PORT-AU-PRINCE, 2 octobre 2026 — Le sort du scrutin annoncé pour le 13 décembre pourrait se jouer dans les prochaines 24 à 48 heures, au terme de nouvelles consultations entre le Conseil électoral provisoire (CEP) et les acteurs politiques. Tant qu’aucun acte formel n’est publié, cette date demeure inscrite au calendrier officiel, mais l’état d’avancement du processus alimente les interrogations sur sa faisabilité.
Le compteur électoral relevé ce vendredi affiche 728 437 électeurs inscrits, 2 934 opérateurs actifs et 1 289 centres d’inscription actifs sur les 1 437 recensés. Autrement dit, 148 centres ne sont pas actifs, tandis que le nombre d’inscrits demeure très éloigné du potentiel électoral national.
30 000 membres par structure, mais seulement 728 437 électeurs inscrits
Une donnée du CEP introduit une contradiction apparente qui mérite une explication technique. L’institution indiquait récemment que 30 structures politiques agréées — 18 partis et 12 groupements — avaient chacune soumis une liste de 30 000 membres, adhérents ou sympathisants, conformément aux exigences imposées aux formations participant au processus.
Trente structures multipliées par 30 000 représentent 900 000 inscriptions partisanes théoriques. Pourtant, le compteur électoral n’affiche aujourd’hui que 728 437 électeurs enregistrés : comment expliquer cet écart, et combien de personnes figurant sur les listes des partis sont effectivement inscrites au registre électoral ?
La comparaison doit néanmoins être juridiquement et statistiquement encadrée. Une liste de membres, adhérents ou sympathisants d’un parti n’est pas le registre électoral, et les 900 000 occurrences ne correspondent pas nécessairement à 900 000 personnes distinctes ; des cas de personnes apparaissant dans plusieurs formations ont d’ailleurs déjà été publiquement signalés.
C’est précisément là que se situe l’une des questions de transparence : comment le CEP authentifie-t-il les listes de 30 000 membres, contrôle-t-il les NINU et élimine-t-il les doublons entre formations politiques ? Le Conseil avait lui-même organisé des échanges avec les partis sur cette exigence, le décret électoral, le financement politique et les difficultés sécuritaires.
Le 13 décembre face au temps administratif
Le calendrier se resserre encore puisque l’inscription et le dépôt des dossiers de candidature se poursuivent jusqu’au 9 octobre. Le CEP doit ensuite traiter les candidatures, consolider le registre électoral, préparer les listes, organiser la logistique, former et déployer le personnel et sécuriser les opérations avant le scrutin.
Le problème n’est donc plus seulement politique : il devient arithmétique, administratif, logistique et juridique. À mesure que les échéances intermédiaires se rapprochent, la marge disponible pour exécuter l’ensemble des opérations prévues avant le 13 décembre se réduit.
Diaspora : voter où, comment et sous quel régime juridique ?
Une autre interrogation concerne le projet de faire participer les Haïtiens établis à l’étranger. Avant même d’étendre matériellement le scrutin hors du territoire, plusieurs paramètres demeurent à préciser : registre électoral, identification, bureaux de vote, juridiction compétente, contrôle des opérations, dépouillement, transmission des résultats, contentieux et audit du système.
La question constitutionnelle mérite également une formulation rigoureuse. La Constitution ne décrit pas expressément un mécanisme de vote extraterritorial ; il appartient donc aux autorités de démontrer publiquement la base normative permettant son organisation et sa compatibilité avec les dispositions constitutionnelles régissant les opérations électorales, plutôt que de présenter le dispositif comme juridiquement acquis.
Cette initiative intervient en outre au moment où une partie importante de la diaspora haïtienne aux États-Unis fait face à des difficultés migratoires, notamment après les changements touchant d’anciens bénéficiaires du Temporary Protected Status (TPS). D’où une autre interrogation politique : pourquoi faire du vote de la diaspora une priorité opérationnelle avant d’avoir exposé clairement son fondement juridique, ses modalités techniques et les garanties de fiabilité qui l’accompagneraient ?
Le droit avant le calendrier
Un processus électoral ne peut être réduit à l’annonce d’une date. La crédibilité institutionnelle suppose que les règles soient connues, juridiquement fondées et appliquées avant que l’administration demande aux citoyens et aux partis de s’y conformer.
Les prochaines 24 à 48 heures pourraient ainsi devenir déterminantes pour le 13 décembre. Avec 728 437 électeurs inscrits, des candidatures encore en cours, des interrogations sur les listes de 30 000 membres et un vote de la diaspora dont les modalités demandent encore à être explicitées, le CEP devra dire si son calendrier demeure matériellement exécutable — ou s’il doit être réaménagé.

