Par Alex CALAS
L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse (OHDLP) exprime sa plus vive inquiétude, sa profonde indignation et sa ferme condamnation face à la multiplication des actes de violence, des menaces, des agressions et des enlèvements visant les journalistes haïtiens. Alors que le pays traverse une crise sécuritaire sans précédent, les professionnels de la presse, dont la mission consiste à informer la population et à rapporter les faits d’intérêt public, se retrouvent eux aussi exposés à la violence et à l’insécurité généralisée.
Aujourd’hui, être journaliste en Haïti devient une profession de plus en plus dangereuse. Sortir pour couvrir un événement, se déplacer d’un quartier à un autre, réaliser un reportage ou simplement rentrer chez soi peut désormais représenter un risque considérable.
À Kenscoff, des journalistes agressés
L’OHDLP se dit particulièrement préoccupé par les agressions dont ont été victimes des journalistes dans la commune de Kenscoff. Ces incidents constituent une atteinte grave au droit des professionnels des médias d’exercer librement leur métier. Aucun journaliste ne devrait être agressé ou menacé pour avoir voulu informer la population. La violence contre un journaliste ne constitue pas uniquement une attaque contre une personne. Elle représente également une attaque contre le droit du public à recevoir une information libre, indépendante et pluraliste.
Les autorités compétentes ont l’obligation d’identifier les responsables de ces agressions et de les traduire devant la justice. L’impunité ne peut continuer à être la réponse systématique aux violences commises contre les professionnels de la presse. L’OHDLP demande que toute la lumière soit faite sur les agressions survenues à Kenscoff et que des mesures concrètes soient prises afin d’éviter la répétition de tels actes.
Wesly Renaud Jean enlevé à Delmas : l’OHDLP clame sa libération
L’OHDLP est également profondément préoccupé par l’enlèvement du journaliste de Radio Télé Métropole, Wesly Renaud Jean, dans la soirée du dimanche 6 septembre 2026, à Delmas 31. Selon les informations recueillies auprès de ses proches, le journaliste circulait à bord de son véhicule lorsqu’il a été enlevé. Des informations rapportées indiquent que les ravisseurs seraient affiliés à la coalition armée dénommée «Viv Ansanm», particulièrement active dans plusieurs zones de la région métropolitaine.
La structure de la société civile haïtienne l’OHDLP, tient toutefois à souligner que les circonstances exactes de cet enlèvement, ainsi que l’identité des responsables, doivent être établies par les autorités compétentes à travers une enquête sérieuse, indépendante et approfondie. Au moment de la publication de cette déclaration, aucune information officielle ne permet de connaître avec certitude le lieu de séquestration du journaliste ni son état de santé.
Cette situation plonge sa famille, ses proches et ses collègues dans une profonde angoisse.
L’OHDLP exige la libération immédiate et sans condition du journaliste Wesly Renaud Jean. La vie et l’intégrité physique du journaliste doivent être respectées. Rien ne peut justifier son enlèvement ou sa détention. L’OHDLP appelle à sa libération afin qu’il puisse retrouver sa famille et reprendre ses activités professionnelles dans un climat de sécurité et de quiétude.
L’inefficacité des réponses face au kidnapping
Le kidnapping contre rançon continue de représenter une grave menace pour la population haïtienne. Malgré les annonces et les différentes mesures annoncées pour renforcer la sécurité, de nombreux citoyens continuent d’être exposés aux actes criminels. Le récent renforcement du dispositif policier au commissariat de Delmas devait contribuer à freiner la vague de kidnappings et d’autres actes de criminalité dans la commune. Pourtant, l’enlèvement du journaliste Wesly Renaud Jean démontre que les mesures prises jusqu’ici ne suffisent pas à rassurer la population. L’OHDLP estime qu’il est urgent de revoir et de renforcer les stratégies de lutte contre les groupes armés et les réseaux criminels responsables de ces enlèvements. La population haïtienne ne peut continuer à vivre dans la peur. Les citoyens ne doivent pas être contraints de limiter leurs déplacements par crainte d’être kidnappés, agressés ou tués.
La sécurité : une obligation de l’État Haïtien
L’OHDLP rappelle aux autorités étatiques que la sécurité de la population constitue une responsabilité fondamentale de l’État. Cette responsabilité concerne tous les citoyens, sans distinction de profession, de condition sociale, d’opinion ou d’appartenance. Les journalistes doivent pouvoir exercer leur profession librement et en toute sécurité. Ils ne doivent pas être abandonnés à leur sort face aux menaces, aux agressions et aux actes de violence.
L’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse demande donc aux autorités étatiques et policières de prendre toutes les dispositions nécessaires afin de garantir la sécurité de tous les Haïtiens, sans distinction. Cela implique notamment le renforcement des capacités de la Police nationale d’Haïti, une meilleure protection des zones à risque, des enquêtes sérieuses sur les actes criminels et l’arrestation des personnes impliquées dans les enlèvements et les agressions. L’État haïtien doit également mettre fin au sentiment d’impunité qui encourage les groupes criminels à poursuivre leurs actions.
Protéger les journalistes, c’est défendre la liberté de la presse
Dans une société démocratique, la presse joue un rôle indispensable. Les journalistes sont les témoins de leur époque. Ils documentent les crises, donnent la parole aux victimes, dénoncent les injustices et contribuent à informer la population. Lorsqu’un journaliste est menacé, agressé ou kidnappé, ce n’est pas seulement un professionnel qui est attaqué. C’est également la liberté d’expression et le droit à l’information qui sont mis en danger.
La peur ne doit pas devenir un instrument permettant de réduire les journalistes au silence.
L’OHDLP appelle les organisations de défense des droits humains, les associations de journalistes, les institutions nationales et les partenaires internationaux à rester vigilants face à la dégradation des conditions de travail des professionnels des médias en Haïti. Un véritable mécanisme de protection des journalistes doit être envisagé afin d’apporter une réponse rapide et efficace aux menaces et aux risques auxquels ils sont confrontés.
L’OHDLP lance un appel urgent
Face à la gravité de la situation, l’Observatoire Haïtien pour le Droit et la Liberté de la Presse :
1. Exige la libération immédiate et sans condition du journaliste Wesly Renaud Jean ;
2. Demande que son intégrité physique et sa vie soient préservées ;
3. Condamne les agressions et les menaces visant les journalistes, notamment les incidents rapportés à Kenscoff ;
4. Exige l’ouverture d’enquêtes sérieuses afin d’identifier et de poursuivre les responsables ;
5. Demande aux autorités étatiques et policières de garantir la sécurité de tous les citoyens haïtiens, sans aucune distinction ;
6. Appelle au renforcement des mécanismes de protection des journalistes et de la liberté de la presse ;
7. Invite la société haïtienne et les partenaires internationaux à ne pas rester indifférents face à la montée de la violence et à la vulnérabilité croissante des professionnels des médias.
L’OHDLP réaffirme son engagement constant en faveur de la défense des droits humains, de la liberté d’expression et de la liberté de la presse. Haïti ne peut construire une société démocratique si ses journalistes sont réduits au silence par la peur, les menaces, les agressions ou les enlèvements. La liberté de la presse doit être protégée. La vie des journalistes doit être respectée. L’État doit assumer pleinement ses responsabilités. L’OHDLP restera attentif à l’évolution de la situation du journaliste Wesly Renaud Jean et continuera de plaider pour sa libération, ainsi que pour la protection de tous les professionnels de la presse haïtienne. Trop de journalistes vivent aujourd’hui dans l’insécurité. Trop de familles vivent dans l’angoisse. Trop de citoyens sont victimes de la violence. Il est temps d’agir.
Alex CALAS Journaliste Analyste sociopolitique, Défenseur des Droits Humains, Directeur Exécutif de l’OHDLP
Email ohdlphaiti@gmail.com

