25 septembre 2026
Haïti | 5 550 autorisés, 1 083 soldats au 8 juillet : la GSF vers un renouvellement sans résultats territoriaux décisifs
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Haïti | 5 550 autorisés, 1 083 soldats au 8 juillet : la GSF vers un renouvellement sans résultats territoriaux décisifs

NEW YORK, 24 septembre 2026 — À six jours de l’expiration de son mandat, la Force de suppression des gangs (GSF) se retrouve au centre d’une nouvelle mobilisation diplomatique. La République dominicaine réclame son renforcement et sa reconduction, mais les chiffres officiels exposent une faiblesse structurelle : 5 550 personnels autorisés contre seulement 1 083 militaires effectivement déployés au 8 juillet, auxquels s’ajoutaient 16 civils. L’architecture internationale conçue pour réduire l’emprise territoriale des groupes armés fonctionne ainsi avec moins du cinquième de sa capacité prévue.

Le ministre dominicain des Affaires étrangères, Víctor « Ito » Bisonó, a reconnu jeudi à New York l’existence de certaines avancées sécuritaires, tout en les qualifiant de fragiles. Son argument est arithmétique autant qu’opérationnel : la Force ne dispose pas des contingents prévus par son mandat. Il avertit que les acquis enregistrés pourraient être perdus si les États ayant annoncé des contributions ne fournissent pas effectivement leurs personnels.

Le mandat, lui, était autrement ambitieux. Adoptée par le Conseil de sécurité le 30 septembre 2025 pour succéder à la Mission multinationale d’appui à la sécurité dirigée par le Kenya, la GSF doit mener, avec la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti, des opérations fondées sur le renseignement pour neutraliser les gangs, sécuriser les infrastructures stratégiques et faciliter l’accès humanitaire. Son plafond a été fixé à 5 500 personnels militaires et policiers et 50 civils, soit 5 550 membres.

Un an plus tard, le bilan territorial demeure limité au regard de cette ambition. Le secrétaire général de l’ONU a fait état de gains locaux, notamment au centre de Port-au-Prince, tout en les décrivant comme fragiles. Les groupes armés continuent parallèlement de contrôler de larges secteurs de la capitale et des corridors stratégiques. Le constat impose donc une distinction : des opérations ont produit des effets ponctuels, mais elles n’ont pas encore conduit au rétablissement durable de l’autorité publique sur l’ensemble des zones dominées par les gangs.

La contradiction apparaît jusque dans les objectifs assignés à la Force. Sa doctrine opérationnelle vise précisément à réduire le contrôle territorial des gangs, sécuriser les infrastructures critiques et permettre aux institutions haïtiennes de contenir durablement la violence. Or, si les moyens humains nécessaires à l’exécution du mandat ne sont pas déployés, l’évaluation de la GSF doit aussi porter sur la responsabilité des États contributeurs et sur la capacité du dispositif international à transformer une résolution du Conseil de sécurité en force réellement opérationnelle.

Le président dominicain Luis Abinader avait formulé mercredi à la tribune de l’ONU une critique comparable : le Conseil de sécurité a déjà pris sa décision, mais les moyens permettant son exécution n’ont pas suivi. Il a demandé le déploiement complet de la Force, l’arrivée des contingents promis, davantage de ressources et l’application de l’embargo sur les armes. Le mandat arrive à expiration le 30 septembre 2026. Pour Santo Domingo, le renouveler sans compléter les effectifs reviendrait à prolonger un dispositif dont les moyens demeurent inférieurs à ceux qui avaient été autorisés.

Washington partage la demande de renforcement. L’ambassadeur américain auprès de l’ONU, Mike Waltz, qui s’est récemment rendu en Haïti, a appelé les pays ayant promis des contingents à concrétiser leurs engagements. Selon lui, la Force participe déjà à la sécurisation d’infrastructures importantes, mais son déploiement doit être complété. Les discussions sur la reconduction du mandat sont engagées au Conseil de sécurité.

Le renouvellement pose ainsi une question de reddition de comptes autant que de sécurité : que renouvelle exactement le Conseil de sécurité le 30 septembre ? Une autorisation de 5 550 personnes qui n’a jamais atteint son effectif théorique ? Une mission dont les opérations ont enregistré certains gains locaux sans encore modifier durablement la géographie du contrôle armé ? Ou un mécanisme auquel les États n’ont tout simplement jamais fourni les moyens correspondant au mandat qu’ils avaient eux-mêmes approuvé ?

Pour Haïti, l’évaluation ne peut donc se limiter au nombre de résolutions adoptées à New York. Elle devrait se mesurer sur le territoire : quartiers effectivement repris, routes durablement rouvertes, infrastructures sécurisées, populations déplacées capables de rentrer chez elles et autorité publique rétablie. 

À défaut de tels indicateurs, le renouvellement du mandat risquerait de reconduire non seulement une Force, mais aussi l’écart persistant entre 5 550 autorisés sur le papier et 1 083 militaires recensés sur le terrain au 8 juillet.

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