NEW YORK, 24 septembre 2026 — La République dominicaine durcit sa politique migratoire envers les ressortissants haïtiens présents sur son territoire, tout en réclamant à New York un renforcement de la force internationale chargée de combattre les gangs en Haïti. Un paradoxe diplomatique : refouler au nom de la souveraineté dominicaine, puis demander davantage de soldats étrangers au nom de la sécurité des Haïtiens.
Jeudi, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, le ministre dominicain des Affaires étrangères, Víctor « Ito » Bisonó, a estimé que la Force de suppression des gangs (GSF) demeurait très éloignée de son format autorisé. Selon les chiffres cités par le ministre et rapportés par l’AFP, sa composante militaire comptait 1 083 membres au 8 juillet, contre 5 550 personnels autorisés. Le diplomate a averti que les progrès sécuritaires obtenus demeuraient fragiles faute d’effectifs suffisants.
Le discours humanitaire de Santo Domingo intervient cependant au moment où sa politique « raciste » d’expulsions vers Haïti se poursuit à grande échelle. Les données officielles dominicaines indiquaient déjà 67 940 expulsions durant les seuls mois de janvier et février 2026. Un rapport du Groupe d’experts des Nations unies établit par ailleurs que 379 553 ressortissants haïtiens en situation migratoire irrégulière ont été expulsés en 2025, tout en précisant que ces statistiques comptabilisent des événements d’expulsion et peuvent donc inclure plusieurs expulsions d’une même personne.
Le même rapport onusien décrit une conséquence particulièrement sévère : 800 à 1 000 personnes expulsées arrivaient quotidiennement à Belladère, beaucoup étant incapables de regagner leur commune d’origine en raison de l’insécurité et rejoignant ainsi les populations déplacées à l’intérieur d’Haïti. La Commission interaméricaine des droits de l’homme avait également exprimé, en février 2026, ses préoccupations concernant certaines mesures migratoires dominicaines et leur conformité aux normes internationales de protection des droits humains.
Mercredi, le président Luis Abinader avait déjà utilisé la tribune de l’ONU pour demander le déploiement complet de la GSF, dont le mandat arrive à échéance le 30 septembre, ainsi que les troupes et ressources promises par la communauté internationale. Il a également rappelé l’appui logistique et financier fourni par son pays à la mission.
Deux politiques coexistent ainsi de part et d’autre de la frontière : Santo Domingo revendique son droit de contrôler l’immigration irrégulière et d’expulser les personnes dépourvues de statut légal ; parallèlement, sa diplomatie demande à la communauté internationale davantage de moyens militaires pour stabiliser le territoire vers lequel ces ressortissants sont renvoyés.

