17 octobre 2026
Dessalines assassiné, Hayti indignée : 220 ans après, les prédateurs ont-ils fini le travail?
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Dessalines assassiné, Hayti indignée : 220 ans après, les prédateurs ont-ils fini le travail?

17 octobre 1806 – 17 octobre 2026

Le 17 octobre 1806, l’EmpereurJean-Jacques Dessalines, père fondateur de la Nation haytienne, est assassiné au Pont-Rouge. Le 17 octobre 2026, deux cent vingt ans plus tard, Hayti commémore son fondateur au milieu des ruines d’un État défaillant, d’une insécurité meurtrière et d’une classe politique et économique ayant perdu le sens de la responsabilité. Le contraste est obscène. Nous célébrons le libérateur tandis que ses descendants vivent sous la peur, la misère et l’abandon.

Dessalines a contribué à briser les chaînes de l’esclavage. Il n’a pas conquis l’indépendance pour que le pouvoir devienne le butin de clans politiques, que la corruption gangrène l’administration et que la souveraineté nationale se réduise à un slogan. Sa mort rappelle une vérité terrible. Une Nation peut vaincre ses ennemis extérieurs, puis se détruire de l’intérieur sous les coups des ambitions personnelles, des rivalités et de l’irresponsabilité de ses dirigeants.

DESSALINES A ÉTÉ ABATTU AU PONT-ROUGE. QUI EST EN TRAIN D’ACHEVER HAYTI ?

Le 8 septembre 2026, le rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti, référencé S/2026/714, a exposé l’ampleur de la catastrophe sécuritaire. Entre octobre 2025 et avril 2026, il recense 3 165 morts et 1 551 blessés liés aux violences armées. Les trafics d’armes, les réseaux criminels et les liens entre certains groupes armés et des acteurs politiques, économiques ou sécuritaires soulèvent des questions auxquelles les autorités ne peuvent éternellement se dérober.

Combien de rapports faudra-t-il encore pour que les responsabilités soient établies et que les réseaux qui alimentent la violence soient réellement inquiétés ? Combien de familles devront encore fuir leurs maisons avant que la sécurité cesse d’être une promesse de circonstance ? Un État qui ne protège plus ses citoyens perd progressivement sa substance, même lorsque ses dirigeants continuent de parler au nom de la République.

Le 7 juillet 2021, le président Jovenel Moïse a été assassiné dans sa résidence à Pèlerin 5. Plus de cinq ans après, la manifestation complète de la vérité demeure une exigence fondamentale. Qui a planifié, financé et facilité ce crime ? Quelles responsabilités restent à établir ? Les procédures judiciaires en Haïti et aux États-Unis doivent permettre d’identifier les coupables sur la base des preuves, sans manipulation politique ni protection des puissants. L’assassinat d’un président ne peut devenir un dossier interminable dans lequel les exécutants éventuels seraient seuls à payer tandis que les responsabilités supérieures resteraient dans l’ombre.

La corruption ne se résume pas aux enveloppes clandestines. Elle est aussi le détournement de l’État de sa mission, le clientélisme, l’opacité, l’impunité et l’utilisation des fonctions publiques au profit d’intérêts particuliers. Quand la population endure l’insécurité et la précarité pendant que les responsables se disputent les leviers du pouvoir, le patriotisme officiel devient une insulte à ceux qui survivent.

WASHINGTON, OTTAWA, PARIS, SAINT-DOMINGUE ET LE CORE GROUP. QUI DÉFEND VRAIMENT LA SOUVERAINETÉ HAYTIENNE ?

Le 12 octobre 2026, lors de la célébration de la fête nationale espagnole à l’hôtel El Rancho, l’ambassadeur Marco Peñín Toledano a déclaré, selon le quotidien Le Nouvelliste que « j’espère que l’année prochaine, on aura à nos côtés un nouveau président de la République, élu démocratiquement ». Le journal lui attribue également cette formule à propos du futur dirigeant, qui devrait être « honorable et fréquentable ».

Ces propos méritent une lecture politique sérieuse. Un diplomate étranger peut légitimement souhaiter des élections démocratiques et des institutions stables. Mais la souveraineté haytienne impose une vigilance constante sur les limites entre coopération diplomatique et influence politique. Le choix du prochain président appartient aux Haytiens, à travers un processus crédible, libre et sécurisé, et non à une validation extérieure.

Cette exigence vaut aussi pour le Core Group et les puissances qui pèsent sur les orientations internationales en Hayti, notamment les États-Unis, le Canada et la France. Leurs décisions, leurs engagements et les résultats de leurs politiques doivent être examinés sans complaisance. Mais accuser exclusivement l’étranger serait une manière commode d’absoudre les dirigeants haïtiens. Les influences extérieures n’effacent pas les responsabilités nationales, pas plus que les fautes des dirigeants haïtiens ne rendent les politiques étrangères irréprochables.

Par ailleurs, des informations faisant état d’une intrusion dominicaine à Thomasseau appellent également des clarifications. Si une violation du territoire haytien est établie, les autorités doivent documenter les faits et entreprendre les démarches diplomatiques nécessaires. Si les circonstances restent incertaines, elles doivent être vérifiées avant toute accusation catégorique. La souveraineté ne se défend ni par le silence ni par la propagande, mais par des preuves, une diplomatie ferme et des institutions capables d’agir.

Le véritable scandale est là. Hayti proclame son indépendance, mais peine à garantir la sécurité de ses habitants, à faire respecter ses frontières et à obtenir une justice crédible. Les partenaires étrangers défendent leurs intérêts, comme le font les États partout dans le monde. Pourquoi Haïti ne dispose-t-elle pas d’institutions assez solides pour défendre les siens ?

Le 17 octobre 2026 ne devrait pas être une cérémonie de plus. Dessalines n’a pas besoin de fleurs déposées par des responsables qui refusent de rendre des comptes. Hayti a besoin d’une justice indépendante, d’institutions contrôlables, d’une sécurité réelle et de dirigeants qui comprennent que le pouvoir n’est pas une propriété privée.

L’indignation doit viser les responsabilités, jamais remplacer les preuves par les rumeurs. Mais la prudence factuelle ne doit pas devenir un prétexte à la lâcheté politique.

Jean-Jacques Dessalines a été assassiné le 17 octobre 1806. Haïti, le 17 octobre 2026, doit refuser d’être achevée par la corruption, l’incompétence, l’impunité et la servilité.

Continuer à célébrer le fondateur tout en abandonnant son peuple à la peur serait une trahison historique dont aucun discours patriotique ne pourra effacer la honte.

Amos CINCIR

Serviteur de l’Empire d’Hayti-Afrique

Ambassadeur du Royaume

17 Octobre 2026

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