Ce sont de petits hommes. Petits par leur vision. Minuscules devant l’histoire. Douze prétendants à la magistrature suprême, empressés de revêtir le costume présidentiel d’une République livrée à l’insécurité. Ils rêvent – encore – du Palais National pendant que le peuple cherche un refuge. Ils convoitent le fauteuil pendant que les citoyens réclament simplement le droit de circuler. Quelle présidence espèrent-ils conquérir sur les décombres d’un État dont les institutions se consument et dont les élections de 2026 sont déjà promises au cimetière des engagements politiques ?
Le plus grotesque demeure cette procession de candidatures sous le régime de doublure d’Alix Didier Fils-Aimé. Selon les révélations de l’ancien sénateur Simon Dieuseul Desras, le chef du gouvernement de facto jouerait sur plusieurs échiquiers politiques, notamment autour des plateformes En Avant et VIKTWA. D’anciens collaborateurs de la Primature auraient également été encouragés à briguer des sièges sénatoriaux dans le Nord. Si ces accusations se vérifiaient, faudrait-il encore parler de pluralisme électoral ou d’un théâtre de marionnettes dont le pouvoir tirerait discrètement les ficelles ? Une démocratie de façade, des candidats de circonstance et un peuple réduit au rôle de spectateur !
Douze candidats ! Douze apôtres d’un évangile électoral apocryphe ! Les douze disciples du Christ prêchaient la foi ; ces douze prétendants professent le culte du fauteuil présidentiel. Anciens présidents, ancien Premier ministre, anciens sénateurs, ancien commissaire du gouvernement : quelle magnifique procession de revenants politiques ! Hier, ils fréquentaient les antichambres du pouvoir ; aujourd’hui, ils prétendent incarner le salut national. Quelle conversion miraculeuse ! Quelle soudaine illumination patriotique ! Le diable lui-même, dans cette métaphore politique, pourrait leur demander des leçons de mise en scène.
Et voici l’autre farce : celle d’un président éventuellement proclamé vainqueur avec quelque 800 000 voix. Un chef d’État élu sur fond d’abstention massive, de territoires inaccessibles et de défiance populaire pourrait-il prétendre à une légitimité incontestable ? Les électeurs auraient-ils vocation à servir de figurants dans une cérémonie de consécration politique ? Les urnes ne sont pas des bénitiers où l’on absout les faillites gouvernementales. Quant aux candidats pressés de s’inscrire à cette compétition nauséabonde, leur empressement mérite au moins une question : cherchent-ils un mandat populaire ou une place réservée au banquet du pouvoir ?
Douze apôtres, douze apatrides déclarés, douze conzés, douze chemins vers le même fauteuil ! Le peuple, lui, demeure prisonnier des routes barricadées, des promesses trahies et des institutions paralysées. Ces prétendants pourront multiplier les affiches, réciter leurs professions de foi et promettre une nouvelle Jérusalem politique.
Mais une interrogation les poursuivra : qui leur a garanti que le scrutin serait libre, honnête et démocratique ? Et si les élections de 2026 ou à venir rejoignent définitivement le musée des promesses mort-nées, que restera-t-il de cette procession présidentielle ? Douze apôtres sans évangile, un pouvoir sans bilan, des urnes sans électeurs et, au bout de cette mascarade, une République transformée en casino politique où les mêmes joueurs misent sur l’avenir d’un peuple qui n’a jamais consenti à servir de monnaie d’échange.

