2 octobre 2026
Haïti 4-1 RD | Les Grenadiers gagnent, mais quand pourront-ils enfin jouer chez eux ?
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Haïti 4-1 RD | Les Grenadiers gagnent, mais quand pourront-ils enfin jouer chez eux ?

PORT-AU-PRINCE, 2 octobre 2026 — Jeudi soir, les autorités haïtiennes pouvaient applaudir avec les millions d’Haïtiens : Haïti a corrigé la République dominicaine 4-1, au stade olympique Félix-Sánchez de Santo Domingo. Louicius Deedson a ouvert le score à la 9e minute, Wilson Isidor a signé un doublé aux 51e et 67e, avant que Yassin Fortuné ne porte le coup final à la 76e. Trois matchs, trois victoires : les Grenadiers ont offert au pays l’une de ces rares soirées où le drapeau national rassemble davantage qu’il ne divise. Mais derrière les félicitations officielles, une interrogation autrement plus embarrassante attend l’État : qu’a-t-il concrètement entrepris pour que cette sélection puisse enfin défendre les mêmes couleurs devant son propre public, en Haïti ?

Le gouvernement parle de sécurité retrouvée, de renforcement des forces publiques, de FRG, d’élections et de référendum. Il dépêche également des représentants à l’étranger et envisage une participation accrue de la diaspora au processus politique. Pourtant, sur un terrain beaucoup plus élémentaire et immédiatement vérifiable, le symbole demeure implacable : les Grenadiers continuent de recevoir leurs adversaires hors du territoire national. Leur précédente victoire 3-2 contre Trinité-et-Tobago, le 24 septembre, avait ainsi été disputée à Sabina Park, à Kingston, en Jamaïque. Si la normalisation sécuritaire revendiquée par le pouvoir produit déjà des résultats tangibles, pourquoi aucune feuille de route publique n’explique-t-elle comment remettre le stade Sylvio-Cator, le parc Sainte-Thérèse de Pétion-Ville ou une enceinte du Cap-Haïtien en situation d’accueillir une rencontre internationale homologuée ? Un communiqué de félicitations coûte peu ; garantir sécurité, infrastructures, homologation et accès au public constitue, lui, un test autrement plus exigeant de l’autorité publique.

L’interrogation renvoie aussi au patrimoine sportif financé depuis des années par le contribuable. Le vieux dossier des infrastructures attribuées à la période Martelly-Lamothe mérite ici davantage qu’un slogan. Laurent Lamothe a lui-même contesté récemment l’expression des « 25 stades », affirmant qu’il s’agissait plutôt de parcs sportifs et précisant que certains contrats avaient été conclus avant ou après son passage à la Primature ; il a également rappelé l’existence du programme Foutbòl pou Chanjman. Peu importe, au fond, la bataille sémantique entre stades, parcs et complexes sportifs : où en sont aujourd’hui ces infrastructures, lesquelles sont fonctionnelles et lesquelles pourraient satisfaire aux exigences de la CONCACAF ? Ces questions prennent une dimension particulière lorsque d’anciens responsables ambitionnent encore d’exercer le pouvoir. Avant les nouvelles promesses, un inventaire public des investissements déjà financés constituerait un exercice élémentaire de reddition de comptes.

Jeudi, Deedson, Isidor, Fortuné et leurs coéquipiers ont fait leur travail : ils ont porté Haïti et gagné 4-1. Aux autorités de démontrer maintenant que leurs discours sur le retour de la sécurité peuvent produire autre chose que cérémonies, photographies, déplacements et déclarations. Le football fournit ici un indicateur presque brutal de la normalité d’un État : pouvoir recevoir chez soi son équipe nationale, protéger joueurs et spectateurs, ouvrir les tribunes et laisser un peuple chanter son hymne sur son propre sol. Les Grenadiers n’ont pas seulement besoin des applaudissements du gouvernement ; ils ont besoin d’un pays où ils puissent jouer. Et des millions d’Haïtiens attendent encore ce jour : celui où, plutôt que de regarder leur sélection « à domicile » depuis Kingston ou Santo Domingo, ils pourront enfin crier, depuis une tribune en Haïti : 

Grenadiers, à l’assaut !

cba

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