intelligence artificielle. Trois jours plus tard, C’était ça ou mourir est retiré de la première sélection pour le Goncourt, car des soupçons de plagiat et de recours à l’intelligence artificielle pèsent sur son auteur. Mercredi [21 octobre 2026], ce qui semble être le dernier chapitre de cette saga a été écrit : Boréal a annoncé mettre fin à sa relation avec Thélyson Orélien, affirmant que de « nouveaux éléments » prouvent le recours à l’intelligence artificielle.
« En conséquence, le Boréal ne réimprimera pas le roman et ne publiera pas d’autres livres de Thélyson Orélien », peut-on lire dans un communiqué de la maison d’édition montréalaise [daté du 21 octobre 2026]. L’éditeur a ajouté avoir rassemblé l’ensemble des versions de travail du roman et commandé une analyse externe approfondie, tout en indiquant que les résultats obtenus cette semaine ont révélé des traces de balises d’IA dans les métadonnées de certains documents.
« La vague Thélyson Orélien
« Pourtant, rien au lancement de C’était ça ou mourir ne laissait présager les évènements des dernières semaines. Au contraire. Parmi la vingtaine de personnes présentes au lancement de Thélyson Orélien, en mars 2026, on aperçoit Catherine Ostiguy. La première actionnaire d’OstiguyCo – société qui détient les Éditions du Boréal depuis 2022 – a porté le projet et personnellement édité le livre.
Deux semaines plus tôt, elle décrivait sur un réseau social l’importance et la force de ce roman : « Je ne pensais pas vivre ça un jour. » Elle confiait avoir « tiré de la vertigineuse pile des manuscrits » C’était ça ou mourir comme « on extrait une pépite d’or ».
Mme Ostiguy soulignait alors que le roman « capte l’attention du monde entier » avant même sa publication. Sa conclusion se révèle aujourd’hui prémonitoire : « Ce roman, préparez-vous, aura l’effet d’une onde de choc. […] Thélyson Orélien : retenez bien ce nom-là. Il a une voix unique, un souffle rare. Une poésie inextinguible. Et il a plus d’un tour dans son sac ».
Dans une communication, le codirecteur du Boréal, Renaud Roussel, prédisait un succès sans précédent à l’étranger. L’éditeur avait reçu dans les dernières semaines « des centaines de demandes, de courriels, d’appels venus de toute la planète, de magnifiques déclarations d’amour » et d’intérêt pour publier le roman.
« Tout cela alors que C’ÉTAIT ÇA OU MOURIR n’est pas encore paru. Ce livre a déjà vécu mille vies alors que la sienne n’a pas encore commencé », ajoutait-il.
L’engouement pour le roman a déferlé comme une vague dans le secteur de l’édition ici comme ailleurs. Dans l’Hexagone les critiques ont été dithyrambiques ; l’auteur a été invité sur les plus importants plateaux de télé. Malgré le scandale, une vingtaine d’éditeurs étrangers détiendrait toujours la licence du livre.
Cet intérêt a été détaillé dès le début de la controverse dans un article de Libération qui raconte la mise aux enchères, par le Boréal, des droits de diffusion du roman en France. Le quotidien rapportait par ailleurs qu’un éditeur s’était retiré après avoir remarqué des « incohérences » dans le manuscrit. [Dans ce paragraphe, le souligné en gras est de RBO]
En guise de conclusion – LE DISPOSITIF DISCURSIF/NARRATIF de Thélyson Orélien BASÉ ESSENTIELLEMENT SUR LE PLAGIAT ne saurait constituer une référence crédible dans le champ littéraire
Pour terminer cette brève synthèse de « L’AFFAIRE THÉLYSON ORÉLIEN », j’emprunte à Faubert Bolivar ses paroles fort éclairantes et courageuses :
« Par-delà le livre, je n’aurai pas attendu cette escroquerie pour savoir que la faillite intellectuelle et morale est le lot de notre élite, championne en raisonnements fallacieux, stupides et débilitants : l’IA n’aurait pas pu décrire un braquage sur la route de Jérémie !!!! Comprenez que l’IA n’a jamais été en Haïti pour aller à Jérémie. Jusqu’à Jérémie…
Il y a que dans un pays gangrené par la corruption, le vol, le viol, les gangs sans foi ni loi, ériger en héros national un individu reconnu comme un tricheur invétéré dénote un sacré problème d’absence d’intelligence collective et féconde.
Comment demander à nos écoliers de ne pas tricher si on leur met entre les mains le livre d’un tricheur patenté ?
Comment parler de droit d’auteur si on encense un violeur de droit d’auteur ?
Décidément, serait-ce vraiment notre choix de vivre dans une société de voyous ?
Ce n’était pas assez d’avoir un Izo, atis mafya peyi a, un Babekyou, révolutionnaire porte-parole d’une coalition de gangs, un Miky, l’idole des jeunes, il nous fallait encore un Thélyson Orélien, faussaire de la race ? Nou bon pou pri a ».
(Faubert Bolivar, docteur en philosophie, poète et dramaturge, Fort-de-France, Martinique, le 21 octobre 2028)

