28 septembre 2026
ONU : Haïti au banc des promesses, le monde au banc  des responsabilités
Actualités Société

ONU : Haïti au banc des promesses, le monde au banc  des responsabilités

Par Reynoldson Mompoint

Cap-Haïtien, le 28 septembre 2026

À New York, le monde parle. En Haïti, le peuple attend.

New York a encore une fois servi de théâtre à la grande liturgie diplomatique internationale. Chefs d’État. Premiers ministres. Diplomates. Résolutions. Discours. Promesses. Appels à la paix. Engagements pour la sécurité. Défense du multilatéralisme.

Mais derrière les micros de l’Assemblée générale des Nations Unies, une question demeure, brutale, presque embarrassante : Que reste-t-il des grandes déclarations lorsque les peuples continuent de mourir ?

La 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, ouverte le 8 septembre 2026 sous le thème « Restaurer la confiance, gérer la transformation : des Nations Unies qui apportent des résultats pour tous », devait précisément répondre à cette crise de confiance. Et Haïti se retrouve, une nouvelle fois, au cœur de cette contradiction. Le monde promet des résultats.

Haïti, lui, attend toujours de voir les résultats.

L’ONU veut restaurer la confiance. Mais la confiance se mesure aux résultats.

Le président de la 81e session, Khalilur Rahman, a placé la confiance au centre de son mandat. Son message est clair : la confiance ne peut pas simplement être demandée. Elle doit être gagnée par les décisions prises, les engagements respectés et surtout les résultats obtenus pour les populations.

C’est précisément là que se trouve le problème haïtien. Car Haïti n’est plus au stade des promesses.

Haïti a connu les résolutions. Elle a connu les missions internationales. Elle a connu les conférences. Elle a connu les milliards annoncés. Elle a connu les programmes de renforcement institutionnel. Elle a connu les déclarations solennelles sur la démocratie, les droits humains, la sécurité et l’État de droit. Et pourtant, l’État continue de perdre du terrain face aux groupes armés.

La question n’est donc plus seulement de savoir ce que la communauté internationale veut faire pour Haïti.

La véritable question est de savoir ce qu’elle est réellement prête à faire, avec quels moyens, dans quels délais et sous quelle responsabilité.

Le discours de l’ONU change. La réalité haïtienne, elle, demeure impitoyable.

À l’ouverture du débat général, le secrétaire général António Guterres a dressé un constat particulièrement sombre de la situation internationale : guerres prolongées, attaques contre les civils, violations des droits humains, instrumentalisation de la faim, affaiblissement du droit international, fractures géopolitiques et perte de confiance dans les institutions internationales. Le constat dépasse largement Haïti.

Mais Haïti en est une illustration particulièrement douloureuse. Car lorsqu’un État n’est plus en mesure de garantir durablement la sécurité de ses citoyens, lorsque des populations sont déplacées, lorsque les institutions judiciaires et administratives fonctionnent sous pression et lorsque les armes continuent d’alimenter la violence, la question haïtienne cesse d’être une simple affaire intérieure. Elle devient une question de responsabilité collective.

La République dominicaine met Haïti au centre du débat sécuritaire

Le 23 septembre, devant l’Assemblée générale, le président dominicain Luis Abinader a demandé aux Nations Unies d’intensifier leur action en Haïti. Son intervention a notamment porté sur le déploiement complet de la force internationale, l’application de l’embargo sur les armes, les sanctions contre les financiers des groupes armés et le renforcement de la Police nationale, des forces armées et du système judiciaire haïtiens.

Le dirigeant dominicain a également soutenu que le cadre international existant ne disposait pas encore des moyens nécessaires pour produire les effets attendus.

Selon Reuters, la force actuellement autorisée peut compter jusqu’à 5 550 personnels, mais environ un cinquième seulement aurait été déployé à ce stade.

Le chiffre est lourd de signification. Parce qu’il révèle le fossé entre l’autorisation internationale et la capacité opérationnelle réelle. Et c’est peut-être là que réside l’une des principales faiblesses de la réponse internationale à la crise haïtienne.

Une résolution sans moyens demeure une résolution. Un mandat sans déploiement demeure une promesse. Une force sans effectifs suffisants demeure une architecture sur papier.

Haïti ne peut pas devenir une éternelle salle d’attente diplomatique

Depuis des années, le dossier haïtien circule entre New York, Washington, Ottawa, les capitales européennes, la Caraïbe et Port-au-Prince.

On discute. On consulte. On condamne. On sanctionne. On renouvelle. On proroge.

Pendant ce temps, la population haïtienne paie. Elle paie avec son sang. Elle paie avec ses maisons. Elle paie avec ses entreprises. Elle paie avec ses écoles. Elle paie avec ses rêves. Elle paie avec l’exil.

Il existe donc un moment où la diplomatie doit cesser d’être uniquement un langage et devenir une capacité d’action.

C’est précisément le défi posé par cette 81e Assemblée générale.

Le problème haïtien n’est pas uniquement militaire

Il serait toutefois dangereux de réduire la crise haïtienne à une question de déploiement de forces étrangères.

La sécurité ne se résume pas aux armes. Elle suppose une justice fonctionnelle. Une police professionnelle. Une administration capable d’exister sur l’ensemble du territoire. Une chaîne pénale opérationnelle. Des institutions légitimes. Une politique économique capable de réduire les vulnérabilités sociales. Une jeunesse qui puisse envisager son avenir autrement que par l’exil. Et surtout, un État capable d’exercer effectivement ses prérogatives régaliennes.

L’intervention internationale ne peut donc être qu’un élément d’une réponse beaucoup plus vaste. Elle ne peut pas remplacer indéfiniment l’État haïtien. Elle doit contribuer à permettre à celui-ci de reprendre progressivement ses fonctions.

Le véritable enjeu : rendre à l’État haïtien sa capacité d’agir

Il faut avoir le courage de le dire. Le problème fondamental d’Haïti n’est pas seulement que les gangs sont puissants. C’est aussi que l’État est devenu insuffisamment puissant pour imposer durablement la loi sur son propre territoire.

La puissance publique ne peut être une abstraction constitutionnelle. Elle doit se traduire dans les rues. Dans les tribunaux. Dans les commissariats. Dans les administrations. Dans les écoles. Dans les ports. Dans les frontières. Dans les campagnes. Dans les villes. Dans les quartiers populaires.

L’État existe réellement lorsque le citoyen sait qu’une autorité publique peut le protéger, rendre justice et faire respecter la loi. Autrement, la souveraineté devient une formule.

Et maintenant ?

La 81e Assemblée générale n’est pas encore terminée. Le débat général se poursuit le 28 septembre, après avoir débuté le 22 septembre. Mais le message qui se dégage déjà est suffisamment clair.

Le monde connaît la crise. Le monde connaît les conséquences. Le monde connaît les difficultés du dispositif international. Le monde connaît aussi les risques régionaux.

La question désormais est celle de l’exécution. Que fera-t-on après les discours ?

Voilà la question que les Haïtiens devraient poser à leurs dirigeants. Voilà également celle qu’ils devraient poser à leurs partenaires internationaux. Parce que le peuple haïtien n’a pas besoin d’une nouvelle photographie de dirigeants réunis à New York. Il a besoin d’un État qui fonctionne. Il a besoin de sécurité. Il a besoin de justice. Il a besoin de territoires libérés de la violence armée. Il a besoin d’institutions capables de survivre aux crises politiques. Il a besoin d’une République qui ne soit pas seulement défendue dans les discours diplomatiques, mais qui soit effectivement reconstruite sur le terrain.

L’ONU sera jugée sur Haïti aussi

Le président de l’Assemblée générale a placé la restauration de la confiance au centre de cette nouvelle session. Cette confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se mesure. Et elle se vérifie dans les résultats.

Haïti constitue, à cet égard, l’un des tests les plus difficiles du multilatéralisme contemporain. Si la communauté internationale veut démontrer que les Nations Unies peuvent encore produire des résultats concrets dans un monde fracturé, Haïti lui offre un terrain où les mots ne suffisent plus.

Il faut agir. Pas demain. Pas après une nouvelle conférence. Pas après une nouvelle déclaration. Pas après une nouvelle résolution dépourvue de moyens.

Maintenant.

Car derrière chaque report, chaque délai et chaque hésitation diplomatique, il y a une population qui continue de vivre avec la peur. Et lorsque la diplomatie internationale finit par ne produire que des promesses, ce ne sont pas les diplomates qui paient le prix du retard. Ce sont les peuples.

Haïti attend donc moins de discours.

Haïti attend des résultats. Et cette fois, le monde ne pourra pas dire qu’il ne savait pas.

Reynoldson MOMPOINT

Avocat | Communicateur Social | Journaliste

+50937186284

mompointreynoldson@gmail.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.