10 octobre 2026
Analyse du rôle des banques dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti  (S/2026/714) 
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Analyse du rôle des banques dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur Haïti  (S/2026/714) 

Le rapport final du Groupe d’experts sur Haïti (période octobre 2025-juillet 2026) met en  lumière le rôle central et problématique des banques, en particulier celles de la commune de  Carrefour, dans le financement des gangs armés. Alors que la plupart des établissements  financiers ont cessé leurs activités dans les zones contrôlées par les gangs, plusieurs agences  bancaires de Carrefour restent opérationnelles. Cette situation transforme la commune en un  véritable « sanctuaire économique » pour les groupes criminels. 

1. Les banques comme outil de collecte des rançons 

Les enlèvements constituent l’une des principales sources de revenus des gangs (aux côtés de  l’extorsion, des péages illégaux et de la taxation des ménages). Les rançons varient  généralement entre 5 000 et 25 000 dollars, avec des cas documentés allant jusqu’à 153 000  dollars payés et des exigences atteignant 1,5 million de dollars. 

Deux modalités principales sont décrites : 

• Remise en espèces via des intermédiaires. 

• Transactions bancaires sous contrainte : les victimes ou leurs proches sont  conduits par les gangs dans des banques de Carrefour pour retirer ou virer elles mêmes les fonds. Des sources (dont un ancien membre de gang) ont expliqué au  Groupe d’experts que des groupes de diverses communes du département de  l’Ouest utilisent systématiquement Carrefour à cette fin, précisément parce que  les opérations de sécurité y sont très limitées. 

Le rapport note explicitement que les banques de Carrefour sont utilisées pour les transactions  liées au paiement des rançons avant la libération des otages. Certains témoignages (relayés  dans la presse) indiquent même que des membres de gangs laissent parfois leurs armes à  l’entrée avant d’accéder aux guichets, illustrant une coexistence quasi normalisée. 

2. Comptes bancaires détenus par des membres de gangs ou leurs  associés 

Le Groupe d’experts a enquêté sur des cas concrets. L’exemple le plus détaillé concerne  Ralph Woodmyr Louissaint (alias « Chalè »), membre de Viv Ansanm, et l’une de ses  concubines, Graciani S. Jean Louis (alias « Smelca »). Tous deux détenaient des comptes dans  une banque de Carrefour au début de 2025. Des sources ont décrit comment Chalè a fait  accompagner une autre de ses concubines (Lourdemya Raphael) dans une agence de Diquini  (Carrefour) pour transférer son compte à son nom. En janvier 2026, Smelca a accordé une  procuration sur son compte à un tiers. La banque concernée a confirmé ces éléments au  Groupe. 

La Banque de la République d’Haïti (BRH), régulateur et superviseur du système bancaire, a  informé les experts avoir reçu des signalements concernant deux cas dans lesquels des chefs  de gangs, des membres ou des associés ont utilisé le système bancaire à des fins financières  illicites.

3. Faiblesses dans l’application des sanctions et le gel des avoirs 

Le rapport critique sévèrement l’inefficacité du gel des avoirs : 

• Seuls les comptes de Kempes Sanon (environ 383 521 gourdes, soit ~2 910 USD)  et de Prophane Victor (environ 55 487 gourdes, soit ~421 USD) ont été gelés au  titre des sanctions de l’ONU. Les montants sont dérisoires. 

• Aucun bien immobilier n’a été identifié ou gelé. 

• Les institutions financières ont été lentes à réagir après les désignations,  permettant aux personnes sanctionnées de transférer ou de dissimuler leurs  avoirs sous le nom de tiers. 

• Les banques commerciales ont indiqué avoir gelé certains comptes de chefs de  gangs (sanctions ONU ou unilatérales) et placé des personnes associées sur liste  noire, mais cela reste très limité. 

Le Groupe s’inquiète de l’absence d’un processus national coordonné pour localiser et geler  les avoirs, ce qui affaiblit considérablement le régime de sanctions. 

4. Implications : complicité structurelle et gouvernance parallèle 

En restant ouvertes dans une zone sous contrôle de gangs (notamment celui de Christ-Roi  Chéry alias Chrisla/Krisla à Ti Bwa), les banques de Carrefour participent de facto à  l’écosystème criminel : 

• Elles facilitent le blanchiment et la liquidité des rançons. 

• Elles permettent aux gangs de gérer leurs finances de manière « professionnelle »  (comptes, transferts, procurations). 

• Elles contribuent à la « normalité apparente » de la commune, où écoles,  marchés et banques continuent de fonctionner sous un système de gouvernance  parallèle des gangs. 

Cette situation n’est pas neutre. Elle révèle un échec de la supervision (BRH), une absence de  pression des autorités sur les établissements financiers, et une collusion ou une résignation qui  transforme des institutions privées en acteurs involontaires (ou parfois tolérants) des  exactions. 

Conclusion 

Les banques, particulièrement à Carrefour, ne sont plus de simples intermédiaires financiers.  Selon le rapport des experts de l’ONU, elles sont devenues un maillon opérationnel du modèle  économique des gangs. Tant que ces établissements resteront ouverts sans contrôles renforcés,  sans gel effectif des avoirs et sans coordination avec les forces de sécurité, elles continueront  à alimenter le cycle des enlèvements, de l’extorsion et de la violence. Le rapport appelle  implicitement à une action urgente de la BRH, des banques commerciales et des autorités  pour rompre ce circuit financier qui prolonge l’emprise criminelle sur des territoires entiers.

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