La chute de Paul Eugène Magloire, en 1956, plonge le pays dans une terrible tempête politique. Après plusieurs gouvernements provisoires, l’armée, sous la direction du général Antonio Kébreau, parvient à organiser les élections législatives et présidentielle du 22 septembre 1957. Celle-ci est remportée par le docteur François Duvalier, avec le soutien de l’institution militaire, de l’Église catholique, du Département d’État américain et de la frange réactionnaire de la bourgeoisie haïtienne.
L’accession du docteur Duvalier au pouvoir met fin à cette période d’instabilité politique, mais ouvre une nouvelle page de l’histoire nationale : celle d’une dictature féroce et brutale.
Le petit médecin de campagne que certains croyaient manipulable devient progressivement un dirigeant autoritaire. Après avoir éliminé plusieurs obstacles sur son chemin, il se fait proclamer président à vie en 1964.
Son règne est marqué par plusieurs tentatives de coup d’État avortées et par des rébellions réprimées dans le sang.
Ses opposants sont confrontés à deux choix : la prison au Fort-Dimanche ou la disparition mystérieuse, comme ce fut le cas de plusieurs intellectuels et opposants, parmi lesquels les professeurs Mario Rameau et Jean-Jacques Dessalines Amboise.
Ceux qui ont la chance de prendre le chemin de l’exil vivent à l’étranger dans un stress permanent, hantés par le sort des membres de leur famille restés en Haïti.
En 1971, se sentant gravement malade, François Duvalier fait modifier la Constitution afin de réduire l’âge minimum requis pour accéder à la présidence à 18 ans.
À sa mort, le 21 avril 1971, le pouvoir est passé ainsi à son fils, Jean-Claude Duvalier, alors âgé de 19 ans seulement.
Ce dernier dirige le pays d’une main de fer jusqu’à sa chute, en 1986. La fin du régime des Duvalier ouvre une nouvelle période de crise politique et d’instabilité institutionnelle, dont les effets continuent de peser sur la trajectoire politique d’Haïti.
La période post-86 voit notamment l’émergence et la consolidation de deux grands courants politiques : Lavalas et le PHTK. Ces deux mouvements ont profondément marqué la vie politique contemporaine d’Haïti et ont contribué à l’enfoncer davantage dans la crise.
Soixante-neuf ans après le 22 septembre 1957, l’histoire politique haïtienne semble ainsi traversée par un même paradoxe : chaque rupture présentée comme une sortie de crise finit souvent par ouvrir la voie à une nouvelle période d’instabilité.
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Bleck D. Desroses -22 septembre 2026

