24 septembre 2026
Quand le secteur privé au pouvoir en Haïti parle de « l’état d’avancement » d’un  processus électoral qu’il contrôle largement 
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Quand le secteur privé au pouvoir en Haïti parle de « l’état d’avancement » d’un  processus électoral qu’il contrôle largement 

La dernière note de presse du secteur privé formel – signée notamment par l’ADIH, la CCI Haïti, la CCIHC et l’Institut Macaya, datée du 22 septembre 2026 et intitulée « Pour un  processus électoral crédible, inclusif et sécuritaire » – se veut solennelle. Elle s’inquiète des «  préoccupations entourant le processus électoral », soutient la tenue d’élections « dans les  meilleurs délais », mais refuse qu’elles se réduisent à une « simple formalité ». Elle évoque,  en substance, l’état d’avancement d’un processus qu’il faudrait sauver pour mettre fin à une «  transition sans échéance ».  

Quelle ironie. Quelle hypocrisie.  

Car ce même secteur privé formel, qui se drape aujourd’hui dans les habits de la vertu  démocratique, est au cœur du pouvoir depuis des mois. Alix Didier Fils-Aimé, issu de ses  rangs, est Premier ministre. Il a été le candidat officiel du secteur privé (via AmCham notamment) pour ce poste. Il a occupé des positions de leadership dans les chambres de  commerce. Le Conseil présidentiel de transition a connu Laurent Saint-Cyr, autre figure du  privé. Le gouvernement est, de fait, une émanation de ces milieux. Et c’est précisément sous  cette gouvernance que le processus électoral avance – ou plutôt stagne – dans un climat de  corruption, d’insécurité et d’opacité financière.  

Parler d’« état d’avancement » relève du cynisme le plus achevé. L’inscription des électeurs  plafonne à peine au-dessus de 10 % de l’électorat potentiel (autour de 650 000 inscrits mi septembre selon le CEP), dans un pays où des pans entiers du territoire restent hors de  contrôle de l’État. Le calendrier a déjà été repoussé. Le décret électoral a fait l’objet de bras  de fer entre la Primature et le CEP. Et pendant ce temps, l’argent sale du kidnapping – cette  industrie florissante qui terrorise la population depuis des années – continue de circuler et  d’être blanchi sans encombre réel. Les rançons alimentent des circuits économiques que tout  le monde connaît mais que peu osent nommer. Le secteur privé formel, qui se plaint de  l’insécurité quand elle touche ses intérêts (accès à l’aéroport, routes nationales), reste d’une  discrétion remarquable sur les flux financiers qui polluent l’économie et, inévitablement, le  financement politique.  

Comment un secteur qui prétend veiller à la « crédibilité » et à l’« intégrité » du processus  peut-il feindre d’ignorer que la fraude, sous toutes ses formes – logistique, sécuritaire,  financière – a déjà corrompu le terrain de jeu ? Les centres d’inscription sont incomplets, la  participation reste dérisoire, les candidatures se multiplient dans un contexte où l’argent  liquide et non traçable reste roi. Et l’argent du kidnapping, lui, ne demande pas de reçu.  

Pire encore : M. Fils-Aimé incarne lui-même le conflit d’intérêts permanent. Homme  d’affaires devenu Premier ministre grâce au soutien du secteur privé, ancien candidat au Sénat  sous la bannière de Vérité, il est juge et partie. Il dirige l’exécutif chargé d’organiser les  élections tout en étant issu des milieux qui ont intérêt à ce que le prochain pouvoir leur soit  favorable. Sa « propre structure politique » – qu’elle soit formelle ou informelle, via réseaux  d’affaires, d’anciennes affiliations ou d’alliances tacites – le place en position de influencer le  processus qu’il est censé garantir impartial. C’est le secteur privé au pouvoir qui parle d’état  d’avancement d’un processus qu’il contrôle largement. 

Cette note de presse n’est pas un cri d’alarme désintéressé. C’est un exercice de  communication pour se donner une image de responsabilité tout en préservant les acquis d’un  système où l’oligarchie économique continue de dicter les règles. Le privé formalise ses  inquiétudes quand le calendrier ou la crédibilité risquent de lui échapper, mais il a longtemps  toléré, voire bénéficié, d’un climat où l’insécurité et les flux illicites servent de levier.  

Le peuple haïtien n’a pas besoin de leçons de crédibilité de la part de ceux qui ont capturé  l’État. Il a besoin d’un processus réellement débarrassé de la fraude, de l’argent sale et des  conflits d’intérêts. Tant que M. Fils-Aimé et le secteur qui l’a porté resteront à la fois arbitres  et joueurs, parler d’« état d’avancement » ne sera qu’une formule creuse pour masquer une  corruption déjà bien installée.  

La transition ne finira pas par des communiqués. Elle finira – ou non – par un vrai nettoyage.

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