Dans l’interview accordée le 3 septembre 2026 au programme du matin de Z Digital (Z101), Guido Gómez Mazara, président du Consejo Directivo de l’Indotel, revient longuement sur l’attribution de fréquences à Viettel et sur les critiques qui l’accompagnent. Loin de se cantonner à une défense technique, le responsable du régulateur dominicain expose les raisons de la décision et, surtout, souligne les diligences effectuées auprès des autorités américaines avant d’ouvrir le marché à l’opérateur d’État vietnamien.
Gómez Mazara explique d’abord le processus avec clarté. L’appel d’offres international a porté sur trois bandes de fréquences. Viettel a obtenu 40 MHz dans la bande 700 MHz et 100 MHz dans chacune des bandes 2,3 GHz et 3,6 GHz, soit un total de 240 MHz pour une concession de 20 ans. Claro a reçu 20 MHz supplémentaires dans la bande 700 MHz. Seules ces deux entreprises ont satisfait aux exigences techniques et économiques. Le marché dominicain, rappelle-t-il, est concentrée à 95 % (et même 97 % pour la téléphonie mobile) entre deux opérateurs. Les prix y sont 22 % plus élevés que la moyenne latino-américaine hors taxes. L’arrivée d’un nouvel acteur vise précisément à briser cette quasi-monopole, améliorer la couverture, la qualité et, surtout, faire baisser les tarifs pour les usagers.
Face aux interrogations sur l’origine vietnamienne de Viettel et sur d’éventuels risques liés aux données, Gómez Mazara établit une distinction nette. « Il y a une confusion entre les données chinoises et les services de la société Viettel. Ce sont deux choses différentes », affirme-t-il. Il précise que 64 % des données gérées par les opérateurs dominicains reposent déjà sur des technologies chinoises, principalement en raison de leur coût. Viettel, insiste-t-il, n’est pas assimilable à cette problématique.
C’est ici que l’interview prend tout son relief géopolitique. Gómez Mazara rappelle que les États-Unis entretiennent des relations officielles avec le Vietnam depuis 1975 (accords de Paris). Les investissements américains dans le pays sont passés de 450 millions de dollars à 207 milliards de dollars l’année dernière, dont 70 % dans le secteur technologique, notamment les semi-conducteurs. Bill Clinton, Joe Biden et Donald Trump (à deux reprises) ont effectué des visites officielles. Cette réalité commerciale et diplomatique, selon lui, rend compatible la présence de capital vietnamien avec les intérêts américains.
Plus important encore, le président de l’Indotel indique avoir engagé des démarches de consultation et de « corporate outreach » auprès des autorités compétentes avant l’attribution de la licence. Ces échanges, déjà évoqués dans d’autres interventions (conversations avec le Département d’État et la FCC), visaient à garantir la transparence du processus et à éviter toute sanction éventuelle pour la République dominicaine. Gómez Mazara présente ces consultations non comme une contrainte, mais comme une responsabilité institutionnelle dans un secteur aussi sensible que les télécommunications.
L’interview de Z Digital confirme donc un point central : avant de distribuer une licence stratégique à Viettel — opérateur étatique vietnamien déjà présent en Haïti via Natcom et au Pérou —, le responsable de l’Indotel a pris le soin de sonder les autorités américaines. Cette prudence s’inscrit dans un contexte où Washington multiplie les alertes sur la sécurité des chaînes technologiques asiatiques, tout en maintenant des relations économiques robustes avec le Vietnam.
Gómez Mazara ne nie pas les réactions naturelles face à l’arrivée d’un concurrent dans un marché ultra-concentré. Il revendique au contraire la cohérence de sa démarche : ouvrir le marché, protéger le consommateur et agir en pleine transparence avec les partenaires stratégiques du pays. Reste maintenant à vérifier, dans les mois à venir, que les engagements de déploiement, de qualité et de protection des données seront tenus. Pour l’heure, l’interview a le mérite de documenter noir sur blanc que la décision n’a pas été prise en vase clos.

