La COMTEC (Asociación de Empresas de Comunicación y Tecnología), qui regroupe notamment Claro Dominicana, Altice Dominicana et Wind Telecom (souvent désignée Win), a récemment publié un communiqué clair et mesuré. Elle demande que la révision de la Ley General de Telecomunicaciones, dont le projet de loi plus large sur les télécommunications, l’infrastructure numérique et la connectivité a été mis en consultation publique par l’INDOTEL, se fasse dans un processus large de dialogue avec les entreprises qui opèrent, investissent et développent les réseaux dans le pays.
L’association souligne que les télécommunications constituent une infrastructure essentielle au développement économique et social : elles soutiennent l’éducation, le travail, les transactions financières, l’accès aux services publics et la connectivité de la population. Elle insiste sur l’importance d’intégrer l’expérience accumulée (locale et internationale) des acteurs en place pour évaluer rigoureusement l’impact des nouvelles dispositions sur la concurrence, les investissements, la qualité des services et la connectivité. Claudia García, directrice exécutive de la COMTEC, a notamment indiqué qu’il n’existe pas de circonstances imposant des changements urgents, et que le processus doit se dérouler avec le plus grand sérieux possible. L’organisation plaide pour des règles claires garantissant une concurrence juste et équitable, ainsi que pour la préservation de la sécurité juridique et de la prévisibilité, conditions nécessaires pour attirer de nouveaux capitaux tout en consolidant les investissements déjà réalisés.
Ce positionnement intervient dans un contexte très précis : l’entrée de Viettel sur le marché dominicain. En août 2026, l’INDOTEL a attribué à Viettel Global 240 MHz de spectre (40 MHz dans la bande 700 MHz, 100 MHz en 2,3 GHz et 100 MHz en 3,6 GHz) pour une concession de 20 ans, dans le cadre de la licitation internationale INDOTEL/LPI-001-2026. Claro a obtenu 20 MHz supplémentaires dans la bande 700 MHz. Viettel, groupe vietnamien lié au secteur militaire et déjà présent en Haïti via Natcom (et au Pérou via Bitel), prévoit un investissement d’environ 560 millions de dollars pour déployer des réseaux 4G/5G, de la fibre et des services de mobile money, devenant ainsi le quatrième opérateur mobile dans un marché jusqu’ici très concentré (Claro et Altice contrôlant plus de 95-97 % des lignes).
Comment interpréter ce communiqué signé implicitement par les poids lourds historiques au moment précis de l’arrivée de Viettel ?
Il s’agit d’abord d’une réaction de prudence et de défense des intérêts des opérateurs établis. La COMTEC avait déjà interjeté un recours en reconsideration contre le cahier des charges de la licitation qui a ouvert la porte à Viettel. Aujourd’hui, face à un nouveau concurrent disposant d’un spectre important et d’une capacité d’investissement significative, l’association cherche à s’assurer que le cadre réglementaire futur ne désavantage pas les acteurs qui ont déjà déployé des réseaux nationaux, investi massivement et assuré la couverture pendant des années. Le message est double : oui à la modernisation et à une concurrence accrue (qui peut profiter aux consommateurs via de meilleurs prix et services, comme le défend l’INDOTEL et le président Abinader), mais pas au détriment de la sécurité juridique et de la prévisibilité dont ont besoin les investisseurs existants.
Il ne s’agit pas d’un rejet frontal de Viettel ni d’un appel protectionniste explicite. La COMTEC reconnaît que l’attraction de nouveaux participants et la préservation des
investissements en place sont des objectifs complémentaires. En demandant un dialogue participatif et en soulignant l’absence d’urgence, elle cherche à influencer le contenu de la future loi (partage d’infrastructures, règles de concurrence, gestion du spectre, obligations de couverture, etc.) pour que les conditions restent équitables. C’est une stratégie classique d’incumbents face à l’ouverture du marché : légitimer leur voix d’expérience tout en rappelant leur rôle d’infrastructures critiques.
Pour les consommateurs et le pays, l’arrivée de Viettel représente une opportunité réelle de dynamiser un duopole de fait, d’améliorer la couverture (notamment rurale) et potentiellement de faire baisser les tarifs. Mais le succès de cette transition dépendra d’un cadre réglementaire équilibré. Le communiqué de la COMTEC, loin d’être purement défensif, met le doigt sur un point essentiel : une concurrence saine ne se construit pas uniquement en ouvrant la porte à de nouveaux entrants, mais aussi en garantissant que les règles du jeu restent stables, transparentes et non discriminatoires pour tous. L’INDOTEL et le législateur auraient tort d’ignorer cette voix. Le dialogue demandé n’est pas un frein : c’est la condition d’une réforme durable et crédible.

