26 septembre 2026
1er janvier 2027 | Sécurité et élections évoquées au moins 12 fois en public: les Haïtiens boiront-ils encore la soupe sous la transition Fils-Aimé ?
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1er janvier 2027 | Sécurité et élections évoquées au moins 12 fois en public: les Haïtiens boiront-ils encore la soupe sous la transition Fils-Aimé ?

L’Edito du Rezo

PORT-AU-PRINCE — Sécurité, élections, économie : depuis son installation à la Primature le 11 novembre 2024, Alix Didier Fils-Aimé décline avec constance le même triptyque. Un dépouillement des principales déclarations, interventions et séquences gouvernementales documentées par Rezo Nòdwès, Le Nouvelliste et d’autres sources permet d’identifier au moins douze occasions majeures où sécurité et élections ont été présentées comme priorités. Dès son premier discours officiel, Rezo Nòdwès rapportait que son programme était axé sur le rétablissement de la sécurité et l’organisation d’élections. Près de quatorze mois plus tard, le 9 janvier 2026, il garantissait encore : « 2026 sera l’année de la sécurité et des élections. »

Mais à chaque répétition correspond désormais une question de résultat. Sur les élections, le constat est arithmétique : depuis novembre 2024, aucun scrutin national n’a encore été organisé sous Fils-Aimé. Sur la sécurité, l’objectif devait précisément créer les conditions territoriales et institutionnelles permettant le retour aux urnes. Or, le 14 septembre 2026, Rezo Nòdwès qualifiait le calendrier électoral transmis au gouvernement d’« irréaliste » et constatait que le climat sécuritaire promis pour permettre les élections n’était toujours pas établi et encore loin de l’être aujourd’hui. Autrement dit : les deux thèmes les plus répétés depuis 2024 demeurent, au 26 septembre 2026, des objectifs gouvernementaux dont l’aboutissement annoncé n’est pas encore constaté.

L’économie constitue le troisième terme de cette rhétorique gouvernementale. Redressement, relance, investissements, emploi : les formulations varient, mais la promesse accompagne régulièrement le tandem sécurité-élections. Le discours prononcé le vendredi 25 septembre à l’ONU l’illustre encore : Fils-Aimé y a présenté sécurité, stabilité et reprise économique parmi les priorités de son administration. Le bilan économique appelle cependant une analyse distincte : contrairement à une élection, qui a lieu ou n’a pas lieu, une reprise économique doit être mesurée à partir de la croissance, de l’emploi, de l’investissement, de l’inflation et du pouvoir d’achat. Le décompte des promesses ne saurait donc, à lui seul, établir leur réussite ou leur échec.

Le paradoxe du discours de New York devant une poignée de supporters grassement payés tient surtout à ce qui n’a pas été prononcé. Fils-Aimé parle encore des élections, affirme que la transition doit prendre fin par les urnes et évoque les inscriptions, les candidatures et les ressources mobilisées. Mais, dans la transcription disponible, il ne prononce pas la date du 13 décembre 2026, pourtant inscrite au calendrier électoral. Il ne mentionne explicitement ni le référendum ni le projet de déchiqueter davantage les pages de la Constitution. Quelques jours auparavant, le CEP, sous contrôle de l’Exécutif décrié, avait lui-même publié un bilan sans reprendre la date du 13 décembre. Le silence ne constitue juridiquement ni un report ni une annulation; politiquement, à moins de trois mois de l’échéance annoncée, il nourrit nécessairement l’interrogation sur la capacité matérielle du processus à respecter son calendrier.

Et si le 13 décembre passe sans élections ? La question conduira directement au 1er janvier 2027. Après au moins douze séquences publiques majeures consacrées à la sécurité et aux élections depuis novembre 2024, les Haïtiens pourraient alors célébrer une nouvelle fête de l’Indépendance sous une transition qui avait précisément reçu pour mission de conduire le pays vers les urnes. Josué Renaud formule déjà cette critique en termes explicites : Fils-Aimé parle des élections, mais ne dit pas si celles du 13 décembre auront effectivement lieu; Renaud affirme, pour sa part, ne pas croire à cette échéance.

Le 13 décembre fournira donc le critère le plus simple :Après les discours, les décrets, les calendriers et les promesses, y aura-t-il effectivement des électeurs devant les urnes — ou les Haïtiens boiront-ils encore, le 1er janvier 2027, la soupe de l’Indépendance sous la transition Fils-Aimé ? Car un HOMME ne se définit pas seulement par ce que sa bouche proclame, mais par ce que ses mains accomplissent : ce sont ses actes qui donnent, ou retirent, leur valeur à ses paroles.

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