Ce lundi matin, au Palais de justice de Montréal, Ashkad Pierre Joseph comparaît devant un juge. Une audience est en cours pour examiner la demande d’extradition présentée par les États-Unis. Un procureur américain a décidé d’inculper l’ancien avocat pour son implication présumée dans l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Le Canada traite cette requête selon ses règles, avec méthode, transparence et respect des procédures.
Voilà exactement ce que les autorités haïtiennes auraient dû faire depuis le premier jour. Au lieu de cela, le dossier de l’assassinat d’un chef d’État a sombré dans un enlisement chronique : juges successifs, ordonnances annulées, enquêtes rouvertes, pressions politiques, lenteurs structurelles et absence totale de procès digne de ce nom sur le sol haïtien. Cinq ans plus tard, alors que la justice américaine avance, condamne et extrade, Port-au-Prince n’a toujours pas su offrir à la nation et au monde le spectacle d’une institution judiciaire digne de confiance.
Le Canada montre la voie. Il ne s’agit pas d’empressement ni de vengeance médiatique. Il s’agit d’un processus ordonné : une demande formelle d’extradition, une audience publique ou du moins judiciaire, l’examen des éléments transmis par les autorités américaines, le respect des droits de la personne concernée et une décision motivée. Même lorsqu’il s’agit d’un crime aussi grave que l’assassinat d’un président, la procédure reste la procédure. C’est précisément cette rigueur qui sauve la face de la justice. Elle prouve que l’État de droit n’est pas une formule creuse, mais un mécanisme concret qui protège à la fois la société et l’accusé.
En Haïti, on a trop souvent confondu justice et spectacle, mandat d’amener et règlement de comptes, silence et impunité. Les autorités haïtiennes auraient pu, dès 2021, coopérer de manière structurée avec les partenaires internationaux, protéger les preuves, garantir l’indépendance des magistrats et avancer étape par étape. Elles auraient pu montrer que même dans un pays fragilisé, la justice sait encore fonctionner. Au lieu de cela, le dossier est devenu le symbole d’un système qui piétine, laissant le champ libre à d’autres juridictions pour faire le travail.
L’audience de Montréal n’est pas seulement une affaire technique d’extradition. Elle est un miroir tendu à Port-au-Prince. Elle rappelle qu’une justice crédible ne se construit pas dans le désordre ni dans l’arbitraire. Elle se construit dans le respect des formes, la clarté des procédures et la constance de l’application de la loi. Le Canada n’a pas inventé la justice ; il applique simplement ses règles. C’est déjà beaucoup plus que ce que la justice haïtienne a su offrir jusqu’ici dans ce dossier historique.
Si les autorités haïtiennes veulent un jour sauver la face de leur institution judiciaire, elles n’ont qu’à regarder ce qui se passe ce matin à Montréal. La leçon est claire, publique et implacable.

