31 octobre 2026
Défense maritime : l’intelligence artificielle bouleverse les rapports de force en mer
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Défense maritime : l’intelligence artificielle bouleverse les rapports de force en mer

Drones autonomes, navires sans équipage, surveillance satellitaire et cyberattaques : l’intelligence artificielle transforme rapidement la sécurité maritime et redéfinit les rapports de force militaires, au moment où les grandes puissances cherchent à adapter leurs stratégies à ces nouvelles technologies.

Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est penché jeudi sur les conséquences de cette révolution technologique, qui offre de nouvelles capacités de surveillance et de défense, mais expose également les infrastructures maritimes à des menaces inédites.

« L’arme décisive de la prochaine décennie ne sera pas un missile hypersonique. Ce sera l’algorithme », a déclaré le journaliste et essayiste américain Fareed Zakaria lors du débat.

La transformation intervient dans un contexte de forte dépendance mondiale aux infrastructures maritimes. Plus de 90 % du commerce mondial de marchandises transite par les océans, tandis que les câbles sous-marins assurent plus de 99 % des échanges de données entre les continents.

Des drones face aux navires de guerre

L’intelligence artificielle permet notamment de croiser des données provenant de satellites, de radars, de sonars et de systèmes de navigation commerciale afin de repérer des activités suspectes.

Les navires transportant clandestinement du pétrole soumis à des sanctions internationales ou pratiquant la pêche illégale peuvent notamment désactiver leurs transpondeurs pour échapper aux dispositifs traditionnels de surveillance.

En analysant les images satellitaires, les signatures thermiques, les conditions météorologiques et les dernières positions connues, les algorithmes peuvent contribuer à identifier ces bâtiments malgré leurs tentatives de dissimulation.

Les forces navales envisagent également de développer des flottes de navires autonomes, capables de rester en mer pendant de longues périodes sans équipage et à des coûts potentiellement inférieurs à ceux des bâtiments conventionnels.

Mais ces innovations profitent aussi à des acteurs disposant de moyens militaires limités. En mer Rouge et en mer Noire, les conflits récents ont déjà illustré la capacité des drones maritimes et des systèmes télécommandés à menacer des bâtiments militaires et des infrastructures stratégiques.

Les navires, nouvelles cibles des cyberattaques

La vulnérabilité informatique constitue un autre défi majeur. Les navires commerciaux modernes dépendent de systèmes numériques interconnectés pour assurer leur navigation, leur propulsion et leurs opérations portuaires.

« Un navire commercial du XXIe siècle est un système de systèmes hyperconnecté, un centre informatique flottant », a expliqué Michail Bletsas, spécialiste grec de la cybersécurité, devant le Conseil de sécurité.

Selon une étude publiée en septembre par Honeywell, 87 % des responsables interrogés dans le secteur maritime ont déclaré avoir subi, au cours des douze derniers mois, un incident majeur de cybersécurité affectant leurs systèmes opérationnels.

Une attaque informatique visant les équipements de navigation ou de propulsion pourrait provoquer des accidents, perturber les activités portuaires et entraîner des conséquences environnementales importantes, notamment lorsqu’un pétrolier ou un navire de marchandises est concerné.

Les câbles sous-marins, essentiels aux communications internationales, représentent également une infrastructure particulièrement exposée. M. Bletsas a plaidé pour renforcer leur surveillance grâce aux satellites et aux capteurs acoustiques, ainsi que pour faciliter leur réparation au moyen d’accords internationaux.

L’intelligence artificielle peut améliorer la détection des menaces, mais elle peut également être manipulée. Des données falsifiées ou volontairement altérées pourraient tromper les systèmes automatisés et conduire à des erreurs d’identification.

« Les adversaires ne chercheront pas à couler nos navires, ils chercheront à empoisonner nos données », a averti Fareed Zakaria.

L’ONU appelle à maintenir le contrôle humain

Face à l’accélération de ces technologies, Courtenay Rattray, haut responsable des Nations unies, a insisté sur la nécessité de préserver un contrôle humain effectif sur les systèmes autonomes.

« La technologie doit être au service de l’humanité, et non l’inverse », a-t-il déclaré, appelant à établir des responsabilités clairement définies et des mécanismes de vérification.

L’automatisation croissante des décisions militaires soulève notamment des interrogations sur les risques d’erreur, les responsabilités en cas d’incident et les possibilités d’escalade involontaire entre États.

Les Nations unies mettent également en garde contre une fracture technologique entre les pays capables de concevoir et de maîtriser ces systèmes et ceux qui dépendent de technologies étrangères sans disposer des moyens nécessaires pour les évaluer ou les contrôler.

L’Organisation maritime internationale (OMI) a adopté en mai un premier code mondial consacré aux navires autonomes. Ce dispositif reste toutefois non contraignant.

Alors que les capacités technologiques progressent rapidement, les États doivent encore s’entendre sur des règles internationales communes. La sécurisation des océans dépendra désormais autant de la protection des infrastructures physiques que de celle des systèmes numériques qui commandent leur fonctionnement.

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