La doctrine Monroe a été formulée le 2 décembre 1823 par le président américain James Monroe dans son message annuel au Congrès. Elle repose sur deux principes principaux :
• Les continents américains ne doivent plus être considérés comme sujets à de futures colonisations par les puissances européennes.
• Toute intervention européenne dans les affaires des nations indépendantes de l’hémisphère occidental serait considérée comme dangereuse pour la paix et la sécurité des États-Unis.
À l’origine, il s’agissait d’une déclaration défensive destinée à protéger les jeunes républiques latino-américaines nouvellement indépendantes et à affirmer que l’hémisphère occidental constituait une sphère distincte de celle de l’Europe. Les États-Unis, encore faibles militairement, s’engageaient en retour à ne pas intervenir dans les affaires européennes.
1. Évolutions historiques majeures
La doctrine a été progressivement transformée :
• Corollaire Roosevelt (1904) : Theodore Roosevelt affirme le droit des États-Unis d’intervenir comme « puissance de police internationale » dans les pays de la région en cas de « méfaits chroniques » ou d’instabilité (notamment pour empêcher des interventions européennes liées aux dettes). Cela justifie de nombreuses occupations (République dominicaine, Haïti, Nicaragua, Cuba, etc.).
• Guerre froide : elle sert à contenir l’influence soviétique (crise des missiles de Cuba en 1962, interventions en Amérique centrale dans les années 1980). • Fin du XXe et début du XXIe siècle : la doctrine est progressivement mise en sourdine. En 2013, le secrétaire d’État John Kerry déclare que « l’ère de la doctrine Monroe est révolue ».
2. La doctrine Monroe actuelle : le « Corollaire Trump » ou « Donroe Doctrine » (2025-2026)
Dans la National Security Strategy publiée en novembre/décembre 2025, l’administration Trump réaffirme explicitement la doctrine Monroe et y ajoute un « Trump Corollary ». Trump lui-même l’a ensuite surnommée la « Donroe Doctrine » (jeu de mots entre Donald et Monroe), notamment après l’opération de capture de Nicolas Maduro au Venezuela en janvier 2026.
Contenu principal du corollaire actuel
Selon la stratégie de sécurité nationale :
• Restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental. • Empêcher les compétiteurs « non hémisphériques » (principalement la Chine, mais aussi la Russie et l’Iran) de positionner des forces, de déployer des capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs
stratégiquement vitaux (ports, infrastructures télécoms, énergie, minerais critiques, etc.).
• Garantir que l’hémisphère reste suffisamment stable pour prévenir les migrations massives vers les États-Unis.
• Obtenir la coopération des gouvernements régionaux contre les « narcoterroristes », les cartels et les organisations criminelles transnationales. • Assurer l’accès américain aux emplacements stratégiques clés. • Enrôler les partenaires existants et en cultiver de nouveaux pour contrôler les flux migratoires, stopper le trafic de drogue et renforcer la sécurité terrestre et maritime.
Trump a résumé l’esprit de cette doctrine en déclarant que « la domination américaine dans l’hémisphère occidental ne sera plus jamais remise en question ».
3. Différences avec la version originale
Aspect Doctrine Monroe 1823Corollaire Trump / Donroe Doctrine (2025-2026)
Nature Défensive (contre l’Europe) Offensive et assertive
Cible
principalePuissances européennesChine (principalement), Russie, Iran + cartels
Champ d’action
Non-colonisation / non intervention
Contrôle des actifs stratégiques + interventions possibles
PrioritéIndépendance des jeunes républiques
Sécurité de la patrie américaine (migration, drogue)
Style Déclaration diplomatiqueAffirmation de primauté et usage de la force
4. Applications concrètes en 2026
• Opération militaire au Venezuela et capture de Maduro.
• Frappes contre des go-fasts de narcotrafiquants dans les Caraïbes et le Pacifique oriental.
• Pression accrue sur Cuba et le Nicaragua.
• Attention particulière portée au canal de Panama et aux infrastructures critiques. • Recherche de partenaires régionaux (Guyana, République dominicaine, etc.) pour contenir l’influence chinoise.
6. Critiques et enjeux
• Soutiens : y voient un retour réaliste à la défense des intérêts nationaux américains face à l’avancée chinoise et à l’instabilité régionale (gangs, migration, drogue).
• Critiques : y voient un retour à l’impérialisme, une violation du droit international, un risque d’escalade et un précédent dangereux qui pourrait encourager d’autres puissances à revendiquer leurs propres sphères d’influence.
• Pour les pays de la région (dont Haïti et la République dominicaine), cela signifie une surveillance accrue de leurs choix en matière d’infrastructures, d’investissements étrangers et de partenaires technologiques.
Conclusion
La doctrine Monroe actuelle n’est plus une simple déclaration de non-intervention européenne. Elle est devenue un instrument d’affirmation de la primauté américaine dans l’hémisphère occidental, explicitement dirigé contre l’influence extra-hémisphérique (surtout chinoise) et lié à des priorités de sécurité intérieure (migration, drogue). Baptisée « Donroe Doctrine » par Trump lui-même, elle représente la version la plus assertive de la doctrine depuis le corollaire Roosevelt de 1904.

