NASHVILLE, 2 octobre 2026 — Christa Gail Pike, 50 ans, devait devenir le 30 septembre la première femme exécutée par le Tennessee depuis près de deux siècles. Condamnée à mort pour le meurtre, en 1995, de Colleen Slemmer, 19 ans, elle a pourtant quitté vivante la chambre d’exécution. Selon ses avocats, elle demeure dans un état critique et reçoit des soins destinés à lui sauver la vie.
L’État lui a administré deux doses de pentobarbital, le barbiturique prévu par le protocole d’exécution du Tennessee. Mais Pike ne mourait pas. Des témoins l’ont vue demeurer consciente après le début de la procédure ; elle s’est plainte d’une douleur au bras. Plus tard, sa respiration était encore audible. Près d’une heure après le commencement de l’exécution, elle était toujours vivante. Une ambulance l’a finalement transportée vers un hôpital. Le Death Penalty Information Center décrit son cas comme sans précédent pour une personne ayant effectivement reçu les substances destinées à provoquer la mort.
L’histoire judiciaire de Pike remonte à 1995. Âgée de 18 ans au moment des faits, elle avait participé avec deux autres jeunes à l’enlèvement, à la torture et au meurtre de Colleen Slemmer, dans les environs de Knoxville. Elle fut la seule des trois à recevoir une condamnation capitale. Après trois décennies dans le couloir de la mort et d’ultimes recours judiciaires, la Cour suprême des États-Unis avait, quelques heures avant l’exécution, annulé le sursis accordé par une juridiction fédérale d’appel, permettant au Tennessee de procéder à l’injection.
Que va-t-il maintenant lui arriver ? Sa survie n’efface pas automatiquement sa condamnation à mort. Mais une nouvelle tentative d’exécution n’est pas imminente : le gouverneur Bill Lee a suspendu les exécutions prévues pour le reste de 2026, ordonné une enquête indépendante sur l’échec du protocole et reporté sans nouvelle date l’exécution de Pike. Ses avocats disposent parallèlement d’un terrain contentieux considérable pour invoquer notamment le VIIIe amendement, qui prohibe les « peines cruelles et inhabituelles », si l’État cherchait à l’exécuter une seconde fois.
Le Tennessee se retrouve ainsi devant une situation juridique et médicale exceptionnelle : une femme condamnée à mourir a reçu les deux doses prévues pour la tuer, mais l’État doit maintenant mobiliser des soins pour tenter de la maintenir en vie. La question dépasse donc le seul dysfonctionnement technique : après avoir soumis une condamnée au protocole capital sans parvenir à provoquer sa mort, jusqu’où l’État peut-il juridiquement aller pour recommencer ? Pour l’heure, Christa Pike demeure condamnée à mort, hospitalisée dans un état critique, tandis que l’enquête devra déterminer pourquoi le pentobarbital administré n’a pas produit l’issue recherchée.

