26 septembre 2026
Le Goncourt face à l’IA : une décision forte, des questions en suspens 
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Le Goncourt face à l’IA : une décision forte, des questions en suspens 

La décision de l’Académie Goncourt de retirer, le 25 septembre 2026, le roman C’était ça ou  mourir de Thélyson Orélien de sa première sélection est un coup de tonnerre dans la rentrée  littéraire. Ce geste, motivé par des accusations d’usage massif d’intelligence artificielle et par  des révélations de plagiat sur des textes antérieurs de l’auteur, envoie un message clair : le  prestigieux prix entend défendre une littérature écrite par des êtres humains. Mais cette  précipitation soulève d’importantes questions sur la cohérence, la transparence et l’avenir des  règles du jeu. 

Le roman, publié chez Grasset (et originellement au Québec chez Boréal), était l’un des  phénomènes de la rentrée : succès de ventes, prix Fnac, présence dans plusieurs sélections  majeures. Les accusations ont d’abord circulé via le compte anonyme X « Balance ton Claude  », auquel est lié le chroniqueur et essayiste Samuel Fitoussi (collaborateur du Figaro). Des  analyses de chercheurs et de journalistes ont ensuite convergé pour conclure que l’ouvrage  était, « selon toute vraisemblance, très largement le produit d’une intelligence artificielle ».  S’y sont ajoutées des révélations de plagiat portant sur des textes plus anciens de l’auteur.  L’Académie a justifié le retrait par la volonté de « préserver l’intégrité du prix Goncourt et  celle de l’Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature  écrite par des femmes et des hommes », et d’envoyer un signal net contre les textes générés  avec l’aide de l’IA. L’auteur a fermement nié avoir recours à l’intelligence artificielle. 

Comment choisit-on les lauréats du Prix Goncourt ? 

Le Prix Goncourt, créé en 1903 grâce au legs d’Edmond de Goncourt, est attribué chaque  année par l’Académie Goncourt (les « Dix »), un collège d’écrivains cooptés à vie. Les  conditions de candidature sont simples : un roman écrit en français, publié par un éditeur  francophone disposant d’un circuit de distribution en librairies, et disponible en rayons dès la  première semaine de septembre. L’éditeur envoie l’ouvrage aux jurés avant début septembre.  L’autoédition et les traductions sont exclues. 

Le processus s’étale sur deux mois environ : 

• Première sélection (début septembre) : une quinzaine de titres (souvent 15 ou  16). 

• Deuxième sélection (début octobre, cette année le 6 octobre) : environ 8 titres. • Troisième sélection (fin octobre, le 27 octobre) : 4 finalistes. 

• Vote final début novembre (cette année autour du 3 ou 4 novembre) au  restaurant Drouant, à Paris. 

Le scrutin est oral. Au cours des dix premiers tours, la majorité absolue est requise ; du  onzième au treizième, la majorité relative suffit ; en cas d’égalité au quatorzième tour, la voix  du président (actuellement Philippe Claudel) compte double. La dotation symbolique est de  10 euros, mais l’effet commercial est considérable : le bandeau rouge « Prix Goncourt »  propulse les ventes. Le jury se réunit chaque mois (sauf l’été) pour déjeuner et débattre. Les  jurés ne peuvent exercer d’activité rémunérée dans une maison d’édition afin de limiter les  conflits d’intérêts.

Ce sont les règles générales, stables depuis des décennies. Elles reposent sur la confiance dans  le jugement littéraire des Dix, sur la lecture et la discussion, et non sur des tests techniques. 

Conséquences d’une décision précipitée 

Retirer un titre après la publication de la liste crée un précédent. Cela protège l’image du prix  et envoie un signal salutaire contre la confusion entre création humaine et génération  algorithmique. Mais la précipitation a un coût. L’auteur se trouve jeté dans une zone grise :  les outils de détection d’IA restent imparfaits et divergents ; prouver hors de tout doute  l’usage d’IA est difficile. L’Académie a elle-même reconnu que la preuve absolue est quasi  impossible, tout en s’appuyant sur la convergence d’analyses et sur les plagiats passés.  L’auteur, de son côté, nie et évoque parfois des motivations plus sombres (tentatives de  réduction au silence). 

Cette décision place les autres titres sous un soupçon latent. Va-t-on tester systématiquement  les autres livres de la sélection ? L’Académie a indiqué qu’elle ne ferait pas d’autres  commentaires et qu’elle publierait sa deuxième liste le 6 octobre. Aucune annonce de tests  généralisés ni de publication de résultats d’analyses n’a été faite. Sans transparence sur  d’éventuelles vérifications, le doute peut s’installer sur l’ensemble de la sélection. Des voix se  sont déjà élevées pour demander : « Pourquoi ne pas vérifier tous les autres textes ? » 

Est-ce désormais une nouvelle règle ? Non, formellement. Aucun règlement modifié n’a été  annoncé. Mais le message est net : l’Académie refuse de cautionner les textes « très largement  » produits par IA. Cela ouvre la porte à une évolution pratique – une vigilance accrue, peut être des déclarations d’honneur des auteurs ou des éditeurs, voire des analyses en cas de  signalement sérieux. Sans formalisation claire, cependant, le risque d’arbitraire ou  d’incohérence demeure. 

Cette affaire force une réflexion salutaire. L’IA est un outil puissant, déjà utilisé pour la  recherche, la correction ou l’inspiration. La frontière entre assistance et substitution devient  floue. Le Goncourt a choisi de tracer une ligne nette du côté de la création humaine. C’est  courageux, et cohérent avec sa mission historique. Mais une institution centenaire doit aussi  garantir l’équité, la transparence et la rigueur des procédures. Retirer un livre après coup, sans  expliquer clairement si et comment les autres seront examinés, ni si les résultats seront  publics, laisse un goût d’inachevé. 

Le Prix Goncourt reste l’un des plus enviés par les écrivains francophones. Sa force tient à sa  légitimité littéraire et à la confiance qu’il inspire. Pour la préserver durablement à l’ère de  l’IA, il faudra sans doute aller plus loin qu’un retrait ponctuel : clarifier les règles, assumer  une méthode, et défendre non seulement l’intégrité du prix, mais aussi celle du débat public  autour de la littérature. Sinon, chaque nouvelle accusation risque de faire trembler la sélection  entière. Le message a été envoyé. Reste à construire le cadre qui le rendra crédible et durable.

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